À Foumbouni, dans le nord de Mayotte, un glissement de terrain actif inquiète certains habitants depuis plus de dix ans. Lente mais persistante, cette instabilité du versant, accentuée par de fortes pluies et surveillée de près par le BRGM, rappelle que la vigilance reste de mise face aux épisodes d’intempéries et aux mouvements du sol sur l’île.
Dans le nord de Mayotte, le petit quartier de Foumbouni qui compte une centaine d’habitations – pour certaines informelles – perché sur les pentes de Mtsamboro, porte toujours les marques d’un lent mouvement du sol. Depuis plus d’une décennie, ce glissement de terrain — discret mais continu — s’étend sur sept hectares. Il est l’objet d’un suivi scientifique rigoureux par les équipes du Bureau de Recherches Géologiques et Minières, le BRGM, un service géologique national français.
Un événement déclencheur : le cyclone Hellen
Tout commence en mars 2014, lorsque le cyclone Hellen déverse des pluies exceptionnelles sur l’île. En l’espace de quelques semaines, les précipitations provoquent une accélération brutale des mouvements du terrain à Foumbouni : plus de 40 centimètres de déplacement sont enregistrés à ce jour. Cet épisode spectaculaire révèle l’instabilité profonde du versant : maisons fissurées, infrastructures endommagées, routes fragilisées. La collectivité fait alors appel à des experts pour comprendre la dynamique de ce phénomène et proposer des moyens de surveillance et de prévention.
Des habitants inquiets face aux fissures qui apparaissent dans les maisons
Installée à Foumboni depuis le début du mois d’août dernier, Marie* pensait avoir trouvé la maison idéale. Située face à la mer, la propriété dispose d’un jardin en pente et offre un cadre de vie agréable. Pourtant, quelques semaines après son emménagement, elle perçoit des signes inquiétants : « Il y a des fissures dans les murs », raconte-t-elle. La jeune femme a également remarqué que certaines marches autour de la maison sont « complètement de travers ». Malgré ces inquiétudes, Marie reste attachée à son nouveau cadre de vie. « C’était vraiment la maison parfaite.
En m’installant, je ne connaissais pas la situation de Foumboni. On se sent tellement bien ici que nous ne sommes pas prêts à déménager », confie-t-elle. Elle admet toutefois vouloir se renseigner davantage sur les risques potentiels. Un autre habitant, qui a étudié la gestion des ressources et des risques naturels en environnement tropical, partage lui aussi son regard sur la situation. Résidant à M’tsamboro, il se rend régulièrement à Foumboni pour rendre visite à ses proches et observe depuis plusieurs mois des changements préoccupants. « On a l’impression que la terre sous certaines habitations est en train de partir de plus en plus », explique-t-il. Lors d’observations réalisées en novembre dernier, il dit avoir constaté que certaines maisons semblaient littéralement s’ouvrir en deux. « Un mur était plus décalé que la dernière fois. Puis ce mur est tombé », rapporte-t-il. Si le rapport du BRGM ne précise pas de date récente concernant l’apparition de nouvelles fissures dans les maisons, face à la menace d’effondrement, quelques familles avaient déjà été relogées temporairement en 2014. La zone est désormais strictement interdite à la construction, et des mesures d’accompagnement ont été définies avec la municipalité de Mtsamboro et les services de l’État.
Hydrologie, pluie et vigilance
Selon l’expert qui a mené ces études, Bastien Hervy, il n’y a pas de corrélation entre glissement de terrain et érosion. Selon le rapport établit par le BRGM de 2014 à 2023, le glissement de terrain est directement lié aux conditions hydrogéologiques, plus précisément, à des oscillations rapides et réversibles liées à des pluies ponctuelles ; à des oscillations saisonnières et des déformations irréversibles continues, qui témoignent du mouvement global du versant.
Depuis 2015, les mesures topographiques et géodésiques montrent que le glissement n’a jamais cessé, même si l’allure des déplacements est beaucoup plus lente, de l’ordre de quelques millimètres à quelques centimètres par an. Selon le rapport du BRGM, entre mai 2022 et juin 2023, l’axe principal du mouvement se situe selon un vecteur nord-sud, avec une inversion de sens observée selon les saisons. Après 2023, aucun rapport n’a été établi mais l’installation, en 2021, d’une station GNSS permanente dans la zone permet aujourd’hui d’affiner le suivi et d’observer des mouvements qui varient selon les saisons et la saturation en eau du sous-sol : « Aucune accélération n’a été constatée depuis, rassure l’expert Bastien Hervy, seulement des fluctuations ponctuelles et saisonnières ».
Seuils d’alerte et projections
Un des objectifs de l’étude est de définir des seuils de vigilance qui permettent d’anticiper des cumuls pluviométriques ou des niveaux d’eau souterraine susceptibles de déclencher des déplacements plus rapides — de l’ordre de dizaines de centimètres. Des seuils d’activation ont ainsi été proposés, même si leur validation complète nécessite encore des années de données supplémentaires. Le rapport souligne néanmoins que le risque d’une accélération brutale ultérieure n’est jamais totalement exclu, notamment en cas d’événement météorologique exceptionnel.
*Ce nom a été changé pour respecter l’anonymat du témoignage



































