La douane de Mayotte dresse son bilan 2025

La douane de Mayotte a dressé ce jeudi le bilan de ses activités en 2025 au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue dans ses locaux de Dzaoudzi. Entre reconstruction post Chido, lutte contre la fraude et fiscalité, la douane de Mayotte a eu une année 2025 « bien remplie ».

Ce jeudi 26 mars, la douane de Mayotte s’est livrée à un exercice dont elle est peu coutumière : celui de la conférence de presse annuelle. « D’ordinaire nous envoyons un communiqué aux rédactions, mais étant donné les bouleversements occasionnés par le cyclone Chido fin 2024, nous avons cru bon de repréciser nos différents rôles car certains sont peu connus du grand public« , a expliqué Benoît Pascal, le directeur régional des douanes et droits indirects de Mayotte.

La douane est en effet l’une des structures qui a payé le plus lourd tribu à Chido : ses bureaux de Grande-Terre ainsi que toutes ses structures informatiques ont été intégralement pulvérisés, l’obligeant à se relocaliser dans le bâtiment historique de Dzaoudzi. « Le directeur général des douanes de France est venu en personne à Mayotte pour nous assister et a débloqué 300 000 euros pour que nous puissions rénover le bâtiment de Dzaoudzi et installer des modulaires« , relate Benoît Pascal. Il a également précisé que la douane de Mayotte a installé la première antenne Starlink de l’île seulement 4 jours après la catastrophe afin de pouvoir dédouner les marchandises.

« Suite à cette catastrophe, nous avons obtenu un investissement de 16 millions d’euros pour la construction d’un futur hôtel des Finances d’ici 2029« , a-t-il annoncé tout en vantant la « grande résilience » et l’efficacité dont ont fait preuve ses agents. « Nous avons notamment permis l’entrée de 337 conteneurs d’aide humanitaire en franchise droits de douane et octroi de mer jusqu’au 16 juin 2025« , a-t-il ajouté afin de mettre en exergue le rôle essentiel qu’a joué cette institution dans la gestion de la catastrophe.

Une lutte contre la fraude visant la protection des consommateurs et de l’environnement

La douane de Mayotte dresse son bilan 2025
Les saisies des douanes sont constitués d’objets de contrebande, mais aussi d’objets commerciaux présentant des risques phyto-sanitaires.

La lutte contre la fraude est l’aspect le plus connu du travail de la douane. En 2025, elle a ainsi saisi 30 kg de produits stupéfiants, une quantité supérieure à celle de 2024, révélant une progression constante du phénomène. A présent les produits stupéfiants sont susceptibles d’entrer par la mer, via l’aéroport et dans le flux sans cesse croissant du fret postal et express. La nature des produits s’est modifiée : le bangué (herbe de cannabis en provenance des Comores) se voit ainsi détrôné par la résine de cannabis venue de l’hexagone, qui représente aujourd’hui la part la plus importante des saisies. La cocaïne a également fait son entrée sur le territoire, bien que dans des proportion encore faible pour le moment. En revanche, aucune saisie de chimique (cannabis de synthèse) n’a été faite depuis 2 ans. « Les autorités chinoises ont interdit la fabrication de cette drogue et cela a apparemment bien fonctionné« , explique le directeur régional. La contrebande de cigarettes a quant à elle augmenté de 180% en 2025. La douane a en effet réalisé 40 saisies pour un total de 9,2 tonnes de tabac (cigarettes et tabac chicha, très consommé par les jeunes).

La douane de Mayotte dresse son bilan 2025
Benoît Pascal et Lilian Irigoyen ont présenté ensemble le bilan de la douane de Mayotte pour l’année 2025

La douane vérifie aussi que les marchandises importées ne puissent pas nuire aux consommateurs. Les infractions aux normes techniques ont augmenté de 70% en 2025 notamment du fait du développement du e-commerce et de l’achat de produits sur des sites chinois, qui ne respectent pas les normes européennes. Les infractions aux normes de santé ont subi une augmentation encore plus importante (+98%). « Par exemple, certains jouets pour les enfants contiennent des produits toxiques si on les porte à la bouche« , précise le directeur. Beaucoup de pesticides sont également saisis. Les contrefaçons ont aussi beaucoup augmenté (+120%). « Certaines peuvent être très dangereuses comme les contrefaçons de tronçonneuses qui ne respectent aucune règles de sécurité« , détaille Benoît Pascal.

La douane a aussi pour mission de faire respecter les lois sur les espèces protégées. Elle saisit donc les voyageurs en possession de coraux et coquillages protégés, mais aussi d’objets de décoration fabriqués à partir de bois précieux. Grâce à une convention signée le 12 décembre 2025, les objets de ce type ne seront plus détruits, mais viendront enrichir les collections du Musée de Mayotte. « Détruire coûte de l’argent et certains de ces objets présentent un intérêt d’ordre patrimonial. Ils pourront donc aider le Muma à sensibiliser la population à la nécessité de préserver le patrimoine naturel« , déclare Benoît Pascal.
260 interceptions ont été réalisées dans le cadre des contrôles de flux financiers soit plus d’un million d’euros au titre du blanchiement douanier et 1,2 million pour des manquements à l’obligation déclarative. « Ces chiffres sont en baisse, mais c’est à relativiser dans la mesure où certaines enquêtes fiscales ont été différées suite à Chido pour ne pas accentuer les difficultés des entreprises« , précise le directeur.

La douane de Mayotte dresse son bilan 2025
Lilian Irigoyen du Pôle Action Economique de la douane s’est occupé de la partie économique de la conférence de presse

La douane économique : une aide au commerce international

Depuis le 1er janvier 2026, la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières MACF marque une évolution notoire pour l’économie mahoraise. Ce dispositif européen est applicable à partir de 50 tonnes. Cependant, l’approvisionnement de Mayotte étant situé quasi exclusivement à l’extérieur du territoire, près de 150 entreprises se retrouvent directement concernées, soit 10% des entreprises françaises. La douane accompagne donc désormais les acteurs économiques du territoire afin de les sensibiliser à ces nouvelles obligations et prévenir leur risque économique face à l’entrée en vigueur de ce nouveau dispositif.

La douane de Mayotte dresse son bilan 2025
Benoît Pascal, le directeur régional des douanes et droits indirects de Mayotte

45 000 conteneurs ont été importés cette année à Mayotte, soit une augmentation de 22% par rapport à l’année dernière, ce qui s’explique notamment par la nécessité de reconstruire l’île et par la franchise mise en place après Chido. 75% des importations viennent de France (Outre-mer compris), 12% des Emirats Arabes Unis et 8% de Chine. Les importations depuis Madagascar restent très faibles (2%). « Les plus grosses importations en tonnes sont les matériaux de construction et les produits alimentaires« , explique Lilian Irigoyen du Pôle Action Economique de la douane. « Si on parlait en valeur, ce serait les produits pétroliers, les véhicules et la viande de volaille« , nuance-t-il.

1000 conteneurs en été exportés depuis Mayotte. Il s’agit essentiellement de conteneurs de déchets destinés à être achiminés vers des filières de recyclage à l’étranger, de barges qui doivent être remises en état et de conteneurs de déménagement.

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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