Le budget 2026 adopté dans la tension malgré de vives critiques

Adopté avec trois mois de retard par rapport aux autres collectivités de France et de Navarre, le budget 2026 du Département-Région de Mayotte a été voté hier matin, jeudi. Il prévoit 455 millions d’euros de dépenses et un excédent de 80 millions d’euros, qui devraient être affectés au financement de grands projets, notamment des équipements sportifs et culturels.

L’opposition dénonce un budget insincère, destiné selon elle à faire de l’affichage dans la presse. Elle soulève des interrogations sur la méthode utilisée pour « gonfler les chiffres », en s’appuyant sur des subventions versées par l’État dans le cadre du contrat de convergence.

Un budget 2026 adopté à une écrasante majorité, malgré un carton rouge de deux élus de l’opposition, Hélène Polozec et Soula Saïd Souffou. Le président de l’Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousséni, se félicite d’avoir dégagé des budgets excédentaires ces dernières années : environ 16 millions d’euros en 2022, pour atteindre 80 millions d’euros en ce début d’année 2026.

« Chaque année, nous améliorons la situation du département. Il faut comprendre que le Département-Région a désormais besoin de réaliser des investissements importants sur le territoire. C’est dans cette logique que s’inscrit cet excédent conséquent, avec toutes les précautions d’usage, sachant que nous avons un budget de 455 millions d’euros de dépenses. »

À l’issue des travaux de l’assemblée, Ben Issa Ousséni a expliqué que dégager un excédent de 80 millions d’euros dans ce contexte suppose un travail important sur l’amélioration des recettes et, surtout, sur la maîtrise des dépenses de l’institution qu’il préside.

« Il est essentiel de maîtriser nos dépenses pour pouvoir investir en faveur de la jeunesse, du développement économique, des transports, des routes, ainsi que pour nos agents, qui bénéficieront de deux opérations importantes que nous prévoyons de lancer cette année : les deux cités administratives de Coconi et de Mamoudzou. »

Vent debout, les deux élus de l’opposition ayant voté contre ce budget 2026 dénoncent une insincérité et un gonflement artificiel fondé sur des subventions versées par l’État au titre du contrat de convergence. Ce mécanisme permet, depuis 2023, de compenser chaque année certaines dépenses engagées par le Département dans des domaines relevant de ses compétences.

Un dispositif vivement critiqué par le conseiller départemental de Sada-Chirongui, qui estime que l’État ne devrait pas procéder de cette manière, avec des versements au compte-gouttes pour compenser des sommes dues à Mayotte. Selon lui, cette méthode fragilise le département en réduisant la lisibilité de son fonctionnement.

Ben Issa Ousséni demande au gouvernement une révision du mode de calcul de la dotation globale de fonctionnement

Un point de vue partagé par Ben Issa Ousséni, qui reconnaît toutefois ne pas disposer de levier pour corriger cette situation.

« Bien sûr, signer chaque année une convention de compensation n’est pas la méthode la plus sécurisante pour une gestion rigoureuse de notre institution. Nous demandons, d’une part, que les 100 millions d’euros soient sanctuarisés afin de stabiliser ce financement, et, d’autre part, qu’il devienne un financement dynamique, tenant compte de l’évolution des dépenses, qui ne cessent d’augmenter d’année en année. »

Le président de l’Assemblée de Mayotte plaide pour une dotation connue à l’avance, permettant de construire un budget fiable. Il appelle le gouvernement à prendre en compte les chiffres du dernier recensement de la population mahoraise afin de revoir le calcul de la dotation globale de fonctionnement (DGF) des collectivités de l’île.

Selon lui, si l’INSEE n’a pas encore publié officiellement ces nouveaux chiffres, ils seraient déjà disponibles pour les communes.

« À ce jour, notre DGF est calculée sur la base du recensement de 2017, alors que près de dix ans ont passé et que la population a augmenté d’environ 100 000 habitants. Si l’on multiplie ce chiffre par 150 euros par habitant, cela représente un peu plus de 12 millions d’euros que Mayotte ne perçoit pas chaque année. »

Une décision de justice qui n’implique pas le versement d’une indemnisation par le Département-Région de Mayotte

Autre point soulevé par l’opposition : le port de Longoni et le risque de devoir indemniser la société Mayotte Channel Gateway (MCG), à la suite d’une récente décision de justice lui imposant de renoncer à la délégation de service public (DSP).

Le président Ben Issa Ousséni reconnaît que cette rupture de DSP pourrait effectivement entraîner une indemnisation. Ce risque est actuellement à l’étude par les services départementaux, dans l’attente d’une décision définitive de justice, le délégataire ayant fait appel.

« Ce n’est pas le Département qui a décidé de retirer la gestion du port à Mayotte Channel Gateway ; dans ce cas, nous aurions immédiatement évalué la compensation. Il s’agit d’une décision de justice ayant constaté des irrégularités dans la gestion de cette DSP et ordonné sa résiliation sans indemnisation de la part du Département. »

Selon lui, les services travaillent activement pour éviter toute rupture de gestion de cet équipement à partir du 1er septembre. L’Assemblée de Mayotte a déjà pris plusieurs délibérations en ce sens, notamment la création d’un EPIC afin d’assurer la continuité du service dès le 1er septembre 2026, dans l’attente d’une décision de l’État sur la transformation éventuelle du port de Mayotte en grand port maritime.

Cette décision est cruciale pour le département, car elle conditionnera la possibilité pour un investisseur de se positionner en faveur du port de Longoni.

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