Elles sont attendues au tournant par les populations mahoraises, au même titre que les conseils municipaux dont elles émanent. Les intercommunalités devraient se mettre en place au plus tard dans le courant de la semaine prochaine. Seront-elles en mesure d’être plus efficientes que les équipes sortantes ? Seront-elles plus réalistes et porteuses de projets réalisables dans des délais acceptables pour les populations, ou vont-elles s’embourber dans des projets pharaoniques sans garantie de voir le jour ?
Le troisième tour des élections municipales est programmé pour le week-end prochain. Les conseillers communautaires éliront les présidents des cinq intercommunalités de l’île, dans des scrutins de pure forme, les dés ayant été jetés bien avant, dans les tractations politiciennes de l’entre-deux-tours durant lesquelles se partagent les postes et les gisements d’emplois, pas toujours nécessaires. Combien parmi nos concitoyens savent à quoi servent ces nouvelles entités imposées à Mayotte par la force de la loi et à coups de traits de crayon sur des plans en papier, à l’image de lord Mountbatten exécutant la partition de l’Inde et des deux Pakistan (occidental et oriental, devenu par la suite le Bangladesh) ?
Très peu, assurément ! Et pourtant, elles sont au centre d’un calcul politique de haute voltige, en particulier dans l’agglomération de Mamoudzou, capitale, s’agissant de la CADEMA. En effet, c’est la seule qui peut se prévaloir de fonctionner à peu près correctement, les quatre restantes étant gérées à l’image des communes locales qui les composent : sans réelles ambitions ni financements adéquats, en dehors de leurs frais de fonctionnement et des salaires à verser à une pléthore d’agents, rarement affectés à des missions correspondant à leurs véritables compétences.
« Au cours de la mandature passée, je n’ai vu aucun élu s’intéresser vraiment à son rôle. Ils arrivaient avec des proches à faire embaucher, sans se soucier de la nécessité pour l’institution de les employer ni de l’exécution des tâches qui leur étaient confiées », raconte un cadre de l’une de ces institutions, lors d’une discussion à bâtons rompus à la table d’un café sur le front de mer de la ville chef-lieu. Il déplore le fait que ces nouvelles collectivités ne soient en réalité que des coquilles vides, comme le sont devenues les communes mahoraises au cours de ces quinze dernières années. Les discours publics et les promesses électorales ne se traduisent jamais en actions sur le terrain, à la fois par manque de vision à long terme, mais également par insuffisance de moyens financiers.
De grandes annonces jamais suivies de faits dans des délais humainement raisonnables
En effet, côté finances, elles sont logées à la même enseigne que les entités dont elles émanent, dépendant presque exclusivement du bon vouloir des préfets en place. Les subventions accordées par les services de l’État sont toutes fléchées sur des opérations spécifiques, souvent en décalage avec les attentes exprimées par la population. Au final, les intercommunalités se retrouvent à faire de grandes annonces de principe sur des projets souvent mirobolants, impossibles à concrétiser avant plusieurs décennies.
En un mot, la démocratie représentative qu’elles sont censées incarner avec les communes n’est qu’un mirage. Elles sont supposées être décentralisées sans l’être réellement, et ne réalisent que des projets a minima au terme d’une mandature, selon le bon vouloir des services de l’État.
Les opérations ANRU, rares projets significatifs qu’on leur connaisse, ne sont malheureusement pas légion à Mayotte. Hormis le quartier de la Vigie, partagé entre Pamandzi et Dzaoudzi-Labattoir, ainsi que Kawéni (commune de Mamoudzou), un tel modèle n’est hélas pas généralisable aux quatre coins du territoire.
Ces intercommunalités à la sauce mahoraise sont censées être un levier de mutualisation des moyens pour les communes qui les composent. Mais quels moyens, au juste, étant donné que les communes locales sont les parents pauvres de la nation et qu’elles sont incapables de tracer un cap réaliste pour les six années à venir ? Les cinq années d’études diverses préalables à la concrétisation d’un projet ne font que consommer inutilement des budgets, sachant que l’équipe municipale suivante les reléguera aux oubliettes pour relancer une démarche similaire, souvent sous l’impulsion de bureaux d’études fournissant un service minimal.
Les intercommunalités rejoignent ainsi le Département-Région de Mayotte dans sa capacité à devenir un consommateur boulimique d’études sans suite. Mais qu’à cela ne tienne, les nouvelles équipes communautaires feront, tant bien que mal, leurs preuves au cours de la prochaine mandature, à condition toutefois de ne pas s’embourber dans des querelles politiciennes inutiles et des luttes d’ego sans intérêt pour les administrés.
Journaliste politique & économique




































