Julien Kerdoncuf, sous-préfet à Mayotte en charge de la lutte contre l’immigration clandestine : “Nous n’avons pas constaté d’arrivées de kwassas liés au Covid”

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Flash Infos : Après une interruption au début de la crise sanitaire, les arrivées de kwassas ont repris ces derniers temps. Dans quelle proportion ? 

Julien Kerdoncuf : C’est assez variable. La semaine dernière par exemple, les échos détectés étaient très faibles. Cela peut être relié aux conditions météo, qui n’étaient pas très favorables avec un vent du sud-est qui rend la traversée depuis Anjouan plus difficile. Entre le 5 et le 10 mai, nous n’avons eu aucun écho détecté. 

À compter de cette date et jusqu’à aujourd’hui* en revanche, on a eu une reprise avec cinq échos détectés. Deux kwassas ont été refoulés et trois ont pu passer. Sur ces derniers, un a été détecté trop tardivement et deux ont forcé le passage en prenant énormément de risques. Une partie des passagers a toutefois été récupérée sur la plage grâce aux militaires déployés, pas la totalité. 

Mais de manière générale, on constate une diminution du nombre d’échos suspects sur le mois d’avril et le début du mois de mai. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons : un effet dissuasif dû au renforcement de notre dispositif en mer, avec trois à cinq bateaux chaque jour qui patrouillent sur le lagon, 24h/24h ; les conditions de mer pas très bonnes, bien que cette explication ne soit pas très fiable puisque saisonnière ; et l’action des Comoriens sur leur territoire et plages. Je ne suis pas certain qu’elle soit entièrement dédiée à la lutte contre les départs, mais le renforcement de la présence policière et militaire à Anjouan peut avoir un effet. 

FI : En pleine crise sanitaire, la crainte de voir arriver illégalement des porteurs du Covid-19 à Mayotte – en plus des malades que le territoire compte déjà – est forte. Quel constat peut-on faire ? 

J. K. : Pour l’instant, sur toutes les personnes interceptées, puis dépistées – une soixantaine au total –, aucune n’était porteuse du coronavirus. Certaines avaient des symptômes, mais se sont révélées négatives. Elles sont restées en quatorzaine et n’ont pas présenté de nouveaux symptômes par la suite. 

Cela ne veut pas dire qu’aucun porteur du Covid n’est arrivé à Mayotte, puisqu’il y a des kwassa que l’on n’a pas pu intercepter, et dont on n’a par conséquent pas pu dépister les passagers, mais sur ceux pour qui cela a été le cas, aucun n’était porteur. Pour l’instant, donc, nous n’avons pas constaté d’arrivées de kwassas sanitaires liés au Covid-19, et compte tenu des capacités de détection et de suivi des cas Covid aux Comores, il est peu probable qu’on ait des gens ayant conscience de l’avoir qui viendraient pour cela à Mayotte. Il peut y avoir des personnes qui viennent pour tout un tas de raisons et qui sont porteuses du virus, oui, mais sans que cela ne soit leur motivation principale. 

FI : Le préfet parlait récemment de kwassas apportant des marchandises de contrebande… 

J. K. : On a eu pas mal de produits de contrebande oui. Notamment beaucoup de ballots de cigarettes, des produits pharmaceutiques, du gingembre, etc. On a pu les intercepter pour certains d’entre eux. 

FI : Nous parlions des personnes interceptées et placées au centre de rétention administrative (CRA). Il est actuellement placé comme centre de quatorzaine. Quid des reconduites aux frontières à l’issue de ce délai ? 

J. K. : Pour des raisons sanitaires, les reconduites sont actuellement suspendues vers l’Union des Comores et Madagascar. C’est une situation que l’on a déjà connue en 2018 pour d’autres raisons (le refus de l’Union des Comores d’accueillir ses ressortissants expulsés depuis Mayotte, NDLR). À l’issue de la quatorzaine, les personnes font donc l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), mais sans placement en rétention faute de perspective de reconduites à courte échéance. Lorsqu’elles seront de nouveau contrôlées, elles auront vocation à être éloignées. 

FI : Combien de personnes sont actuellement placées au CRA actuellement* ? 

J. K. : Une grosse dizaine. 

FI : A-t-on une visibilité quant à une reprise normale des reconduites ? 

J. K. : Nous avons eu une visioconférence avec le président de la République la semaine dernière. Après un tour de la situation sanitaire du territoire, cela a été la première question du président : “Où en est-on en matière de reconduites aux Comores ?” Le sujet est très suivi par le gouvernement et l’Élysée. Instruction a été passée au Quai d’Orsay (le ministère des Affaires étrangères, NDLR) de reprendre langue avec les autorités comoriennes pour une reprise dans les meilleurs délais des reconduites de ressortissants comoriens en situation irrégulière à Mayotte. L’ambassadrice de France aux Comores est donc intervenue auprès des autorités locales pour poser les bases de cette reprise. Nous n’avons pas encore de retour très tangible de la démarche, mais elle a en tout cas été initiée. C’est un objectif prioritaire du gouvernement. 

FI : Toujours à propos des autorités comoriennes, un accord avec la France a été signé l’été dernier, justement pour un meilleur contrôle des flux migratoires entre les îles. Le préfet soulignait il y a quelques semaines un possible relâchement du côté comorien. Qu’en est-il ? 

J. K. : L’accord, bilatéral et signé par les deux ministres des Affaires étrangères, tient évidemment toujours. Il fait donc loi et doit être appliqué par les deux parties. Une vigilance particulière doit être observée sur l’application de ce que les autorités comoriennes appellent la “sauvegarde des vies en mer”, c’est-à-dire la prévention des départs de kwassas, en particulier vers Mayotte. On a des discussions en cours sur le plan technique pour déterminer comment nous pouvons mieux organiser la circulation d’informations afin que l’on soit au moins informés des départs de kwassas, à défaut de pouvoir les empêcher de partir. 

Nous avions également un levier financier développé dans le cadre de cet accord, dont une partie prévoyait que des fonds ne soient versés que si les résultats étaient satisfaisants en termes de lutte contre les départs. Sur ce point, ils ne sont pas encore suffisants pour justifier le déblocage des crédits. Si la baisse du nombre de détections sur le mois écoulé est bien là, il est difficile de dire si elle est liée à l’action des autorités comoriennes ou au contexte particulier de la crise du Covid-19.

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