"Ne pas ajouter une crise alimentaire à la crise sanitaire mahoraise"

"Ne pas ajouter une crise alimentaire à la crise sanitaire mahoraise"

Sur une île aux nombreuses problématiques sociales, la crise sanitaire a tôt fait d’être doublée d’une crise alimentaire. Pour l’éviter, une vaste distribution de denrées alimentaires débutera vendredi. Jérôme millet, sous-préfet à la cohésion sociale, détaille l’opération.

Flash Infos : À compter de vendredi se tient une opération de soutien alimentaire à destination des plus démunis. Comment va-t-elle s’organiser ?

Jérôme Millet : Avec le concours des forces armées, en particulier du département de la Légion étrangère de Mayotte (DLEM), parce qu’ils savent le faire, ils en ont l’expertise. Ils ont en effet déjà procédé à des distributions de denrées alimentaires dans certains pays. Nous nous appuyons donc sur leur savoir-faire.

Pour cette distribution, nous nous sommes basés avec le préfet sur une étude de l’Insee* qui a distingué différents types de quartiers à Mayotte. Dans toutes ces distinctions ressortent une demi-douzaine de zones où sont concentrées les plages de pauvreté : taux de chômage élevé, part des moins de 20 ans beaucoup plus importante qu’ailleurs, idem pour la part des ménages de cinq personnes et plus, etc. Nous nous sommes donc appuyés sur cette étude objective et scientifique pour identifier les quartiers qui doivent bénéficier d’un soutien alimentaire. Parce qu’en effet, le respect du confinement et les restrictions à la liberté d’aller et venir font qu’une partie de la population a des difficultés à trouver des moyens de subsistance. Il faut donc mettre en place cette distribution de denrées pour ne pas ajouter une crise alimentaire à une crise sanitaire.

L’État, le rectorat et les communes achètent à l’entreprise Panima des collations. On va utiliser une partie de ce qui aurait dû être distribué – mais pas seulement – dans les écoles depuis le début de la période de confinement, pour constituer des sachets. Vendredi matin, 30.000 d’entre eux, soit potentiellement 30.000 bénéficiaires, seront distribués. Nous allons y joindre – en fonction de ce que nous récupérerons – du savon, absolument indispensable pour se laver les mains et retarder la diffusion du virus. Nous allons commencer dès vendredi matin, avec toutefois une contrainte supplémentaire par rapport aux distributions alimentaires classiques : faire respecter les distances d’un mètre entre chacun des jeunes bénéficiaires de cette distribution. L’objectif est ensuite de procéder à une distribution tous les deux jours à compter de la semaine prochaine.

FI : Elle sera organisée via des points de distribution ?

J. M. : C’est cela. Nous allons nous appuyer, en lien avec le rectorat, sur les établissements scolaires, aux abords desquels elle aura lieu, car c’est plus pratique pour les militaires. D’ailleurs, nous allons aussi recourir aux citoyens volontaires qui se sont déclarés sur la plateforme jeveuxaider.gouv – plus de 1.000 à Mayotte à ce jour. Ils nous donneront un coup de main pour l’encadrement.

FI : Il est aussi question de collecte via la grande distribution et le don de particuliers…

J. M. : Oui, car cette distribution alimentaire est complémentaire des actions qui sont menées quotidiennement par les CCAS et les associations. Nous allons très certainement mettre en place un système de bons au profit des plus nécessiteux. Ils leur permettront d’aller dans les supermarchés pour retirer des produits alimentaires. Cela évite des distributions compliquées à mettre en application. Nous allons là toucher un public différent par rapport à la distribution alimentaire. Les bons sont plutôt utilisés par des mères de famille, par exemple. Mais il n’y a pas de hiérarchie dans les actions, tout est nécessaire et se conjugue.

*Les 36 quartiers prioritaires de la politique de la ville à Mayotte (juillet 2017).

 

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