Déconfinement à Mayotte : et si le 11 mai arrivait un peu trop tôt ?

Déconfinement à Mayotte : et si le 11 mai arrivait un peu trop tôt ?

Les signes d’un ralentissement de la propagation du virus à La Réunion et à Mayotte ne sont déjà plus aussi encourageants que la semaine dernière et l’ARS préfère miser sur la prudence, à quelques semaines du déconfinement du 11 mai annoncé au niveau national.

Le week-end dernier, ils n’étaient que quatre cas à venir rejoindre les rangs des personnes contaminées par le Covid-19 à Mayotte. Ce week-end, ce sont 17 nouveaux patients qui ont été testés positifs, portant à 271 le nombre total de cas sur l’île aux parfums. Un bilan en hausse donc, qui garde l’ARS en alerte. “Par rapport à la semaine dernière, où un semblant de ralentissement des contaminations pouvait nous amener à nous réjouir, ces résultats prouvent au contraire que le virus poursuit une installation à bas bruit”, souligne Dominique Voynet, sa directrice.

À bas bruit, mais bien réelle donc. Certes, la situation n’est pas exponentielle, et les patients n’affluent pas en masse aux urgences, justement réorganisées en unités séparées en prévision de la vague. “On a presque une surabondance de moyens par rapport au nombre de patients”, note ainsi l’ancienne ministre. Mais l’agence régionale de santé s’inquiète de la circulation du virus notamment chez des patients asymptomatiques. Des tests réalisés sur l’entourage d’une personne hospitalisée, qui avait très peu de contacts avec l’extérieur, ont ainsi montré que les quatre personnes de son foyer étaient positives au coronavirus, sans pour autant présenter de symptômes.

Muscler les tests en vue du déconfinement

Une situation qui rappelle l’importance de mener une politique de tests à plus grande échelle. “Nous ne renonçons pas à faire des tests, à la moindre suspicion de Covid, et nous testons également les patients chez qui nous ne nous expliquons pas l’origine de la contamination, à l’image du patient évoqué”, insiste Dominique Voynet. Pour l’heure, plus de 1850 tests ont été réalisés par le laboratoire du CHM. Mais ce n’est rien en comparaison du volume qu’il faudra analyser au moment du déconfinement. Comme en métropole, Mayotte va devoir tester davantage, alors que la machine tourne déjà presque à plein régime. Rien que pour monter à 200 tests par jour, cela ne sera donc pas une mince affaire : “j’ai demandé au CHM de revoir la chaîne de prélèvements et d’analyses et nous avons soutenu la demande du laboratoire privé pour accéder à ses réactifs” - en effet, le seul laboratoire d’analyses privé de Mayotte est équipé d’une machine différente du CHM. Mais même cette réorganisation doublée d’une action conjointe privée/public ne permettra pas d’atteindre le rythme de 1.000 tests par jour. Pour cela, “il va nous falloir une équipe mobile et le matériel nécessaire. Nous avons demandé il y a un mois et demi de remplacer la machine du CHM, qui fonctionne mais est déjà ancienne ; et nous avons aussi demandé la livraison d’un appareil d’une plus grande capacité qui doit venir avec une équipe de techniciens dédiée”, développe Dominique Voynet.

La crainte d’une explosion

Or l’heure tourne, et la date fatidique du 11 mai approche à grand pas. Sur ce dossier du déconfinement, justement, l’ARS mise pour l’instant sur la prudence. Car Mayotte a entre trois et six semaines de décalage avec la métropole. Au vu de ce décalage, l’ARS serait donc plutôt d’avis de reporter la date du déconfinement à la fin du mois de mai. Mais en proposant alors une formule de confinement plus adaptée et allégée. Car, “empêcher des jeunes gens d’aller au terrain de football après une journée passée dans un bidonville chaud comme un four, ce n’est pas tenable”, reconnaît Dominique Voynet, qui suggère par exemple d’autoriser des balades ou des virées plages, de garantir l’accès à l’eau et au pétrole lampant, et de rouvrir les marchés, pour ce confinement revisité à la sauce mahoraise.

Sans cela, l’ARS craint l’explosion à partir du 11 mai avec “un risque de contacts de personnes âgées et fragiles”. La principale source d’inquiétude ? La rentrée scolaire, alors qu’une centaine d’enseignants ont été bloqués en dehors du territoire à leur retour de vacances au mois de mars, et potentiellement dans des zones à risques. La réouverture des vols commerciaux, et l’arrivée de ces professeurs sur le territoire et dans les classes, peut donc représenter un risque. Si le déconfinement est confirmé, il faudra les soumettre à des tests systématiques, régler la question de la quarantaine, et les équiper de protections, ainsi que leurs élèves. Sans compter les questions de transport, de restauration scolaire, ou encore d’absence de points d’eau dans certains établissements scolaires. Bref, la liste des préparatifs est longue pour un déconfinement prévu dans seulement trois semaines… À ce sujet, le Recteur Gilles Halbout tient toutefois à apporter une précision : “si la situation sanitaire n’est pas contrôlée sur l’île, et qu’il faut envisager un report de la date, cela concernera tout le monde, et pas juste l’Education nationale. Si le déconfinement a lieu le 11 mai comme prévu, nous serons de notre côté prêt à prendre les mesures nécessaires pour limiter au maximum les risques”.

 

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