La commission d’enquête du Sénat sur les inégalités systémiques dans les outre-mer qui a débuté le 27 janvier dernier a consacré une audition dense à la question des modèles économiques ce mardi 17 février. Derrière les constats techniques, les échanges ont surtout révélé une lassitude politique et sociale.
Le sénateur Thani Mohamed Soilihi a replacé les travaux de la commission dans une continuité politique. Il a rappelé que la lutte contre la vie chère traverse les législatures et structure depuis longtemps le débat public dans les outre-mer. « Nous avons une impression de tourner en rond, et ce n’est pas qu’une impression », a-t-il déclaré, évoquant aussi bien la loi Égalité réelle outre-mer que les multiples dispositifs censés réduire les écarts de prix.
Face aux experts, le sénateur a insisté sur la nécessité de passer d’une logique d’accumulation de rapports à une stratégie opérationnelle. Il a notamment interrogé la faisabilité d’une intégration régionale plus poussée, présentée comme un levier potentiel pour diversifier les approvisionnements et renforcer la concurrence. « L’une des façons d’y arriver serait peut-être une meilleure intégration régionale », a-t-il avancé, avant de questionner l’adéquation des outils économiques et concurrentiels dont disposent réellement les territoires.
Les réponses des spécialistes, ont confirmé que l’intégration régionale représente une piste crédible, à condition de renforcer les infrastructures, d’harmoniser les normes et d’accompagner durablement les acteurs économiques locaux. Les experts ont également souligné l’impact des écarts de charges fiscales et sociales avec les pays voisins, qui influencent directement la compétitivité des économies ultramarines.
Saïd Omar Oili a dressé un constat sans détour de l’évolution récente du territoire : « J’ai le sentiment que depuis l’an dernier, la situation à Mayotte s’est encore dégradée », a-t-il affirmé. Il a décrit le fonctionnement quotidien des collectivités locales, confrontées à des marchés très concentrés. « Nous savons travailler dans la transparence, mais la structure économique limite fortement le jeu de la concurrence », a-t-il expliqué, évoquant la domination de quelques entreprises dans des secteurs clés comme le BTP.
Au-delà des mécanismes économiques, Saïd Omar Oili a élargi le débat à ses conséquences sociales. « Mayotte cumule des prix très élevés, une pauvreté importante et des dispositifs sociaux parmi les plus faibles », a-t-il rappelé, avant d’attirer l’attention sur la jeunesse, l’accès à l’éducation et les perspectives d’avenir sur l’île.
Les experts ont également été interrogés sur l’indexation et la surrémunération des salaires, dispositifs historiques des départements d’outre-mer. Leur analyse a souligné l’utilité de ces mécanismes pour soutenir le pouvoir d’achat, tout en rappelant leurs effets limités sur la réduction des inégalités structurelles.
Au fil de l’audition, une ligne directrice s’est imposée : les leviers existent, les diagnostics convergent, et la commission entend désormais formuler des propositions capables de transformer durablement les modèles économiques ultramarins. Pour Mayotte, l’enjeu dépasse largement la question de la vie chère. Il touche à la cohésion sociale, à l’avenir de la jeunesse et à la capacité du territoire à se projeter dans un développement plus équilibré.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.







































