"Il y a eu des résultats"

"Il y a eu des résultats"

Un an après la crise sociale de 2018, la ministre des Outre-mer Annick Girardin s'est rendue de nouveau sur l’île pour faire un point d'étape du "Plan d'action pour l'avenir de Mayotte". Devant des élus et représentants des services de l'Etat, elle a déclaré que "beaucoup a été réalisé" sur les 53 engagements et 125 actions du plan acté en mai dernier.

 

Cette "réunion de chantier", comme la nomme métaphoriquement la ministre des Outre-mer, visait à constater "ce qui a été fait, ce qui est bien fait, ce qui n'est pas fait". Arrivée dimanche sur le 101ème département français, Annick Girardin a convié dès le soir même élus et représentants de l'Etat à un point d'étape du "Plan d'action pour l'avenir de Mayotte".

Elle a ainsi détaillé les 53 engagements déclinés en 125 actions de ce plan élaboré en réaction au mouvement social contre l'insécurité qui a paralysé l'île au premier semestre dernier. "Il faut reconnaître ce qui a été fait et remercier ceux qui l'ont fait" même si tout "prend toujours plus de temps qu'on ne le voudrait face à des urgences (…) qui s'accélèrent de jour en jour", a-t-elle reconnu.

La ministre a d'emblée évoqué le renfort des forces de l'ordre, "la première chose qui nous a été demandée" et notamment les 170 policiers et gendarmes supplémentaires entre 2018 et 2019. Le dispositif de sécurisation des transports scolaires – "la crise est partie de là", a rappelé Annick Girardin – a également été félicité.

L'intensification de la lutte contre l'immigration clandestine a évidemment fait l'objet d'une attention toute particulière de la ministre qui a souligné que depuis 2019, près de 2.300 éloignements mensuels étaient réalisés contre 1.600 en 2017 ; et que les interpellations à terre d'étrangers en situation irrégulière avaient augmenté de 17%. En 2018, ce sont 7 filières de passeurs qui ont été démantelées et les Mahorais qui employaient des clandestins ont été verbalisés pour 650.000 euros d'amendes au total, a encore mis en exergue Annick Girardin.

 

"On ne fera pas de miracle"

La question migratoire fut au cœur d'échanges francs entre élus et ministre. A la suite de la présentation de l'avancement des mesures par Annick Girardin, l'adjoint au maire de Tsingoni s'est adressé à elle, se plaignant de ce que "les personnes reconduites le soir prennent le petit déjeuner le lendemain matin à Mamoudzou". Mais l'intervention la plus remarquée fut celle du maire de Kani-Kéli, Ahmed Soilihi, qui a légitimé l'emploi de personnes en situation irrégulière, expliquant que "les Mahorais préfèrent utiliser un clandestin (…) plutôt que de se faire tabasser". Ainsi, "pour éviter qu'il y ait du scandale dans nos villages, (…) [le Mahorais] préfère arranger ça et utiliser [le clandestin] chez lui". Il a conclu : "Les Mahorais ont peur, ils sont terrorisés (…) par cette foule d'immigration qui ne s'arrête pas".

Des prises de parole auxquelles la ministre a fermement répondu : "Quand les Comoriens n'arriveront pas à travailler, à se loger, (…) ils repartiront", a-t-elle déclaré, appuyant sur "la responsabilité générale". Elle a reçu de nombreux soutiens dont celui du président du tribunal, Laurent Sabatier, qui a martelé qu'il n'avait "jamais vu un territoire qui cultive autant d'ambiguïté", reconnaissant lui aussi "une part de responsabilité citoyenne". Il a en outre rappelé que Mayotte est le seul département français où le juge des libertés et de la détention (JLD) s'occupe exclusivement de la question des étrangers. Résolu à défendre le travail au long cours des "cadres qui s'épuisent", il a précisé qu'en 4 ans, 8 magistrats supplémentaires avaient complété les effectifs, une augmentation significative pour une juridiction aussi petite.

