La proposition de loi de programme pour juin ?

La proposition de loi de programme pour juin ?

Dans un communiqué du 5 février, le député Les Républicains Mansour Kamardine annonçait vouloir déposer une proposition de loi de programme pour Mayotte en 2019. Celle-ci sera construite autour du développement des infrastructures, de l’égalité sociale, du rattrapage des dotations aux collectivités et de la préservation de l’environnement. Une première lecture est espérée avant le mois de juin.

L’idée de cette loi de programme a germé dans la tête de Mansour Kamardine (LR) lors du vote du rétablissement à cinq jours du délai d’intervention de saisine du juge des libertés et de la détention administrative, fin janvier. "Beaucoup de mes collègues ont dénoncé le retard économique et social de Mayotte", explique le député Les Républicains. L’élu de l’Assemblée nationale s’est alors engagé dans ce combat. Au fil de ses réflexions, quatre axes prioritaires se sont dégagés.

Le premier volet évoque le développement des infrastructures, notamment la piste longue, le troisième quai au port de Longoni, la mise à niveau du réseau routier ou encore la connexion haut débit pour tous. "Il est inacceptable que nous réfléchissions à des plans d’aménagement et qu’un seul fonctionnaire de la direction de l’Environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) puisse bloquer les projets comme bon lui semble", peste-t-il. Candidate aux Jeux des îles de 2027, Mayotte a besoin de mener une politique ambitieuse en termes d’équipements sportifs pour prétendre à l’organisation.

Le deuxième volet s’attarde sur la préservation de l’environnement. "Nous avons énormément d’espaces à protéger, comme le lagon, la faune et la flore, mais l’action publique est assez timorée..." Pour Mansour Kamardine, le territoire doit remettre au goût du jour le vaste programme ambitieux sur les énergies renouvelables qui avait été abandonné du jour au lendemain à la fin des années 2000. "Nous pouvons le regretter alors qu’il y a une réelle opportunité à saisir", insiste-t-il. Doit-on rappeler que Mayotte jouit d’un ensoleillement de près de 365 jours par an ? Ainsi, le député regrette que l’île aux parfums ne soit pas davantage intégrée dans le plan global de lutte contre le réchauffement climatique.

Le troisième volet entend définir un agenda clair vers l’égalité sociale. "C’est une honte de constater le niveau social ici. L’État refuse d’améliorer le sort de nos retraités, qui se retrouvent à vivre avec 200 euros par mois...", s’insurge-t-il. Avant d’ajouter : "Il y a un réel effort à réaliser au niveau des allocations sociales qui sont de 50 % inférieures à celles de l’Hexagone, de l’égalité salariale mais aussi de l’extension de tous les dispositifs qui existent en métropole. En clair, il faut mettre en place un plan de rattrapage de ces minima sociaux." Pour rappel, plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté alors qu’en même temps, le panier moyen coûte 73 % plus cher que la moyenne nationale… "Nous ne pouvons plus fermer les yeux, cette politique conduit les Mahorais à l’exode massif pour laisser la place aux étrangers et aux clandestins", interpelle-t-il.

Enfin, le quatrième volet concerne les dotations de l’État. "Les budgets de nos collectivités sont à peu près à 60 % en dessous de ceux de métropole et des Outre-mer", rappelle-t-il. Le calcul est simple : lorsque les autres touchent un euro, Mayotte n’empoche que quarante centimes… "Le Département, les intercommunalités et les communes ont besoin de bénéficier de moyens budgétaires plus importants pour continuer leurs politiques d’équipement et d’amélioration du cadre de vie."

Soutenu par Les Républicains, Mansour Kamardine pense que la France Insoumise et le parti Socialiste le suivront dans sa démarche, mais il rappelle qu’"elle sera ouverte à tous les groupes de l’Assemblée nationale […] Il y a eu un consensus sur l’état d’indigence dans lequel se trouve Mayotte." Cette prise de conscience sera-t-elle suffisante ? Réponse peu avant juin pour savoir si cette proposition de loi de programme sera bel et bien examinée.

Abonnement Mayotte Hebdo