Commission mixte France-Comores | Une rencontre historique et des projets dans les tuyaux

Commission mixte France-Comores | Une rencontre historique et des projets dans les tuyaux

Lors de la dernière commission mixte qui s’est tenue vendredi et samedi derniers à Moroni, l’Union des Comores a exprimé à la France ses besoins, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, a rapporté hier le député Mansour Kamardine. Elle estime que 380 milliards de francs comoriens sont nécessaires pour que les trois îles se développent. Et pour la première fois, Moroni a officiellement accueilli des parlementaires mahorais. Explications.

« C’est la première fois, depuis la prise d’indépendance des îles d’Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore et leur constitution en Etat, ‘Union des Comores’, que sont reçus officiellement à Moroni, en tant que tels, des parlementaires français élus du département de Mayotte », se félicite le député Mansour Kamardine, dans un communiqué paru à l’issue de la 6ème réunion de la commission mixte France-Comores. Celle-ci s’est tenue vendredi et samedi derniers à Moroni, en présence des deux députés de Mayotte, Mansour Kamardine et Ramlati Ali, ainsi que du sénateur Hassani Abdallah. La précédente commission mixte (2005) avait déjà eu lieu en présence d’élus de Mayotte mais ces derniers n’avaient pas été accueillis par l’Union des Comores puisque cette commission avait pris place à Paris. « C’est une avancée notable et le signe manifeste de l’évolution des positions des autorités comoriennes vis-à-vis de la partie française de l’archipel », a encore réagi le député de la deuxième circonscription de Mayotte. Du côté comorien, les signes d’apaisement sont incontestables, portés par la voix du ministre des Affaires étrangères de l’Union des Comores qui, dans son discours d’ouverture (disponible sur le site gouvernemental), a salué « la présence parmi nous de frères et sœurs mahorais » et a déclaré aux élus de Mayotte que « vous et nous avons certes subi les aléas de l’histoire politique de notre pays » mais que « le politique ne devrait, en aucun cas, occulter les autres réalités qui font de nous un même peuple, partageant un destin commun, quel que soit ce qui nous sépare et qui ne saurait être plus fort que ce qui nous unit. »

Plus de 750 millions d’euros nécessaires

Cette 6ème commission mixte avait vocation à discuter des questions de coopération régionale et s’est déroulée en présence – outre les représentants des Etats français et comorien – de bailleurs de fonds tels que l’Agence française de développement (AFD). L’Union des Comores a donc exprimé à la France ses besoins en matière de développement, qu’elle chiffre à 380 milliards de francs comoriens sur 5 ans, soit plus de 750 millions d’euros, et a indiqué quelques priorités, notamment dans les domaines de l’éducation et de la formation, de la santé, de l’économie et de l’emploi. 

Les hôpitaux en première ligne

Ainsi, la mise en fonction de l’hôpital de Bambao (Anjouan) et la reconstruction du centre hospitalier El-Maarouf (Grande Comore) ont été évoquées. L’augmentation des capacités d’accueil des établissements scolaires ainsi que de celles de l’Université des Comores est également jugée prioritaire par le gouvernement comorien, de même que la redéfinition des contenus pédagogiques. Un projet de formation, à la fois militaire et professionnelle et dispensée par une structure privée, visant à l’éducation de 300 jeunes dans un premier temps puis de 2000 à 3000 jeunes à terme, complète encore les propositions. Sur ces deux volets, sanitaire et éducatif, l’Union des Comores requiert des aides financières mais également un éventuel soutien en termes d’expertise de la France. En outre, les parties autour de la table de discussion ont abordé la question du développement agricole, dans l’optique notamment d’exporter des produits comoriens à Mayotte. Cette démarche, soutenue par le député Mansour Kamardine, serait vertueuse à plusieurs égards puisqu’elle permettrait de créer des revenus du côté des Comores, d’importer des produits sur un département qui n’est pas autosuffisant d’un point de vue alimentaire voire de lutter contre la vie chère à Mayotte en faisant venir des denrées peu coûteuses. 

Suivre l’état d’avancement des projets 

Pour débloquer des fonds français de l’Aide publique au développement (APD) – ces crédits alloués par certains Etats aux pays en développement –, l’Union des Comores doit, dans les prochains mois, monter des dossiers de financement des projets qui ont été discutés lors de la 6ème commission mixte. Un comité de suivi aura lieu tous les trois mois, sous l’égide de représentants du ministère des Affaires étrangères comorien et de l’ambassadrice de France aux Comores, afin de vérifier que le programme pluriannuel fixant ces divers projets dans le temps est bien respecté. L’Union des Comores peut également faire appel aux enveloppes de l’Agence française de développement ainsi qu’aux fonds européens. Des commissions mixtes France-Comores devraient désormais se réunir tous les deux ans.

En parallèle, un haut conseil paritaire France-Comores se tiendra de nouveau au premier trimestre 2018, en présence des parlementaires mahorais, lors duquel seront notamment débattus, selon Mansour Kamardine, « des sujets qui fâchent ». Il sera donc question, entre autres, de l’intégration de Mayotte à la Commission de l’océan Indien (COI) ainsi que de ses sportifs aux Jeux des îles (JIOI).

 

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