Chaque année, les scientifiques de l’Ifremer évaluent l’état des populations de poissons exploitées par la pêche française. L’édition 2025, qui inclut pour la première fois une analyse détaillée des départements d’outre-mer, met en lumière une situation contrastée selon les territoires et les espèces.
Globalement, les résultats montrent que dans les pêcheries côtières ultramarines, un peu plus de la moitié des captures provient de populations qui ne sont pas considérées comme surpêchées. En 2024, 52 % des débarquements côtiers dans les outre-mer proviennent de stocks exploités à un niveau durable, un chiffre comparable à celui observé en métropole. Cependant, cette moyenne masque des réalités très différentes d’un territoire à l’autre. À Mayotte, 13% des poissons exploités dans les pêcheries côtières sont surpêchés et dégradés, c’est le cas par exemple du Marlin bleu, du Thazard rayé, des Maquereaux des Indes et des Balistes. Parmi les 8% de poissons surpêchés, on compte les Vivaneaux rouillés. Pour favoriser leur reproduction, la Dealm peut décider de limiter la pêche de certaines espèces, non sans l’aval de l’Hexagone et de l’Europe.
Un enjeu majeur pour l’avenir du lagon mahorais
Pour les scientifiques, l’enjeu dépasse la seule question de la pêche. Les ressources halieutiques de Mayotte dépendent aussi de la bonne santé des écosystèmes marins, notamment du lagon et des récifs coralliens, qui servent d’abri et de nurserie à de nombreuses espèces. Les problèmes actuels d’envasement et de pollution du lagon par la terre et les eaux usées perturbent la reproduction des poissons. La gestion durable de la pêche dans le département passe donc par une meilleure connaissance des populations de poissons, mais aussi par la préservation de ces habitats fragiles. Ces différences d’une région d’outre-mer à l’autre s’expliquent par plusieurs facteurs : la diversité des écosystèmes, les techniques de pêche utilisées, l’intensité de l’activité halieutique ou encore la disponibilité des données scientifiques. Les scientifiques soulignent également que de nombreuses espèces tropicales restent difficiles à évaluer pour notamment adapter la taille minimale de capture.
Vers une meilleure connaissance scientifique
Plusieurs projets ont été menés à Mayotte pour améliorer les connaissances sur le cycle de vie des populations de poissons commerciaux, tel que le projet Demerstock lancé par le Parc Naturel Marin de Mayotte et le bureau d’étude Ocea Consult’ avec l’appui de l’Université de Mayotte. Ce projet a permis d’acquérir des données biologiques sur six espèces indispensables pour statuer sur l’état des populations tels que les tailles, poids et les stades de maturité.
« Cette étude participe à la connaissance halieutique nécessaire pour soutenir la pêche artisanale mahoraise. L’effort financier et scientifique devra être poursuivi pour atteindre la connaissance de l’état des populations de 40% des espèces exploitées à Mayotte, comme demandé par l’Union européenne », précise le Parc Marin sur son site. Un autre projet mené sur l’étude de certains crustacés comme la langouste vient de s’achever. L’Université de Mayotte en partenariat avec le Parc Naturel Marin et l’OFB ont permis de récolter des données inconnues à ce jour, Mayotte ne possédant pas de filière professionnelle de la pêche à la langouste. Des scientifiques ont donc récemment répertorié 1160 individus de langoustes : « c’est difficile de dire si c’est peu ou beaucoup, par contre ce qui est clair et étonnant c’est la faible proportion d’adultes dans la population. Les anciens pêcheurs que j’ai rencontré m’ont dit qu’il y en avait beaucoup plus il y a une vingtaine d’années », précise Dimitri Theuerkauff, ingénieur de recherches. L’étude a notamment porté sur le suivi des périodes de reproduction et de maturité sexuelle selon un cycle lunaire réalisé sur différents sites du lagon. 630 langoustes ont été photo-identifiées puis mesurées pour évaluer les critères de maturité (présence d’oeufs, de spermatophore, etc). Elles ont ensuite été relâchées au même endroit que leur capture. Sur son site, le Parc Marin rappelle les règles de pêches en vigueur : « Du 1er novembre au 31 mars, la pêche, la vente, l’achat et la détention des langoustes, cigales de mer et crabes de mangrove est interdite à Mayotte par arrêté préfectoral (…), cette période de répit permet aux crustacés de notre île de se reproduire et d’enrichir le lagon pour les saisons à venir. Pour la préservation de nos ressources alimentaires ». Seulement, sur les réseaux sociaux, des ventes illégales de langoustes fraîchement pêchées s’organisent pendant cette période de réserve. Sur des groupes Facebook, on peut trouver des « Langoustes à 25€ le kg, à Kaweni ».
Une pression persistante sur les ressources marines
À l’échelle nationale, les résultats du bilan montrent que la situation s’est améliorée sur le long terme, même si elle reste fragile. En 2024, environ 50 % des volumes de poissons débarqués en France proviennent de populations exploitées durablement, un niveau en légère progression par rapport à l’année précédente. Malgré cette amélioration, les scientifiques rappellent que certaines populations restent fragiles ou surexploitées, et que l’objectif européen de 100 % de stocks pêchés à un niveau durable est encore loin d’être atteint.




































