Critiques sur le budget DR 2026 : un excédent budgétaire, ou serait-ce l’arbre qui cache la forêt ?

« C’est indécent d’afficher des excédents budgétaires quand les Mahorais vivent encore sous des bâches deux ans après le cyclone Chido ». Passe d’armes entre les chefs de file de l’opposition et de la majorité à l’Assemblée de Mayotte au moment du vote du budget 2026. Il est reproché à Ben Issa Ousséni sa méthode consistant à faire valider un budget au-delà du 31 décembre dans le seul but d’afficher un excédent artificiel, alors qu’il est structurellement déficitaire. Un excédent qui serait en réalité le fruit de l’inertie des services départementaux.

L’une des rares voix discordantes sur le budget 2026 du Département-Région soumis au vote des élus de l’Assemblée de Mayotte mercredi dernier, Soula Saïd-Souffou (conseiller départemental de Sada-Chirongui et chef de file de l’opposition), ne s’explique pas que son adoption n’intervienne jamais avant le 31 décembre, comme c’est le cas partout ailleurs en France. Une réalité d’ailleurs dénoncée par le CESEM dans ses observations.

« C’est de droit et ce serait logique ; nous ne comprenons pas pourquoi le département persiste à voter un budget au-delà du 31 décembre pour se permettre d’afficher, de façon artificielle, des excédents au mois de mars. Nous disons que ce n’est pas honnête. Si le budget était voté au 31 décembre, nous serions en déficit parce que notre budget est structurellement déficitaire. Je dis qu’il faut arrêter avec cette supercherie. »

Soula Saïd-Souffou affirme qu’il a, au moment du vote de ce budget, expressément demandé au président de l’Assemblée de Mayotte de réviser le dispositif « Fazal », qui permet aux personnes les plus fragiles d’accéder aux aides à la reconstruction.

« Cela n’a pas été fait. Aujourd’hui encore, il nous dit que le chantier est en cours, alors que nous avons des personnes âgées, des personnes handicapées extrêmement fragiles qui vivent encore sous des bâches. C’est inacceptable et j’ai tenu à lui dire ce matin qu’il faut changer cette façon de faire. »

À propos de ce même dispositif d’aide, l’élu de Sada-Chirongui s’est étonné de l’absence de réponse de Ben Issa Ousséni quant au fait qu’il ne soit toujours pas ouvert aux autres catégories de la population mahoraise.

« Nous avons posé la question au moment des orientations budgétaires, car il ne suffit pas de venir afficher tous les ans 80 millions d’euros d’excédent budgétaire quand les Mahorais n’ont rien et qu’ils vivent encore sous des bâches deux ans après Chido », ajoute le chef de file de l’opposition, qui a continué à marteler le caractère totalement artificiel des 80 millions d’euros d’excédent que Ben Issa Ousséni s’est enorgueilli d’avoir dégagé lors de l’exercice 2025.

Il va jusqu’à parler d’indécence à jeter ces millions à la figure des Mahorais qui n’ont toujours pas de toit au-dessus de la tête, et justifie ainsi son vote contre ce budget.

Un budget non conforme aux attentes des citoyens de Mayotte

Soula Saïd-Souffou se dit choqué par la non-affectation, même partielle, de ces 80 millions d’euros à l’amélioration des conditions de vie des Mahorais démunis après le cyclone Chido.

« Pourquoi n’avons-nous pas affecté ne serait-ce que la moitié ou le tiers pour aider les Mahorais les plus en difficulté ? », interroge-t-il. « Ce sont des questions légitimes que se pose la population, qui n’en voit pas la couleur et dont nous nous faisons l’écho, car nous trouvons cela indécent. »

Autre élément contenu dans ce budget ayant fait réagir l’élu de Sada-Chirongui : la subvention d’équilibre accordée une fois de plus au service des transports maritimes pour équilibrer son budget de fonctionnement. Pour lui, la mission assurée par ce service relève de la continuité territoriale, une compétence de l’État.

Il évoque une dette structurelle laissée au Département de Mayotte, qui l’assume sans compensation, alors même que chaque année le STM enregistre un manque à gagner supérieur à un million d’euros, dû au fait que les services de l’État ne paient pas la traversée.

Pour lui, il s’agit d’une situation inacceptable qu’il ne saurait continuer à cautionner chaque année à travers le budget départemental, alors que les Mahorais vivent encore sous des bâches.

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