Elle pend au-dessus de leur tête — et de celle des habitants du territoire, par ricochet — mais ils en ignoreraient l’existence, à l’exception du chef de l’exécutif du Département-Région. L’Union européenne refuse d’accorder un nouveau moratoire à Mayotte : si 50 millions d’euros ne sont pas consommés par le territoire avant le 30 septembre 2026, celui-ci en sera définitivement privé dans les futures aides financières de Bruxelles.
Les fonds européens ont constitué un autre sujet d’opposition entre Soula Saïd-Souffou et Ben Issa Ousséni lors du vote du budget 2026 de Mayotte, mercredi dernier. Et pour cause : la demande de ce dernier de ne reprendre la main que sur 50 % de leur gestion. L’élu de Sada-Chirongui se cantonne à une application stricte de la loi, qui confère aux régions, depuis dix ans, la compétence de gérer les fonds européens. Il part du postulat que le département a déjà été autorité de gestion avec le Fonds européen de développement (FED) et considère qu’il existe un savoir-faire au sein des collectivités locales.
« Jamais nous n’avons été mis en cause pour mauvaise gestion lorsque nous gérions ce FED. Quand j’entends le président du Département-Région dire qu’il faudrait que nous ne gérions que la moitié des fonds européens, alors que nous en avons la capacité et que, d’ici 2028, nous aurons la possibilité de recruter de nouvelles compétences, je pense que nous nous enfermons dans les pièges de l’État, qui vise à faire du Département-Région de Mayotte un enfant toujours sous tutelle, alors qu’il dispose de compétences en interne et qu’à défaut, il dispose de deux ans pour les renforcer. Personnellement, j’ai trouvé cela indigne de considérer que nous ne serons jamais prêts. »
Il rejette sur Ben Issa le retard cumulé par ses services dans ce domaine, au motif que, depuis le début de la mandature actuelle, les élus de l’opposition lui auraient demandé de mettre en place, avec la préfecture de Mayotte, un calendrier d’extension des compétences en faveur d’une montée progressive en charge de l’administration territoriale.
« Jamais nous n’avons été entendus, et nous continuons à reconduire des dispositifs exceptionnels, dérogatoires, alors que les Mahorais demandent le droit commun », a observé l’élu, avant de réagir à une question de Flash Info sur le risque, plus que probable, pour l’île de perdre définitivement le bénéfice de 50 millions d’euros à compter du 1er octobre de cette année. Un montant très important pour un territoire meurtri par le cyclone Chido et qui en a, par conséquent, tant besoin. Le Département-Région s’est montré incapable de capter ces fonds depuis plusieurs années, malgré des moratoires accordés par Bruxelles.
Pour l’Europe, 1 euro reste de l’argent public qu’il faut savoir justifier
L’administration de l’Union européenne a prévenu, en janvier dernier, qu’aucun délai supplémentaire ne serait accordé au-delà de cette date. Ces 50 millions d’euros devront non seulement être affectés à des projets, mais également faire l’objet de travaux exécutés et de paiements réellement effectifs, sous peine de ne pas être remboursés.
Malheureusement pour Mayotte, cette épée de Damoclès n’aurait pas été portée à la connaissance des élus régionaux, qui la découvrent — ou feignent de la découvrir — à peine, à l’exception du premier d’entre eux.
La réaction de Soula Saïd-Souffou devant les micros des journalistes : « Que ce soient 50, 100 ou 150 millions d’euros, pour l’Europe, un sou est un sou : 1 euro reste de l’argent, un denier public. Ce qui compte, c’est que nous puissions enfin moderniser notre administration, renforcer les services financiers départementaux pour que Mayotte puisse enfin consommer les fonds qui lui sont alloués. Comme je l’ai déjà dit précédemment, on ne peut afficher des excédents et des conventions signées avec les services de l’État sans se donner les moyens de consommer les financements. C’est là que se situe la difficulté ! »
Il défend l’administration régionale, expliquant que son incapacité actuelle à consommer certains financements ne résulte pas d’un manque de compétences, mais plutôt d’une désorganisation des services, liée à des changements constants d’organigramme impulsés par l’exécutif.
En conséquence, il suggère à Ben Issa Ousséni de stabiliser enfin cette organisation afin de permettre aux agents de monter en compétences, car :
« Oui, il y a de l’ingénierie à Mayotte ; oui, Mayotte est capable de consommer jusqu’à 1 milliard d’euros par an, comme le fait La Réunion. Il faut simplement une volonté politique et une organisation à la hauteur des enjeux. »
Ces propos ont été suivis d’un autre commentaire, cette fois-ci sur le port de Longoni et l’actuelle délégation de service public (DSP), frappée d’une annulation à la suite d’une décision de justice en première instance. Soula Saïd-Souffou a critiqué le manque de réactivité du président de l’Assemblée de Mayotte sur ce dossier, notamment le fait de ne pas avoir prévu, dans le budget 2026, une enveloppe compensatoire au cas où la justice, saisie en appel par la société Mayotte Channel Gateway, statuerait en faveur d’une indemnisation financière de l’actuelle délégataire du port de Longoni.
Journaliste politique & économique




































