“Le confinement ne peut pas être seulement métropolitain, il faut adapter la distanciation sociale”

“Le confinement ne peut pas être seulement métropolitain, il faut adapter la distanciation sociale”

Les récents chiffres du Coronavirus à Mayotte sont plutôt stables. Mais l’agence régionale de santé n’en démord pas, la crise à Mayotte n’est pas encore arrivée à son point critique. Le confinement n’est pas toujours respecté, et le réapprovisionnement de l’île risque de rencontrer des difficultés en cours de route.

À ce jour, Mayotte compte 186 cas de Covid-19. Un chiffre qui augmente très peu depuis deux jours. Mais cela ne signifie en aucun cas que l’épidémie est en train de ralentir. “On enregistre moins de cas positifs par jour depuis deux jours et pour le moment on est incapables d’expliquer la raison. Mais cette évolution ne nous rassure pas plus que cela”, indique la directrice de l’ARS, Dominique Voynet. D’autant plus que le respect du confinement n’est pas rigoureusement appliqué par tous. Une partie de la population, très souvent la plus précaire, s’octroie quelques libertés, car il est impossible de rester enfermé dans une case en tôle sans jamais y sortir. Les conditions de bien-être ne sont pas réunies. Il y fait très chaud et les occupants n’ont pas accès à l’eau courante. Afin de remédier à ce dernier problème, les autorités ont décidé de changer de stratégie. “On a pris la décision de réinstaller des rampes dans les quartiers où il n’y a pas d’eau courante. Mais aussi de rouvrir les lieux publics disposant de robinets pour permettre d’organiser la distribution en évitant l’attroupement”, annonce Dominique Voynet. Cependant, la distribution d’eau n’est pas l’unique raison des rassemblements. Les distributions de denrées alimentaires provoquent également des afflux, raison pour laquelle désormais les CCAS et les associations privilégieront les bons alimentaires. Ceci dit, la directrice de l’ARS Mayotte comprend les situations dans lesquelles se trouvent certaines personnes sur l’île. “Pour qu’il soit acceptable, le confinement ne peut pas être simplement métropolitain. Il est vrai qu’il y a des endroits où les gens se regroupent, mais ça serait inhumain de leur demander de ne pas s’attrouper alors qu’ils vont chercher les cours de leurs enfants, leur mandat à la poste ou leur bouteille de gaz à la station. Il faut adapter la distanciation sociale.” L’enjeu est de réussir à convaincre les personnes à respecter le confinement qui ira au-delà du 15 avril.

Le réapprovisionnement humain, médical et matériel : un enjeu de taille

Les acteurs politiques, sociaux et médicaux de Mayotte se trouvent sans aucun doute dans une situation inédite. La gestion de la crise est par conséquent semée d’embûches par moment. “La coordination de tout cela est difficile. On est confrontés à des difficultés logistiques. C’est un métier tout nouveau pour nous”, admet Dominque Voynet. Particulièrement lorsque “les négociations avec La Réunion sont parfois ardues”, ajoute-t-elle. En effet, une partie de l’approvisionnement matériel et médical de notre territoire dépend de l’île voisine puisque les commandes qui arrivent par voie aérienne passent d’abord à La Réunion. Jusqu’alors trois avions commerciaux atterrissent à Saint-Denis, par semaine. En plus des passagers, ils sont capables de transporter des frets allant de 20 à 30 tonnes. En plus de ceux-là, un avion cargo d’une capacité de 100 tonnes arrive également toutes les semaines. Par la suite, une partie est envoyée à Mayotte grâce à deux avions. Pour le moment, ce système semble fonctionner, mais un nuage sombre plane au-dessus. Les préfets de La Réunion et de Mayotte, tout comme les directeurs des ARS craignent que la fluidité des vols entre Paris et Saint-Denis s’arrête. “On a demandé que certains vols soient consacrés uniquement qu’à l’approvisionnement de Mayotte. Les avions feraient un stop à La Réunion que pour décharger les passagers”, explique Dominique Voynet. Certains lots n’ont pas besoin de passer par l’île Bourbon et peuvent arriver par voie maritime, à l’exemple des masques. À ce sujet, la directrice de l’ARS indique que pour l’instant l’hôpital dispose d’un stock suffisant.

Le personnel soignant a également besoin de renfort. 25 professionnels de la réserve sanitaire débarqueront à Mayotte le lundi ou mardi prochain. Cela permettra à ceux qui travaillent en ce moment de se reposer. Raison pour laquelle ces nouveaux arrivants “n’iront pas en confinement. Ce n’est pas valable pour les professionnels de santé. Mais ils respecteront les gestes barrières et seront affectés à des postes où ils ne risquent pas de contaminer s’ils sont malades”, précise la directrice de l’ARS. Ils devront redoubler de vigilance, car une bonne partie du personnel de santé à Mayotte est déjà infectée.

 

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