Malgré un taux de participation qui tranche avec le scrutin de 2020, le premier tour des municipales de 2026 a vu des milliers de Mahoraises et de Mahorais se déplacer dans les bureaux de vote hier, dimanche 15 mars 2026. Près de 109 000 électeurs étaient attendus dans l’ensemble des 17 communes de l’île. La multiplication des candidatures dans plusieurs communes aura été déterminante pour la réussite de certaines listes et la défaite immédiate d’autres. Les tractations pour le second tour ont d’ores et déjà débuté avant même la proclamation officielle des résultats.
» Nous sommes là maintenant. Il faut nous faire de la place et nous permettre de rendre à Mayotte ce qu’elle nous a offert dans le passé : des études en métropole et à La Réunion. Dieu merci, nous sommes revenus avec du bagage intellectuel, du savoir-faire et de l’expérience à mettre au profit de toute la population. Inchallah, j’espère que de nombreuses listes constituées par des jeunes réussiront à passer ce soir le cap du second tour « , annonce avec une certaine assurance Dahalane Idaroussi Abdillah, qui soutient activement l’une des 11 listes qui se disputent la succession de Madi Madi Souf à la mairie de Pamandzi.
Le jour est en effet arrivé. Le premier tour des élections municipales 2026 s’est déroulé hier, dimanche 15 mars, dans un calme général sur l’ensemble du territoire. Hormis quelques petites imperfections techniques ici et là, dans deux ou trois communes, le scrutin a démarré à l’heure.
Le taux d’affluence des électeurs dans les bureaux de vote est la première leçon à retenir de ce scrutin. Il constitue un indicateur important de l’attrait du public pour ce rendez-vous citoyen, qui représente l’expression première de la démocratie participative. Il se mesure à deux moments : à la mi-journée, qui donne les premières tendances, et en fin de journée, au-delà de 17 heures, juste avant la fermeture officielle des bureaux de vote.
Pour cette année, la préfecture de Mayotte indiquait officiellement un taux de participation de 17,6 % à midi, contre 24,9 % à la même heure il y a six ans lors des élections de 2020. Mais il ne s’agissait alors que d’une tendance appelée à évoluer dans le courant de l’après-midi.
Sur l’ensemble des 17 communes de l’île, près de 109 000 électeurs étaient attendus dans les isoloirs pour choisir un maire à la tête de chacune d’elles.
» D’habitude, les élections municipales passionnent énormément de gens à Mayotte. Il y a des pays dans notre voisinage proche où exercer son droit de vote est très problématique. Alors nous n’allons pas bouder ce plaisir ici, en territoire français. Nous allons exercer ce privilège que nous accorde la loi « , fait valoir Hassanati Abdoulhamid Kassim, une électrice de la commune de Mamoudzou.
Terre à terre, elle explique que ce scrutin municipal est déterminant pour l’avenir de ses enfants.
« Selon le choix majoritaire, nous saurons si nous aurons un maire travailleur qui matérialisera nos attentes en actions concrètes ou si nous vivrons une expérience amère que nous pourrions tous regretter. »
Il ne fait aucun doute à ses yeux que les électeurs vont se ressaisir en milieu d’après-midi et se déplacer en masse dans les bureaux de vote pour accomplir leur devoir civique.
» Que le meilleur gagne et que vive la démocratie « , enchaîne la jeune femme, qui attend patiemment son tour pour entrer dans l’isoloir, au milieu d’une longue file d’attente devant le bureau de vote.
L’équation n’est malheureusement pas aussi simple qu’elle ne paraît
Du côté de la pléiade de candidats qui se sont manifestés pour ce scrutin, presque tout le monde affiche un optimisme de façade. Chacun surestime ses forces et se voit calife à la place du calife, qu’il s’agisse de jeunes candidats ou de candidats plus expérimentés.
Certains vont même jusqu’à faire preuve d’une grande naïveté dans cette épreuve, se voyant décrocher la première place du podium avant même d’avoir engagé le » combat « .
Après le drame de Chido en décembre 2024, ces municipales constituent le premier rendez-vous électoral sur l’île. Elles ont par conséquent valeur de test pour le public, qui oscille entre une forte envie de dégagisme généralisé dans de nombreuses localités et, dans quelques rares cas, la volonté affichée de poursuivre le travail déjà entamé par l’équipe sortante.
L’équation n’est malheureusement pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Les défis nés justement du cyclone Chido entraînent une absence gigantesque de lisibilité et de visibilité sur l’action à conduire dans les prochaines années. Une réalité qui se ressent jusque dans les programmes de la plupart des listes qui s’affrontent lors de ce scrutin.
À quelques rares exceptions près, les électeurs ont du mal à s’y retrouver tant les promesses électorales et les ambitions affichées sur le papier sont presque identiques. Tout n’est qu’une question de conjugaison et de tournure de phrases. Le sens, lui, reste quasi identique, et cela vaut pour beaucoup de communes parmi les 17 que compte le territoire.
Y compris chez les nombreux jeunes qui se lancent en politique pour la première fois.
« Le changement ne viendra pas de l’intérieur mais plutôt de l’extérieur. Il est impossible de faire du neuf avec du matériel déjà usagé. Le pays a besoin de sang neuf pour tout changer et se mettre au niveau des aspirations de la population majoritaire, c’est-à-dire nous, les jeunes « , affirme Othmane Aboubacar, dont le frère aîné est candidat dans l’une des communes du nord de l’île.
« Notre île a besoin d’un nouveau souffle pour être au rendez-vous de l’Histoire, de la nouvelle page qui doit s’ouvrir dans son développement tous azimuts après le cyclone Chido « , ajoute-t-il dans ses observations.
Mais il reste toutefois sceptique en raison de la persistance de méthodes qu’il juge archaïques, bien que d’une efficacité redoutable lorsqu’il s’agit de faire basculer une élection en faveur des grandes formations politiques rompues à cet exercice : l’utilisation des procurations provenant de Mahoraises et de Mahorais installés hors du territoire mais continuant à influer sur la gestion de leurs communes d’origine.
La période du Ramadan, qui se poursuit, n’aura pas atténué la volonté des électeurs d’exercer leur droit de vote. Dans certaines zones de l’île, le taux de participation est exceptionnellement élevé : c’est le cas à Bouéni, dans le sud de l’île, mais également en Petite-Terre, à Pamandzi et à Dzaoudzi-Labattoir.
Une forte participation qui augure d’inévitables scrutins triangulaires pour le second tour, tant le vote des différents camps en présence apparaît extrêmement tranché. En pareille situation (sauf exception qui confirme la règle), le second tour conforte plutôt la position de l’équipe sortante, à moins qu’elle n’ait été reconfigurée différemment sous l’effet de dissensions internes.
Autre leçon à retenir de ce premier tour : l’extrême pauvreté des programmes portés par une majorité de candidats. Ils sont nombreux à prétendre vouloir faire la même chose, tout en étant éclatés dans une multitude de candidatures qui ne s’explique que par une seule chose : chacun veut devenir maire, coûte que coûte.
Journaliste politique & économique




































