Quatre détenus ont été condamnés jeudi par le tribunal judiciaire de Mamoudzou à des peines allant de quatre à cinq ans d’emprisonnement. Ils étaient poursuivis pour l’agression d’un surveillant pénitentiaire à la maison d’arrêt de Majicavo mardi 24 février.
Les faits ont été largement documentés par les caméras de vidéosurveillance de l’établissement. À l’audience, la présidente décide d’en diffuser les images, qu’elle qualifie d’« extrêmement violentes », en prévenant : « Je n’impose à personne de rester. »
Il n’est pas encore 14 heures lorsque la cellule 119 est ouverte pour le départ en promenade. Dès l’ouverture, la porte est repoussée avec force et le surveillant est immédiatement agressé. Sur les images, un détenu frappe l’agent avec une boîte de conserve de lait de coco, un autre avec un pied de ventilateur. Les coups de poing et de pied se succèdent alors que le surveillant est au sol. La présidente résume la scène : « On assiste à un véritable acharnement. » S’adressant à un prévenu filmé en train de frapper la tête de la victime avec ses baskets, elle lance : « Vous avez l’air très content de jouer au foot avec la tête du surveillant. »
Interrogés sur la préméditation, un détenu reconnaît s’être dit « Dès que la porte s’ouvre, je le frappe. » Un autre déclare: « Moi, je n’aime pas ce surveillant. » Tous nient cependant s’être concertés au préalable. L’un reconnaît avoir consommé de la « chimique », qu’il dit avoir ramassée en promenade : « C’est quand j’ai vu les images que je me suis rappelé. »
Une seconde séquence est ensuite projetée, montrant l’intervention des équipes de sécurité. On y voit un détenu vider un extincteur, un autre lancer des pommes en direction des agents. « Mettez toute la vidéo » clament-ils à la fin de la diffusion. Les prévenus, dont l’un porte un bandage au poignet, se plaignent d’avoir été frappés alors qu’ils étaient au sol. « Vous n’avez pas l’attitude de gens qui ont compris que la récré était finie. Forcément qu’à la fin, l’intervention est musclée. » conclut la présidente après avoir diffusé la vidéo intégrale.
Bras en écharpe, le surveillant agressé est présent à l’audience. Me Fatih Rahmani, avocat des parties civiles, décrit un homme de 50 ans, surveillant depuis 2016, « C’est une personne qui, au cours de sa carrière, n’a jamais éprouvé de difficulté. C’est grâce à son travail qu’on peut dormir tranquillement. » déclare-t-il avant d’ajouter « Aujourd’hui, il est choqué. Quand il ferme les yeux, il fait des cauchemars. Ce qui l’a le plus marqué, c’est l’absence de regrets». Il sollicite une provision de 5 000 euros en réparation de son préjudice.
« la mort ne leur fait pas peur »
Lors de ses réquisitions, le procureur de la République, Guillaume Dupont, qualifie les faits de « lynchage » et affirme à plusieurs reprises que « la mort ne leur fait pas peur », rappelant que les quatre prévenus sont impliqués dans des procédures criminelles en cours. La défense s’offusque. « Ils sont tous présumés innocents. On nous dit qu’ils n’ont pas peur de la mort. On nous dit que ce sont des meurtriers, c’est à peine voilé », réplique Me Céline Cooper lors de sa plaidoirie.
Le procureur tente ensuite un parallèle avec l’affaire de Quentin : « Vous avez une actualité récente qui aujourd’hui fait le buzz, Lyon. Je mettrais de côté l’aspect politique : un individu qui est au sol et qui est piétiné, violenté, comme la vidéo que vous avez montrée tout à l’heure. » Un rapprochement fermement contesté par Me Céline Cooper : « On vous dit qu’il y a un précédent avec le décès de ce fameux Quentin. On parle de groupes d’ultra-droite fascisants qui ne supportent pas que Rima Hassan fasse une conférence puis on vous dit que c’est la même chose ici. »
La défense évoque un contexte explosif : « C’est invivable dans cette prison. Ils sont six, sept, parfois huit par cellule. Je me suis toujours étonnée, depuis la première mutinerie de 2024, que cela ne se soit pas produit avant. On parle de matière humaine et on les renvoie à quelque chose qui n’est pas de la nature humaine, ce ne sont plus des sujets de droit. » Si le parquet reconnaît la surpopulation carcérale à Majicavo, il refuse d’y voir une justification : « Je ne mets absolument pas de côté la question de la surpopulation carcérale. Mais est-ce que ça veut dire qu’il faut les remettre dehors, les laisser continuer à tuer, les laisser continuer à violenter ? »
« Je n’aurai pas la voix qui tremble. Je l’assume car, en tant que ministère public, nous sommes les protecteurs de la force régalienne et notamment des surveillants pénitentiaires » déclare le procureur avant de requérir six à huit ans d’emprisonnement.
À l’issue des débats, le tribunal judiciaire de Mamoudzou a condamné les quatre prévenus à des peines allant de quatre à cinq ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt, assorties du versement de 5 000 euros de dommages et intérêts à la victime. Les condamnés disposent d’un délai de dix jours pour interjeter appel de la décision.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































