Port de Dzaoudzi : une porte d'entrée à la criminalité ?

Port de Dzaoudzi : une porte d'entrée à la criminalité ? © Geoffroy Vauthier

Dans son cahier revendicatif remis à la ministre des Outremers la semaine dernière, le syndicat Alliance Police nationale a dénoncé les conditions dans lesquelles travaille la Police aux frontières (Paf) au port de Dzaoudzi où opère le bateau Maria Galanta. La sécurité du site est gravement remise en question alors que chaque semaine, des centaines de passagers (en moyenne 2 000 par mois) vont ou viennent des Comores.

 

La Paf est inquiète et il y a de quoi l'être selon le syndicat Alliance. Le quai d'embarquement de Dzaoudzi pour les bateaux de la SGTM (Société générale de transports maritimes) n'est pas aux normes dans plusieurs domaines que ce soit sécuritaire ou sanitaire. Le syndicat pointe d'abord du doigt le manque d'effectifs sur place pour contrôler les passagers sortants ou entrants. Deux agents seulement sont affectés à la vérification à la fois des papiers et des bagages. Qui plus est, ces deux fonctionnaires sont pris dans les équipes affectées à l'aéroport. Autrement dit, l'aérogare se voit amputée 4 jours par semaine de deux agents de la Paf. Mais l'affectation au port de Dzaoudzi de deux policiers aux frontières pour assurer un service de qualité et sécurisé n'est pas suffisant selon Alliance. Pourtant la Paf compte bien environ 200 policiers dans ses rangs. "Oui mais ils sont affectés dans divers services (Cra, BRM, aéroport, etc.)", explique Jean-Louis Godard secrétaire départemental adjoint au sein du syndicat. À cela s'ajoutent les départs de 30 agents qui n'ont toujours pas été remplacés. La faute à un problème d'activité du territoire. "On a eu beaucoup de désistement de la part de collègues qui initialement devaient nous rejoindre faute de logement de fonction notamment", rapporte le syndicaliste. Seulement deux agents et pas de scanner pour contrôler les passeports. L'autre problème rencontré et non des moindres, c'est l'absence de scanner pour contrôler la véracité des papiers d'identité. "Les agents doivent se fier à leur bon sens pour détecter la fraude documentaire", regrette Jean- Louis Godard. Cette carence pose problème quant à l'entrée illégale sur le territoire de Mayotte. À cela s'ajoute l'absence également d'un chien renifleur pour inspecter le contenu des bagages. Drogues et autres produits ou matériels illicites peuvent ainsi facilement transiter par le port de Dzaoudzi. De même que des voleurs et le fruit de leur délit commis ici peuvent facilement quitter le 101ème département en prenant le Maria Galanta et ce alors que le territoire est en situation Vigipirate. "Vous pourrez constater : la vétusté du local (Algéco), l'absence de matériel informatique et de contrôle, l'absence d'une aubette de contrôle, l'absence de ligne téléphonique ou encore un mobilier à rénover", se plaignait le syndicat dans son cahier revendicatif. "Et en cas d'interpellation d'un individu, la situation peut très vite dégénérer par la proximité de la foule des passagers", ajoute le document. Les conditions sanitaires dans la gare maritime sont également remises en question par la Paf. Les passagers en attente d'embarquer ne disposent pas de toilettes. Ces dernières sont fermées depuis plusieurs mois selon Alliance faute de travaux réalisés à ce jour. La vétusté est également ciblée. "Lorsque le toit s'effondrera, il sera trop tard", préviennent les agents. "Si l'ARS était amenée à venir faire une inspection, cela ferait longtemps que le port serait fermé, car il ne répond pas aux normes", fait constater Jean-Louis Godard. Mais si les agents de la Paf ont fait remonter leurs doléances auprès de la ministre, ils ne se font pas d'illusion quant à l'issue de leur requête. "Après la visite ministérielle, on ne s’attend pas à des changements, au contraire on sait qu'il va y avoir des coupes budgétaires", résumait ainsi le secrétaire départemental adjoint. 

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