"Je ne peux pas laisser dire que parce que nous avons peur, nous utilisons la misère [des migrants] ", s’est insurgé de son côté le maire de Dzaoudzi-Labattoir, Saïd Omar Oili, appelant à "arrêter l’hypocrisie". Il faut "s'attaquer au système" global de l'immigration clandestine dont les reconduites en mer "ne sont qu'un aspect", a déclaré pour sa part le préfet de Mayotte Dominique Sorain.

"On ne fera pas de miracle, parce que c'est une île, on ne pas mettre de barrage tout autour, ce n'est pas possible", a commenté la ministre, appelant à être "réaliste". Elle a toutefois promis des renforts, en hommes et en navires – deux intercepteurs supplémentaires devraient d'ailleurs arriver en 2019.

 

Un nouveau site du CHM en 2027

Dans la foulée de Christophe Castaner la semaine dernière, la ministre des Outre-mer a confirmé qu'un nouveau commissariat allait voir le jour à Mamoudzou – les études vont être lancées. En matière de santé, Annick Girardin a indiqué que 192 millions d'euros ont été fléchés pour les infrastructures sanitaires – 20 millions pour des travaux d'urgence et 172 millions pour la construction d'un nouveau site du CHM avec une ouverture prévue en 2027. Du côté des ressources humaines, 30 postes de médecins spécialistes ont été créés et 8 sont déjà pourvus, même si la ministre a reconnu que le manque d'attractivité était un frein à l'embauche. Par ailleurs, le Fonds d'intervention régional, qui a pour objectif de mettre en place des campagnes sanitaires en partenariat avec les pays tiers, a doublé, passant de 7,5 millions d'euros à 15,6 millions.

A Mayotte, "ce n’est pas un problème de moyens, c’est un problème d’ingénierie", a jugé la ministre qui a annoncé qu’une plateforme d’ingénierie (6 postes) viendrait en appui aux collectivités locales cette année. Le préfet a également pris la parole pour déclarer que face au manque d’attractivité de l’île, il envisageait "une voie de recrutement contractuelle". "Il faut sortir de la fonction publique", a confirmé la ministre et "mieux communiquer" sur les postes disponibles. Enfin, elle a promis que l’Etat reconnaîtrait désormais "mieux l’engagement des fonctionnaires en outre-mer" et faciliterait les mouvements de mutation de ces agents en particulier.

 

"Améliorer le recrutement"

Elle a en outre rappelé que 100 millions d’euros sur le quinquennat allaient être alloués aux constructions scolaires du premier et second degré et qu’à la rentrée 2018, 300 postes supplémentaires avaient été créés au sein de l’académie même s’ils ne sont "peut-être pas tous pourvus" et "qu’il faut améliorer le recrutement", a-t-elle glissé.

En termes d’infrastructures, elle a loué l’augmentation de la participation financière de l’Etat à l’entretien des routes (7 millions d’euros pour les routes nationales, 9 millions pour les départementales). De plus, ce seront 140 millions qui seront injectés pour la modernisation du réseau d’eau et d’assainissement dans le cadre du contrat de progrès signé avec le Sieam et 5,5 millions avec la participation de l’Europe pour le déploiement de la fibre optique sur 55 sites prioritaires (hôpital, établissements scolaires, administrations).

Grâce au maintien du CICE sur le territoire, à la création des premiers emplois francs et à la défiscalisation, entre autres, "le modèle [économique] le plus avantageux [de France], il est ici", a estimé Annick Girardin. Les mesures d’urgence mises en place par le président de la République sont également applicables sur le 101ème département français, telles que la prime d’activité pour les revenus proches du Smic et la défiscalisation de la prime de fin d’année. "Ce qu’on attend, c’est la concrétisation de tout ça", a souhaité au micro la présidente du Medef de Mayotte, Carla Baltus.

L’état d’avancement de ces mesures est disponible sur le site https://transparenceoutremer-mayotte.gouv.fr/. La ministre des Outre-mer quittera le territoire ce mardi soir.

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