Comores : les bidons interdits dans les stations-service pour limiter la panique

En depit des déclarations rassurantes faites par le gouvernement et la société comorienne en charge de la distribution des produits énergétiques, le pays fait toujours face à un branle-bas, obligeant le parquet de la République de Moroni à demander aux forces de l’ordre d’intervenir pour faire respecter sa réquisition. 

Effet boomerang. C’est de cette façon que beaucoup  qualifient la sortie médiatique du gouvernement comorien, après sa conférence de presse tenue en début de semaine. Le 2 mars, le secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, fils aîné du président et 4 ministres, dont celui de l’Energie, avaient convié les médias pour informer la population que les produits pétroliers étaient disponibles. A travers cette déclaration, les autorités voulaient rassurer les Comoriens, à l’heure où de nombreux pays craignent une rupture des chaines d’approvisionnement de carburant, à cause de la guerre qui sévit au Moyen-Orient, après les attaques menées en Iran par les Etats-Unis et Israël.

Mais, trois jours plus tard, les messages du pouvoir, ont produit l’effet inverse. Dès le lendemain, on constate une ruée vers les stations-service, qu’elles soient dans la capitale, ou en dehors de Moroni. Depuis mardi, s’approvisionner en carburant relève du travail de combattant. Au fil des jours, les files d’attente s’allongent sur plusieurs  mètres, aussi bien à Anjouan, qu’à Moheli.  » On avait ramené un bidon de 5 litres pour la moto d’un collègue. Avant le pompiste se concentrait sur le ravitaillement des bidons, puis il alternait avec les véhicules. Mais à un moment, il ne respectait plus le rythme. La foule était en colère et il a fini par baisser les rideaux. J’ai dû me rendre à la station Bonzami au sud de Moroni, vers midi. Je suis resté jusqu’à 14h, le temps que le carburant soit rationné. Au bout de deux heures, j’ai rempli ma moto et je suis rentré chez moi« , a raconté, Irchad.

4h du matin

Sur les réseaux sociaux, les images des files interminables dans les stations-service tournaient en boucle jusqu’à ce jeudi. Certains, usagers, ont décidé d’éviter la capitale, où la situation devenait insoutenable. Badrou, est de ceux-là.  » Je suis là depuis 4h du matin. J’ai accompli la prière de l’aube ici, à Moindzaza Djoumbe dans l’espoir de pouvoir acheter  quelques litres. Le camion est déjà à l’intérieur. Nous attendons le début du ravitaillement et donc de la vente« , a-t-il confié, hier, vers 11h du matin. A cette-heure-là, la voiture de Badrou occupait la 26ème place sur le parking .  » J’ai fait le choix de venir ici car si je ne trouve pas du carburant, le peu qui me reste dans le réservoir me suffira pour rentrer chez moi« , a-t-il ajouté. Cette pagaille a été à l’origine de la réquisition signée par la toute nouvelle procureure de la République au niveau de Moroni.  » Vu les impératifs d’ordre public, de sécurité publique et de prévention des infractions, considérant les risques d’incendie, d’explosion et de trouble à l’ordre public, liés au transport et à la conservation non-sécurisé. Il est formellement interdit à toutes les stations-service situées dans le ressort du tribunal de première instance, de procéder à la vente de carburant en bidon ou dans toute autre récipient mobile sauf autorisation expresse délivrée la société comorienne des hydrocarbures« , a écrit, la procureure, Saidatte Fatuma Said Boina, dans sa réquisition, datée du 4 mars. La magistrate a prévenu, que tout contrevenant s’exposerait à des poursuites judiciaires et a ordonné dans le même temps, aux forces de l’ordre de veiller sur le respect strict de la mesure.

Stockage de 3 mois

De son côté, la société comorienne des hydrocarbures (Sch), principal fournisseur national des produits pétroliers a dans une vidéo, publiée sur sa page Facebook, ce mercredi, appelé à la retenue en invitant la population à se ravitailler au rythme habituel et à éviter le stockage à domicile.  » Il n’y a pas lieu de déclarer une pénurie. Ça fait presque deux semaines que nous avons réceptionné notre cargaison. Celle-ci, couvre une période de 3 mois maximum, un stock qui est suffisant pour alimenter les îles et nous attendons une nouvelle cargaison, d’ici la fin du mois de mars « , a déclaré, à Flash Infos, le conseiller chargé des affaires publiques de la Sch, Soudjay Kifia. Selon ce dernier, la société comorienne des hydrocarbures, commande jusqu’à 17 000 tonnes de produits pétroliers durant la haute saison, comme pendant l’été, qui coïncide avec la période des mariages ou encore à l’approche du ramadan. D’ailleurs moins de deux semaines avant le début du ramadan, la Sch avait tenu une conférence de presse pour annoncer la disponibilité des produits énergétiques.  Le ministre de l’Energie, Aboubacar Said Anli, et son collègue de l’économie, ont à leur tour martelé, le 2 mars, que pour l’heure, malgré le déclanchement de la guerre, aucune pénurie, pas même en produits de première nécessité ne menaçait le pays. Mais, ces appels ne rassurent toujours pas.  » Aujourd’hui il y a énormément de files d’attente après la rationnement des stations. Chacun a ramené son bidon de 20 litres. Même chez les détaillants, le litre est introuvable« , a rapporté un habitant de Mutsamudu, à Anjouan. Dépourvue d’un point de dépôt de carburant, contrairement aux autres îles, Moheli vit encore plus mal cette « crise » qui persiste.  » On a commencé le ramadan avec des pénuries. La distribution dans les stations se fait au compte-goutte. Actuellement, les motards n’ont droit qu’à 4 litres maximum, pendant que les automobiles recevaient entre 10 et 15 litres« , a confié, un habitant de Fomboni.

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