À Sada, la victoire du maire sortant contestée devant le tribunal administratif

Moins d’une semaine après le second tour des municipales du 22 mars, un électeur de la commune de Sada a saisi le tribunal administratif de Mayotte pour demander l’annulation du scrutin. Déposé le 27 mars, dans le délai légal de cinq jours, ce recours conteste les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’élection remportée de justesse par le maire sortant, Houssamoudine Abdallah.

Avec 51,91 % des suffrages pour le maire sortant contre 48,09 % pour la liste conduite par Abdel-Lattuf Ibrahim, l’écart n’était que de quelques centaines de voix. Une victoire serrée, altérée selon le requérant par des « manœuvres » et des « irrégularités graves ».

Le document que nous avons pu consulter met en cause la communication du maire sortant en période préélectorale, notamment l’inauguration en présence de Manuel Valls de la Maison France Services en septembre 2025, alors même que le bâtiment n’était pas achevé. Des publications sur la page officielle de la commune, valorisant l’action municipale ou diffusant les vœux du maire, sont également pointées du doigt comme des opérations de promotion déguisée.

Mais c’est surtout le déroulement du scrutin qui cristallise les critiques. Le recours évoque une « organisation structurée et méthodique » aux abords des bureaux de vote, avec des partisans distribuant des enveloppes contenant déjà des bulletins, et une forme de pression sur des électeurs. Plusieurs procès-verbaux annexés font état de pénuries d’enveloppes ayant entraîné des interruptions de vote, ou encore d’urnes arrivées sans scellés. Autant d’éléments qui, selon le requérant, portent atteinte au secret du vote et à la régularité des opérations électorales.

Sur le terrain, ces dysfonctionnements n’ont pas échappé aux candidats. Abdel Lattuf Ibrahim, arrivé second, affirme ne pas être lié de prêt ou de loin à ce recours, mais reconnaît des « irrégularités évidentes ». « On avait l’impression d’être dans une élection africaine », lâche-t-il, évoquant notamment l’absence d’enveloppes en pleine matinée dans certains bureaux. « La préfecture en fournit autant que d’électeurs. Alors où sont-elles passées ? Et comment certaines personnes ont pu continuer à voter sans enveloppe ? »

« Il fallait s’y attendre », glisse l’ancien candidat en évoquant la composition des bureaux de vote, largement constitués selon lui de colistiers du maire sortant. Malgré ces constats, il explique ne pas avoir engagé de recours par manque d’énergie politique, préférant « s’en tenir aux résultats ».

Autre point sensible soulevé par le recours : l’évolution du corps électoral. En quelques mois, plusieurs bureaux de vote ont enregistré une hausse importante du nombre d’inscrits, parfois de plusieurs dizaines de personnes. Le document évoque des inscriptions réalisées dans des conditions opaques, avec des adresses imprécises, voire des dizaines d’électeurs domiciliés au même endroit. Des validations auraient été accordées sur la base de simples attestations d’hébergement, sans vérification approfondie.

« C’est une élection qui a été biaisée dès le début. […] Rien qu’au regard des innombrables inscriptions, on peut s’interroger. » pointe Abdel Lattuf Ibrahim.

Une habitante aurait déposé plainte au pénal après avoir découvert que son adresse avait été utilisée à son insu pour inscrire d’autres électeurs. Une information qui, si elle était confirmée, viendrait encore alourdir le dossier.

Le recours s’attaque aussi au financement de la campagne du maire sortant. Entre la cérémonie d’investiture, les meetings et les prestations audiovisuelles, les dépenses engagées dépasseraient le plafond autorisé pour une commune de la taille de Sada. Là encore, le requérant estime que ces pratiques ont pu influencer l’issue du scrutin.

Malgré la gravité des accusations, le maire élu ainsi que les autres candidats n’ont pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Reste désormais la décision du tribunal administratif. Les juges disposent de trois mois pour examiner le recours et trancher. Dans une commune où l’écart de voix est resté très serré, l’issue de ce recours pourrait être déterminante pour l’avenir politique de Sada.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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