ARS : « La prévention est un élément majeur de notre action à Mayotte »

ARS : « La prévention est un élément majeur de notre action à Mayotte » De gauche à droite, Étienne Billot, directeur général adjoint de l’ARS, François Maury, directeur général de l’ARS, et Salim Mouhoutar, directeur adjoint de la délégation de l’île de Mayotte.

Après dix-huit mois de recherches et d’échanges qui ont mobilisé plus de soixante groupes de travail, le Projet de Santé (PRS) La Réunion-Mayotte 2018-2028 a finalement été adopté par l’Agence régionale de santé Océan Indien le 29 juin dernier. Ce PRS sera la feuille de route de l’agence pour « améliorer la santé des Mahorais et des Réunionnais » dans la décennie qui vient. Prévention et santé communautaire sont au cœur des axes de développement à Mayotte.  

Si La Réunion fait face à des « enjeux » en termes de santé, pour Mayotte il serait plus juste de parler de « défis ». C’est ainsi du moins que le directeur général de l’Agence régionale de santé Océan Indien, François Maury, a résumé la situation des deux territoires ce lundi 2 juillet, à l’occasion d’une conférence de presse donnée au siège de l’agence à Mamoudzou sur le « Projet de Santé La Réunion-Mayotte », quelques jours après son adoption par l’ARS, le 29 juin. Fruit du travail de plus d’une centaine d’acteurs de la santé, d’associations d’usagers et des pouvoirs publics de La Réunion et de Mayotte, ce « PRS » constituera la feuille de route de l’agence concernant la politique de santé à mener dans les dix prochaines années dans les deux territoires ultra-marins. Soulignant le « contexte très particulier de Mayotte » le directeur de l’ARS Océan Indien a martelé l’importance de la prévention dans le 101ème département, notamment du fait de l’abondance de « maladies chroniques » qui s’y développent, telles le diabète. 

L’autre élément-clef qui ressort du travail de concertation mené pour aboutir au PRS est ce qu’on appelle la « santé communautaire ». Cette approche de la médecine consiste à associer la population et les différents acteurs professionnels intervenant dans le parcours de soin. D’ici six mois, l’ARS projette ainsi de mettre en place une journée régionale ouverte au public sur cette question, avec le projet de bâtir par la suite une structure d’accueil pérenne dédiée à la santé communautaire, distincte des maisons de santé. 

« C’est justement parce que nous avons beaucoup de maladies chroniques à Mayotte qu’il faut apporter une réponse globale et un accompagnement au plus près de la personne, de son domicile, et de sa communauté », a fait valoir le directeur. Pour ce faire, encore faut-il qu’il existe un réel partage d’informations. « À Mayotte, malgré le manque de professionnels de santé, nous avons beaucoup de maisons de santé, donc nous sommes déjà engagés dans cette dynamique », s’est félicité François Maury, saluant au passage le fait que « les jeunes médecins et infirmiers semblent de plus en plus enclins à travailler en groupe » et ne se limitent pas à un rapport classique patient-médecin, construit uniquement en tête-à-tête.

Des financements en hausse 

Le projet de santé qui guidera l’ARS jusqu’en 2028 est élaboré autour de huit grandes priorités. D’abord, la santé des femmes, des couples et des enfants avec la périnatalité, la préservation de la santé des jeunes, incontournable avec « plus de 60% de mineurs dans le département », la santé des personnes âgées et/ou handicapées, la prévention et la prise en charge des maladies chroniques. La santé nutritionnelle figure aussi au rang de ces priorités, alors que Mayotte compte « des enfants malnutris », au sens où ils présentent des carences, mais aussi dans le même temps des personnes en surpoids, voire obèses. Le PRS se focalise également sur la santé mentale, préoccupante dans l’île étant donné que « nous n’avons pas les moyens à l’heure actuelle de prendre en charge les gens, avec seulement dix lits pour 260 000 habitants », ou encore l’environnement, dans la mesure où il est au service de la santé, avec la question du traitement et de l’assainissement de l’eau par exemple. Enfin, l’ARS va concentrer ses efforts sur le renforcement de la veille sanitaire, car même s’il y a peu de cas de paludisme à Mayotte, l’année 2014 a enregistré 500 cas de dengue, rappelle François Maury, qui estime qu’il faut « rester attentif à l’arrivée de certaines menaces ». Pour donner vie à tous ces projets, le fonds d’intervention régional mis à disposition de l’ARS Océan Indien va voir son budget augmenter de 50% en 2018, et à nouveau de 50% en 2019, le portant à un peu plus de 15 millions d’euros à horizon 2020, contre 7,8 aujourd’hui, annonce les responsables de l’ARS. Cela devrait notamment permettre de renforcer les moyens de prévention concernant les maladies chroniques. Une autre ambition de l’ARS consiste à accroître l’attractivité du territoire pour les médecins et autres professionnels de santé et à y faciliter leur installation, notamment pour les cabinets de médecins libéraux. 

 

 

 

Encadré 

 

La santé communautaire « un outil très adapté à Mayotte »

 

Pour le directeur adjoint de la Délégation de l’île de Mayotte, Salim Mouhoutar, la santé communautaire est un « outil magnifique, quoiqu’encore très peu utilisé et pourtant très adapté à Mayotte ». Évoquant une forme de « démocratie sanitaire », ce dernier estime que « l’on ne peut pas faire de soins sans le concours des Mahorais en tant qu’acteurs de leur propre santé ». Citant l’exemple du programme de sensibilisation à la contraception « 1,2,3 Bass » ou de la dernière campagne de vaccination (à l’issue de laquelle quelque 14 000 enfants ont été vaccinés), Salim Mouhoutar ajoute que « par le passé, toutes les actions de santé réussies, l’ont été de cette manière ». Un Diplôme d’université (DU) de médecine communautaire doit d’ailleurs ouvrir ses portes à la prochaine rentrée scolaire à Mayotte. Les étudiants qui sortiront diplômés de ce cursus auront des compétences adaptées au territoire - ils pourront ainsi y rester - et exercer leur art de manière plus efficiente. 

 

 

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