Participation record, issue 100% masculine… Ce qu’il faut retenir d’un scrutin dans l’ombre du Covid à Mayotte

Participation record, issue 100% masculine… Ce qu’il faut retenir d’un scrutin dans l’ombre du Covid à Mayotte

Rien n’arrête les électeurs mahorais. Avec plus de 72% de participation, les citoyens se sont déplacés en nombre malgré la circulation du coronavirus, plaçant le département numéro un en termes de participation au second tour. Un scrutin forcément inédit donc avec lequel 10 nouveaux maires font leur entrée, mais qui, malgré tout, se sera illustré par une ambiance bon enfant alors que les batailles se jouaient au coude à coude dans les urnes. Lesquelles n’auront désigné aucune des sept femmes candidate. 

Les gestes barrières à la trappe dans certains bureaux de vote 

Crise sanitaire oblige, les gestes barrières, au premier rang desquels la distanciation sociale, étaient de mise dans les bureaux de vote du département ce dimanche. Si de nombreuses communes avaient pris les devants, à l’instar de Mamoudzou où un fléchage au sol et du gel hydroalcoolique avaient été mis en place, cela n’a pas toujours suffi face à l’empressement de citoyens pressés de se rendre aux urnes. C’était notamment le cas à Passamaïnty village mais surtout à Koungou où quatre agents prévus pour maintenir les distances se sont fait complètement dépasser par les événements alors qu’une foule s’entassait massivement devant le bureau 47 de Majicavo Dubai. Aussi spectaculaire soit-elle, l’image est cependant une exception dans le département où le scrutin s’est, de manière générale, déroulé sereinement d’un point de vue sanitaire. 

Quelques tensions à Bouéni, ambiance bon enfant ailleurs La commune de Bouéni a également fait exception à un scrutin globalement serein sur l’île aux parfums. Dans la ville du sud, plusieurs sympathisants d’un candidat - défait par la suite - ont manifesté leur colère, accusant le directeur général des services de la municipalité d’avoir fait entrave à leurs procurations. Si les allégations n’ont pas été prouvées, les gendarmes ont toutefois dû intervenir pour calmer les esprits qui commençaient à s’échauffer. Le calme est rapidement revenu, à l’image de la grande majorité des autres bureaux de vote de l’île. 

Un scrutin particulièrement serré 

Ça s’est joué à rien. Et c’est l’un des points forts de ce second tour : sur 16 communes organisant le scrutin, sept d’entre elles ont vu les candidats se départager avec seulement 100 voix ou moins d’écart. 100 voix tout pile, justement, à Bandrélé alors que 3.092 votants se sont déplacés. Record, du côté de Kani-Kéli où seuls 11 bulletins ont séparé les deux premiers candidats des trois présents au second tour. Avec 70 voix d’écart à Dembéni, 72 à Chirongui, 89 à Koungou, 62 à M’Tsangamouji ou encore 87 voix à Pamandzi, les candidats au poste de premier magistrat se tenaient dans un mouchoir de poche ! 

Pas de femme élue au second tour 

C’est une claque. Alors que les femmes ont toujours tenu un rôle politique de premier plan dans l’histoire de l’île, notamment à travers la figure des chatouilleuses, aucune des candidates aux municipales n’a remporté cette bataille. 2014 n’avait pas franchement fait verdir les compteurs de la parité mais deux femmes maires avaient toutefois été élues : Hanima Ibrahima (Roukia Lahadji) à Chorongui et Anchya Bamana à Sada. Les deux édiles, qui souhaitaient rempiler, ont vu leurs espoirs douchés à l’issue du second tour. Au total, sept candidates se sont présentées devant les électeurs ce dimanche, dont deux à Chiconi. Zaminou Ahamadi (LR), candidate dans la commune de Bandrélé a été la plus près de l’emporter, avec seulement cent voix concédées à son rival, le maire sortant Ali Moussa Moussa Ben (DVG). 

La gauche siphonnée par le centre 

En comparant les résultats du second tour de 2014 et celui de cette année, il semblerait évident qu’un virage à droite se soit réalisé. Ce serait oublier le bouleversement qu’a créé dans le paysage politique l’apparition du parti La République en Marche, « ni de droite, ni de gauche ». Ni de maire à Mayotte d’ailleurs pour ce parti. En réalité, la droite, toutes tendances confondues, préserve le même nombre de villes sur le territoire, à savoir neuf communes. En revanche, seuls trois candidats de gauche, contre 8 en 2014, ont remporté l’adhésion : Ahamada Fahardine (Soc. Uwaminifou Yao Malezi) à Bandraboua, Ali Moussa Moussa Ben (DVG. S’unir pour construire notre commune) à Bandrélé et Saïd Omar Oilli (DVG. Nema) lors du premier tour à Dzaoudzi-Labattoir. Des voix siphonnées par des partis apparentés au centre, qui ont remporté 5 communes (Acoua, Bouéni, M’tsamboro, Ouangani et Pamandzi). À noter que Mamoudzou, remportée en 2014 par Mohamed Majani, alors divers gauches puis candidat cette année sous la bannière LREM a cédé la place à un candidat soutenu par Les Républicains, Ambdilwahedou Soumaïla. 

Pas de contestation en vue… Pour l’instant 

Malgré le très faible écart séparant les candidats dans sept communes, aucune contestation n’a officiellement été formée au lendemain de ce second tour. En revanche, plusieurs accusations, parfois lourdes comme on l’a vu à Bouéni, se sont fait entendre. C’est principalement le cas dans la commune de M’tsangamouji où des partisans du candidat défait, Ahamada Siaka (DVG. Tifaki Moja) ont dénoncé des irrégularités, notamment le dépôt de deux enveloppes dans une urne ou encore un vote effectué en lieu et place d’un administré sans procuration. Une vidéo, très peu éloquente est utilisée pour appuyer ces dires. Toujours est-il qu’avec seulement 62 voix de moins que son rival, le maire sortant Saïd Ibrahima (LR), le candidat malheureux n’a pour l’instant pas formé de recours.

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