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 Par quelques communiqués de presse rapprochés dans le temps, la préfecture a remis au goût du jour la problématique de la contamination de certaines tomates produites à Mayotte au dimethoate, un pesticide interdit en France. À tel point qu’elles ont presque disparu des étals.

 Dans l’affaire des tomates mahoraises dont certaines sont contaminées au dimethoate, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que le taux de contamination à cet insecticide a diminué depuis 2017, date des premières analyses poussées menées par la Direction de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (Daaf) à Mayotte sur les tomates produites localement. La mauvaise, c’est que ce taux reste 17 fois supérieur à la norme autorisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – contre 27 fois en 2017. Et que le volume de tomates contaminées sur le territoire reste inconnu des autorités.

Interdit en France depuis avril 2016, le dimethoate est toutefois autorisé dans d’autres pays de la zone océan Indien, tels que les Comores et Madagascar. On peut ainsi supposer que le produit pulvérisé sur les tomates de Mayotte proviendrait par des voies illégales de contrées voisines. Cet insecticide, créé en 1948, est un « puissant toxique du système nerveux, agissant par l’intermédiaire de son passage aisé de la barrière cutanée et des muqueuses respiratoires« , indique l’Agence régionale de santé soulignant que l’arrêté pris le 15 janvier dernier par la préfecture de Mayotte était « [justifié]« . Cet arrêté met sous surveillance renforcée la commercialisation des tomates dans le département et ce, pour 150 jours. Durant cette période, les contrôles sont intensifiés et « quiconque propose des tomates à la vente doit pouvoir justifier de l’origine et de la provenance du lot par une facture d’achat, un bon de livraison ou tout document permettant d’identifier la provenance » des fruits, prévient la préfecture. Depuis la prise de cet arrêté, plus de 200 kilos de tomates ont été saisis puis détruits et des amendes de 450 euros pour défaut de traçabilité ont également été dressées à l’encontre de certains vendeurs qui peuvent, dans certains cas, être convoqués à la Direction du Travail (Dieccte).

Tomates orphelines

 Ainsi les contrôles se multiplient-ils comme ce lundi matin au marché couvert de Mamoudzou, alors que la plupart des tomates ont mystérieusement disparu des étals. Dans le calme, les agents de la Dieccte fouillent méticuleusement chaque carton, soulèvent fruits et légumes, demandent aux propriétaires des stands de se manifester. Seul un étal sans propriétaire propose encore des tomates. Lorsque la vendeuse à qui appartient la patente arrive au marché, interrogée par les agents de la Dieccte, elle s’insurge : « Ce ne sont pas mes tomates, on les a mises chez moi mais ce ne sont pas les miennes« .

En tout cas, aucun document officiel pour ces tomates orphelines, qui sont saisies, comme celles retrouvées derrière un étal dans un immense sachet plastique (voir photo). Cette quinzaine de kilos de produits non identifiés sera confisquée par la Dieccte ce matin-là, pour destruction. « Il ne s’agit pas d’interdire la vente mais de pouvoir savoir d’où viennent les tomates« , explique David Touzel, de la Direction du Travail. Or, déplore le fonctionnaire, aucun des marchands de fruits et légumes contrôlés la semaine dernière n’a été en mesure de lui fournir des documents attestant de la provenance des produits vendus.

L’omerta sur la provenance des produits

Un problème de traçabilité davantage prégnant lorsqu’il s’agit des vendeurs de bords de routes, particulièrement visés par les mesures en cours. En effet, la préfecture a noté que toutes les tomates testées par la Daaf avaient été traitées au dimethoate, hormis celles du marché de Mamoudzou, des coopératives agricoles et des supermarchés. Or, dans le cas des vendeurs de bords de routes, l’affaire se complique. Tout d’abord, « la personne qui a la patente (lorsque celle-ci existe, ndlr) n’est pas forcément celle qui exerce » et il n’est pas certain « que les produits vendus [soient] bien ceux qui doivent être vendus« , explique le directeur de cabinet du préfet. En outre, beaucoup de ces vendeurs « sont en situation irrégulière sur le territoire« , renchérit David Touzel, de la Direction du Travail, et s’approvisionnent via des réseaux informels. « Quand on leur demande, [les vendeurs] ne veulent pas nous dire d’où proviennent les tomates« , confie un agent de la Dieccte. Il appartient aux communes, via la police des marchés, de veiller à ce que la réglementation en matière de commerce de bord de routes soit respectée (autorisation de vente, redevance, etc.). Cependant, sur des enjeux de santé publique, l’État peut reprendre la main et mettre en place des contrôles spécifiques, comme c’est l’objet de l’arrêté récemment pris.

La préfecture incite en parallèle les consommateurs à la plus grande vigilance lorsqu’ils achètent leurs tomates car une « situation de danger pour la santé » existe. « La qualité a un coût, sans doute« , avertit le directeur de cabinet du préfet qui met en garde contre des tomates peu chères et qui seraient vendues dans des conditions ne permettant d’établir la traçabilité des fruits.

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