Immigration | Heurts à Jacaranda

Immigration | Heurts à Jacaranda

La tension est encore montée d’un cran hier. Des manifestantes entendant bloquer Jacaranda ont provoqué des altercations avec des patients qui attendaient pour une consultation. Des insultes et des coups ont été échangés mais la situation a rapidement été maîtrisée par les forces de l’ordre. Dans la journée, les différents collectifs ont annoncé qu’ils mèneraient de nouvelles actions "prochainement". 

"Tu viens faire quoi ici, clandestin ? Rentre chez toi !" Il n’est pas même 8h du matin que le ton monte ce mercredi entre la douzaine de manifestantes comptant bloquer le centre de consultations Jacaranda et les patients, notamment Comoriens, qui attendent de voir un médecin.

Des mouvements de foule se créent et les deux parties s’invectivent voire s’insultent, se poussent. Un homme sur ses béquilles proteste vigoureusement. Une manifestante porte un coup avec son sac à main sur une personne qui se révoltait. Les forces de l’ordre, sécurisant une des rues menant au service des migrations et de l’intégration depuis plusieurs jours, interviennent rapidement, cherchent à ramener le calme, à éviter de nouveaux heurts et maîtrisent sans violence une des manifestantes virulentes.

La police parvient à disperser sur le trottoir d’en face les patients et à isoler plus loin la douzaine de femmes à l’origine des heurts. Dès que l’altercation éclate, le personnel du centre de consultations se met en droit de retrait. Ainsi, tôt dans la matinée, hier, les grilles du premier centre de dispensation de soins primaires de l’île étaient-elles baissées. 

Mardi, "une dizaine de personnes se sont introduites dans le dispensaire de Jacaranda" et "ont menacé les personnes présentes : femmes, enfants, personnes âgées et personnel hospitalier, en les invectivant et leur ordonnant de sortir des salles de soins et d'attente", s’indignent Médecins du Monde et la Cimade par voie de communiqué, évoquant des insultes et des bousculades ainsi que l’évacuation de "plus de 80 personnes (…) présentes depuis l’aube afin de pouvoir bénéficier des soins auxquels elles ont droit"." Il est intolérable qu’une poignée de personnes puisse empêcher le fonctionnement des services de l’État, particulièrement ceux participant à l’accès aux soins", déclarent fermement les deux associations.  

"Prêt à tout"

Choqué, insulté ce mercredi matin, un Comorien, présent sur le territoire depuis 15 ans, marié à une Mahoraise et père de quatre enfants français, venait faire vacciner un de ses fils."On me dit que je n’ai pas le droit d’être là, je ne comprends pas", explique cet homme en situation régulière. "Moi, je suis prêt à payer pour faire vacciner mon fils en libéral mais on me dit de venir à Jacaranda (…) mais c’est fermé tous les jours", constate-t-il. L’homme continue de témoigner : "La vie de mes enfants est en danger", estime ce père de famille qui rappelle que la vaccination est obligatoire. "Aujourd’hui, je n’étais pas préparé. Mais demain, je me prépare physiquement et psychologiquement. Je suis prêt à tout, même à aller à Majicavo (en prison, ndlr)", avertit-il. "Là, on est en guerre", juge ce Grand comorien qui trouve ces actions "inadmissibles" et supplie sa femme "d’aller ailleurs", de quitter l’île et ce, depuis plusieurs années.

Contactée, la direction du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) n’a pas souhaité s’exprimer.  Jacaranda a rouvert dans la matinée de mercredi, sous surveillance policière.

"Le mouvement n’est pas mort, il avait été suspendu"

Hier, les membres des différents collectifs ont donné une conférence de presse à Mamoudzou afin d’indiquer que des actions auraient lieu "très prochainement". "Le mouvement n’est pas mort, il avait été suspendu", ont-ils affirmé. S’ils sont restés très évasifs sur le contenu de ces prochaines manifestations de mécontentement, ils ont averti les associations (La Cimade, Médecins du monde), qu’ils considèrent "mahorophobes" : "Elles ont intérêt à avoir le derrière propre", ont-ils menacé, sous-entendant qu’ils disposaient d’informations démontrant que ces structures pratiquaient une forme de discrimination envers les Mahorais. Ils ont en outre indiqué avoir pris "toutes les mesures nécessaires pour faire comprendre que nos frontières sont poreuses" et ont déclaré qu’ils mèneraient "une action ciblée contre l’État".

Les collectifs estiment également que les "mots du préfet" ont "manqué de considération" et ont été "méprisants" lorsque Dominique Sorain aurait déclaré que "La Réunion, ce n’est pas Mayotte " par rapport au refoulement des Sri-lankais de l’île sœur, au début de ce mois. "Sur l’application du droit, il se permet de dire que La Réunion, ce n’est pas Mayotte (…) alors qu’il nous rabâche qu’on est Français", ne décolèrent pas les membres des collectifs. Ils se sont également dit outrés du délogement des manifestantes devant le service des migrations et de l’intégration et ont accusé sans la nommer "une élue de notre territoire, du sud de Mayotte (Roukia Lahadji, maire de Chirongui, ndlr)" d’en être à l’initiative. Ils ont revendiqué le droit à manifester et le droit "de réclamer qu’une mission régalienne (le contrôle des frontières) soit assurée de manière sérieuse" à Mayotte. Enfin, ils se sont montrés inquiets de l’impact que provoqueront "forcément" les troubles politiques à Anjouan, évoquant l’arrivée "ces dernières 48 heures de 12 barques". Jugeant que l’État ne respecte pas les engagements pris suite au dernier mouvement de lutte contre l’insécurité, les différents collectifs ont donc annoncé riposter très bientôt : "Nous (le) ferons comprendre au Préfet de manière très sévère".

 

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