Ce lundi 30 mars, au sein de l’hémicycle Younoussa Bamana, le pôle Santé Mentale et l’unité de pédopsychiatrie du Centre Hospitalier de Mayotte ont tenu un cercle de table ronde « sur la relation à soi et la relation à l’autre ». Une manière d’aborder les questions de santé mentale vers les professionnels et le grand public.
« La relation à soi et la relation à l’autre n’est pas qu’une simple thématique », prévient Virginie Briard, pédopsychiatre et cheffe de service du Centre Médico-Psychologique Enfant Adolescent (CMPEA). Ce lundi 30 mars, au sein de l’hémicycle Younoussa Bamana, les services du Centre hospitalier ont proposé un cycle de tables rondes sur les relations humaines et leur impact sur la santé mentale. Revenant sur le contexte mahorais où les familles élargies et les interactions villageoises ont une forte importance sur l’île.
Construction de soi comme appui
Au sein de la salle, différents membres du personnel sont venus en nombre, faisant salle comble pour écouter le savoir du médecin. Forte de son expérience en Afrique subsaharienne, elle possède une expérience dans le domaine de la psychologie de près de trente ans. Son but : interroger la profession sur ses pratiques et permettre de définir une santé mentale saine.
“La santé mentale ne se résume pas qu’à l’absence de maladie, elle résulte de la capacité à prendre des décisions, nouer des relations et bâtir le monde dans lequel nous vivons.” rappelle t-elle. En clair, tout individu non en mesure d’exploiter ces facultés se voit être fragilisé pour lui-même et envers des interactions sociales biaisées.
Virginie Briard est alors revenue sur la construction psychologique d’un enfant, que nous construisons au travers d’une histoire familiale. “L’enfant n’est pas un adulte à taille réduite mais un petit homme qui passe par plusieurs processus sociaux.” martèle-t-elle. En tant que nourrisson, l’enfant est d’emblée confronté à un manque, comme la faim, que son entourage ou ses parents doivent décrypter au fur et à mesure. L’enfant apprend à contenir ses excitations intérieures et extérieures, et apprend à connaître ses limites. L’enfant n’est pas un adulte à taille réduite mais un petit homme qui passe par plusieurs processus sociaux.

Limite et interdit fondamentaux pour un meilleur être
Le rôle de l’éducation est donc de parvenir à canaliser l’ego de l’enfant. Ce dernier doit pouvoir se repérer au sein de sa structure familiale, mais surtout dissocier son corps des autres afin d’échapper aux violences familiales et qui restent un tabou au sein de la société française. Pour un enfant, le désir, et même à l’adolescence, il est important de garder les interdits fondamentaux en toute société. Nous pouvons ainsi nommer le viol ou l’inceste dans l’une de ces catégories.
L’enjeu pour un enfant est donc de pouvoir construire une identité propre avec un besoin d’utilité et reconnaissance. Elle fait alors un rappel sur les enfants en confiage, une pratique répandue au sein de l’archipel des Comores, d’autant plus à Mayotte. Cette pratique vise à confier un enfant à un tiers adulte qui devient son référent, éludant alors toutes les questions d’attachement essentielles à la construction de soi et parfois destructives pour des enfants. Nombreux connaissent cette situation lorsque des parents viennent à être expulsés ou quand des parents décèdent, ou des enfants expédiés sur notre île.
Les relations toxiques ne devienne pas violente d’un coup
Le docteur l’affirme : les relations toxiques sont toujours lisses au début. C’est lorsqu’un individu commence à vouloir contrôler, puis, par un processus de domination, prend le pouvoir sur l’autre, jusqu’à atteindre des stades de violence. Des situations qu’en fin de compte tous peuvent connaître, même si les enfants sont plus vulnérables. Le médecin développe alors la notion de perversion : détourner une relation à son profit, avec une incapacité de reconnaître l’individu. Parfois même, certains éprouvent de la satisfaction dans la souffrance d’autrui. (Voir image)
Le docteur revient alors sur l’enjeu de cette conférence : protéger les personnes vulnérables et leur accorder les soins nécessaires pour construire une société plus juste, rappelant que les abus sont des crimes et non des affaires de famille.

Qu’est-ce qu’une relation saine ?
La pédopsychiatre poursuit : « Une relation saine est déterminée lorsque un enfant a une place claire, où chaque mot qui lui est exprimé se fait sans peur ni menace. » Elle prend alors un exemple bien connu qui peut s’apparenter à une manipulation : “finis ce plat que ton grand-père est allé cueillir”. Le docteur souhaite ici faire comprendre que nous sommes tous sujets à de mauvais traitements, mais la régularité de la compassion, du réconfort. “Le parent parfait n’existe pas”, souligne-t-elle, poursuit-elle. Elle énonce par la suite les piliers d’une relation saine qui sont : conscience de soi, savoir dire non sans culpabiliser, la communauté, la confiance, la confidence, la communication. Chaque adulte peut agir. Au niveau de la communauté, il faut briser le silence, comme le travail de Haki Za Wanatsa, qui sera aussi invitée au cours de cette journée, ainsi que le procureur de justice de Mayotte et le commandant de la maison de protection des familles de Mayotte, Amir-Dine Issoufa.
En outre, restaurer un lien humain reste primordial et dépend de la qualité du tissu relationnel et de nombreux facteurs. « Prendre soin de la santé mentale, c’est une société qui se libère. En parler, c’est voir le phénomène s’amoindrir », conclut la cheffe de service du Centre Médico-Psychologique Enfant Adolescent.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.




































