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Un mariage pas encore pour tous

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Promulguée le 17 mai 2013, la loi permettant aux couples homosexuels de se marier s’est logiquement déployée sur Mayotte. Seulement, les opposants à cette loi demeurent nombreux sur le territoire, tout comme les entraves aux unions de personnes de même sexe. Exemple avec ce couple homosexuel du sud de Mayotte, à qui l’on refuse l’union.

« Je ne suis pas disponible pour le moment, veuillez me laisser un message. » C’est désormais la seule réponse que nous avons d’Abdou Rachadi, maire de la commune de Kani Kéli, lorsque nous voulons l’interroger au sujet d’un couple homosexuel que sa mairie a refusé de marier à plusieurs reprises. La première fois que nous l’avons contacté pour avoir des explications quant à cet imbroglio marital, il s’est fait passer pour un conseiller municipal, en nous donnant un faux numéro… Avant de ne plus répondre. Quant au directeur général des services de la mairie du sud, il refuse de parler de cette affaire.

Cette dernière débute il y a quelques mois, lorsque Thomas et Gaël*, habitants de la ville du sud, décident de se marier. « On tenait à ce que le mariage se fasse le 12 février, mais on nous l’a refusé parce qu’il y avait des indisponibilités », déclare Gaël, débutant un récit aussi long que les démarches du couple : « On a ensuite demandé le 14 février. On s’est pointés le 14, et on nous a dit qu’il y avait eu un défaut de communication, que personne n’était renseigné. Nous avons alors rencontré le maire en personne, avec nos témoins, à la mairie. Il nous a confirmé de sa bouche qu’il célèbrerait notre mariage le samedi 19, à 8 heures du matin, en nous disant qu’il avait une réunion à 9 heures. »

Cette promesse orale, Abdou Rachadi refuse néanmoins d’en fournir une preuve écrite. « Il était déjà décidé à ne pas le faire », juge le futur mari à posteriori. À partir de cette entrevue le lundi 14 février, le couple se prépare en effet pendant la semaine, quand, le jeudi soir, ils reçoivent un message d’un numéro privé, qui leur demande de se présenter à la mairie le lendemain, le vendredi 18, pour vérifier et éditer les actes de mariage. « Nous l’avons fait, et pour nous, c’était bon ! », se remémore Gaël. Le matin du grand jour, les mariés se préparent donc. Il est 7 heures, une heure avant la cérémonie, quand ils reçoivent un appel, une nouvelle fois en privé. C’est l’un des agents administratifs de la mairie de Kani Kéli. « Le maire a dû prendre l’avion de toute urgence », annonce-t-il aux jeunes hommes, échaudés par cet énième report. « Finalement, il nous a dit que le maire s’était enquéri de l’opinion de la population de Kani Kéli, alors que les bans étaient affichés depuis des semaines ! », fulmine Gaël. « On nous a aussi dit qu’un conseil municipal avait eu lieu, dans lequel les gens se sont montrés en désaccord avec cette union. Monsieur le maire a peur de se mettre sa population à dos. Il s’agit clairement d’homophobie. »

« Nous ne sommes pas là pour déclencher une gay pride à Kani Kéli ! »

Moins d’une semaine plus tard, la déception a laissé place à l’amertume chez le couple. « Il y a un côté malsain dans cette histoire, parce qu’ils ont cherché à nous humilier, continue le futur marié. Quand vous faites venir quelqu’un en tenue de mariage, le 14, jour de la Saint-Valentin, et que vous lui dites que finalement ça ne va pas pouvoir se faire, c’est quand même mesquin ! Pour nous c’était vraiment important, on avait accordé de l’importance à cette journée. » Dans un premier temps, Thomas et Gaël ont même pensé à se rabattre sur un PACS, « plus simple et plus rapide ». « La question, c’est est-ce que l’on se bat pour la communauté LGBT, ou égoïstement pour notre couple ? », s’interroge Gaël.

Le couple a finalement opté pour la première option, cherchant à faire transférer leur dossier à la mairie de Mamoudzou, bénéficiant de plus de lumière et ne pouvant donc se permettre de décaler ou annuler une union sous prétexte qu’elle concernerait deux personnes de même sexe. « Mais quand bien même, ça voudrait dire que la mairie de Kani Kéli s’en laverait les mains », regrette un Gaël en pleine incompréhension. « On a expliqué au maire que l’on ne cherchait pas à bouleverser les traditions, on veut juste jouir de nos droits civiques, comme tout le monde, et après chacun reprend sa vie dans son coin, continue-t-il. Nous ne sommes pas là pour déclencher une gay pride à Kani Kéli !  À partir du moment où Monsieur a décidé d’être maire, il faut qu’il assume de faire des choses qui ne lui plaisent peut-être pas. » Les deux jeunes hommes ont enfin débuté des démarches judiciaires, afin de punir le comportement illégal de la municipalité de Kani Kéli.

27 septembre 2013, le premier mariage gay à Mayotte

Cette affaire, loin d’être orpheline, révèle le rôle encore prépondérant des traditions sur la société mahoraise, où le regard des autres est un jugement sans appel, encore plus pour les responsables politiques locaux. Pourtant, de nombreux mariages gays se sont déroulés sur le territoire. Le premier d’entre eux a eu lieu le 27 septembre 2013, quelques mois après la promulgation de la loi sur le mariage pour tous. Ce sont alors un métropolitain et un Cubain qui s’unissent dans la mairie de Mamoudzou, devant laquelle sont amassés des dizaines de curieux. Jeunes ou plus âgés, plus ou moins sceptiques, ces derniers regrettent que la cérémonie ait été décalée, justement pour les empêcher d’interférer. Si certains d’entre eux déclarent à l’époque « s’en foutre », que « la loi c’est la loi », d’autres fulminent, laissant échapper des « On n’est pas d’accord », « ça va péter » ou « c’est honteux » au milieu du brouhaha.

Il faut dire que la société mahoraise, marquée par les traditions et la religion musulmane, ne constituait pas un terreau fertile à l’homosexualité. « C’est un mariage qui n’est pas comme les autres, affirmait même Abdourahamane Soilihi, maire de Mamoudzou à l’époque. J’ai dû répéter deux fois « Voulez-vous prendre comme mari Monsieur Untel ». Il ne faut pas les vexer, je les respecte. »  L’ancien sénateur, résolument opposé au mariage pour tous, avouait même ne pas avoir regardé quand les deux époux s’étaient embrassés. Deux ans plus tard, le 28 mars 2015 plus exactement, le même hôtel de ville accueillait le premier mariage entre deux hommes mahorais, âgés de 25 et 30 ans. Malgré de nombreuses cérémonies depuis, les réticences sont toujours présentes, à l’image de l’imbroglio autour de l’union de Thomas et Gaël.

* Les prénoms ont été modifiés.

Retrouvez l’intégralité du dossier consacré aux LGBT+ dans le Mayotte Hebdo numéro 988.

 

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