Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la lutte contre les violences faites aux femmes à Mayotte. Réunis à l’hémicycle de Bamana ce mercredi matin, représentants de l’État, du département, acteurs judiciaires, économiques, éducatifs, professionnels de santé et associations ont officialisé la mise en place du Comité local d’aide aux victimes (CLAV).
Selon le délégué du préfet, « le déploiement de ce CLAV dédié aux violences faites aux femmes permettra une gouvernance renforcée des outils et la mise en œuvre d’une stratégie départementale de lutte contre les violences ». Une première pour le département.
Les chiffres de la police nationale et de la gendarmerie présentés lors de la réunion illustrent l’ampleur du phénomène. À Mayotte, en 2025, les violences intrafamiliales totalisent 859 victimes, tandis que les violences sexuelles concernent 472 victimes. Entre 2020 et 2025, ces phénomènes ont fortement progressé, avec une augmentation de plus de 120 % pour les violences intrafamiliales et de 100 % pour les violences sexuelles.
Une disparité notable est également soulignée : 9 % des femmes à Mayotte déclarent avoir subi des violences physiques ou sexuelles, contre 5 % dans l’Hexagone.
Face à cette situation, les autorités reconnaissent la nécessité d’une réponse mieux organisée. Les parcours des victimes impliquent une multitude d’intervenants — forces de l’ordre, justice, hôpital, système éducatif, travailleurs sociaux et associations — sans toujours garantir une continuité efficace. Les présentations ont mis en lumière la complexité des démarches, depuis le repérage des situations jusqu’à la prise en charge médicale, psychologique et judiciaire.
C’est précisément pour répondre à ces difficultés que le CLAV a été créé. Placé sous l’autorité du préfet et du procureur de la République, il a vocation à devenir l’instance centrale de pilotage. Chaque année, il devra établir un état des lieux des dispositifs existants, évaluer leur efficacité et proposer des améliorations. Il s’appuiera à la fois sur une structure de pilotage dédiée aux violences intrafamiliales et sur un réseau d’acteurs locaux chargé de favoriser la circulation de l’information et la coordination des actions.
Malgré les avancées, les échanges ont mis en évidence plusieurs insuffisances très concrètes. Le manque de places d’hébergement d’urgence reste un enjeu majeur, avec une perte de 20 places depuis Chido, faisant passer la capacité de 93 à 73 places. L’adaptation des dispositifs technologiques d’alerte pose également question. Le bracelet anti-rapprochement apparaît difficilement applicable dans le contexte mahorais, notamment en raison de la configuration du territoire avec une seule route principale, qui expose les victimes et les auteurs à des croisements fréquents et donc à des déclenchements répétés du dispositif. Le téléphone grave danger, expérimenté en 2023, a quant à lui souffert d’un manque d’information, certains appareils ayant été utilisés à d’autres fins.
D’autres limites structurelles ont été soulevées. Les maisons des femmes, dispositifs pourtant structurants dans l’accompagnement global des victimes, sont absentes du territoire, même si un projet est à l’étude. Par ailleurs, deux tiers des intervenants sociaux en commissariat et en gendarmerie n’ont pas été renouvelés, faute de financement, alors même que leur efficacité a été largement reconnue. L’aide universelle d’urgence de la caisse d’assurance maladie reste, elle, trop peu connue des bénéficiaires potentiels.
Des difficultés persistent également dans le parcours judiciaire. La prise de plainte à l’hôpital, peine à être mise en œuvre, faute de salle adaptée de type « salle Mélanie » et en l’absence de convention en vigueur depuis 2020.
Au-delà du diagnostic, cette rencontre a permis de poser les bases d’une stratégie locale plus ambitieuse. L’amélioration de la connaissance mutuelle entre acteurs, le renforcement des coopérations entre les secteurs politique, économique, judiciaire, sanitaire et social ainsi que le développement d’outils communs apparaissent comme des leviers essentiels pour garantir une prise en charge plus cohérente et plus efficace.
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des engagements pris au niveau national, notamment à l’issue du Grenelle des violences conjugales lancé en 2019. À Mayotte, où les écarts avec l’Hexagone restent marqués et les dispositifs encore fragiles, la création du CLAV vise précisément à décliner ces orientations au contexte local.
Avec le CLAV, les acteurs espèrent désormais passer d’une logique de dispositifs juxtaposés à une véritable stratégie coordonnée, capable de répondre plus efficacement à l’urgence des situations.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































