À Mayotte, les visières de protection dépendront aussi du bon vouloir de la métropole

À Mayotte, les visières de protection dépendront aussi du bon vouloir de la métropole

Depuis une dizaine de jours, un groupe de bénévoles fabrique, grâce à des imprimantes 3D, des visières de protection à destination du personnel de santé notamment. Mais alors que le collectif travaille sur ses fonds propres, les stocks de matériel diminuent drastiquement.

Il a commencé seul. Mais désormais, le collectif monté par Jérôme Mathey a pris de l’ampleur. Le 30 mars dernier, ce professeur de physique était intervenu dans les colonnes de Flash Infos pour encourager toutes les personnes ou entreprises pourvues d’une imprimante 3D à rejoindre son action, à savoir confectionner des visières de protection pour les redistribuer gratuitement aux professionnels de santé et de terrain, comme les pompiers et les policiers. Un appel bien reçu, puisqu’ils sont aujourd’hui une quinzaine de bénévoles à s’être engagés dans cet acte solidaire. Pour autant, rien n’est acquis.

Alors que la petite équipe peut produire jusqu’à 100 protections par jour, les stocks de filaments d’impression baissent, sans être réapprovisionnés. “Il ne nous reste plus qu’une semaine à dix jours de matière première”, explique Jérome Mathey. Alors que le rectorat vient de mettre à disposition du groupe douze de ses propres imprimantes. “Là, il va falloir un soutien financier pour pouvoir importer la matière depuis la métropole.” Problème, avec la suspension des vols, difficile de ramener à Mayotte le précieux matériau, d’autant plus qu’une majorité de territoires nationaux ont également adopté l’impression 3D pour la confection de protections sanitaires. Ainsi, il ne faudra pas compter sur l’île de La Réunion, qui préfère en toute logique, garder ses ressources pour ses propres besoins.

Mais après le soutien de la CCI qui avait permis de solliciter le matériel de l’entreprise 3Découpe, la caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM) et la préfecture ont à leur tour décidé de donner un coup de main pour acheminer de nouveaux filaments via les frets de matériels médicaux. Une bonne nouvelle, puisque sur l’Hexagone, toutes les entreprises spécialisées sont elles-mêmes en train de se réapprovisionner pour revendre la matière première. Pour faciliter les démarches, le sous-préfet, Julien Kerdoncuf, suit le dossier de près et devrait apporter plus d’éléments d’ici la semaine prochaine, autrement dit, quand les stocks locaux seront à sec.

450 visières depuis le début du mois

“Nous avons encore de quoi fabriquer 2.000 masques”, tempère Jérôme Mathey. Un chiffre qui semble élevé, mais qui pourrait pourtant bien vite descendre, en sachant que sur la seule journée d’hier, le collectif a permis de livrer 180 protections au bloc opératoire, et 100 autres à la CSSM. “Il faudrait essayer de sécuriser un mois de protection, soit 10.000 masques”, projette encore le groupe de bénévoles, qui pour l’instant, compte 450 visières fabriquées depuis le début du mois, alors que les imprimantes mises à disposition étaient bien mois nombreuses qu’aujourd’hui et les volontaires, aussi.

Pour l’instant, le collectif doit compter sur les dons de feuilles transparentes et d’élastiques offerts par des entreprises locales, le reste des fonds étant strictement apportés par les bénévoles, qui s’attendent déjà à une hausse de la demande. Car si le personnel hospitalier reste prioritaire, bien d’autres corps de métier sont dans les petits papiers de ces petites mains. Certes, ce type de masque ne protège “que” des projections salivaires, mais ils pourraient s’avérer cruellement nécessaires aux agents en contact avec le public, comme ceux d’EDM ou de la Mahoraise des Eaux (Smae), dont certains sont déjà touchés par le Covid-19. “Le manque de personnels va entraîner des coupures.

Chez Total, cela pourrait provoquer des pénuries. Et on sait tous à quoi ressemble l’île quand ses services ne tournent plus ”, souligne Jérôme Mathey, ravivé par les souvenirs de la grève générale du début 2018.

Ainsi, l’équipe de bénévoles cherche, en plus des matériaux et des imprimantes supplémentaires, constamment à grossir ses rangs. Si la maîtrise d’une imprimante numérique nécessite un certain temps de formation, “on a quand même besoin d’un coup de main pour la logistique, la communication, le secrétariat, etc.”, glisse le porte-voix du projet. Alors, pour occuper son confinement de façon solidaire, rendez-vous sur le groupe Facebook Mayotte Impression3D Urgence (MIU) — Makers contre le Covid 976.

 

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