Protection animale à Mayotte : « Quand on s’en prend comme ça à des chiens, c’est qu’on n’a plus de limites »

Protection animale à Mayotte : « Quand on s’en prend comme ça à des chiens, c’est qu’on n’a plus de limites »

La thématique de la délinquance a mis en lumière, ces dernières semaines, le rapport de jeunes bandes avec les chiens. Torturé par sadisme, utilisé comme arme et objet de rivalités, le « meilleur ami de l’homme » a la vie dure sur le territoire où associations et forces de l’ordre tente tant bien que mal d’endiguer le phénomène.

« Des gamins qui torturent des chiens comme cela pour le plaisir, je n’y vois que des psychopathes en puissance qui plus tard feront le même mal à des humains. » Au milieu des aboiements de chiens pour beaucoup sauvés de l’enfer, les mots durs de Tyler Biasini sont à l’image du combat qu’il mène avec son association Gueules d’amour. Sans relâche, le président traque sur les réseaux sociaux comme dans les coins les plus reculés de l’île les élevages sauvages tenus par des bandes de jeunes. « Avant-hier, nous sommes allés avec des citoyens, des membres des voisins vigilants démanteler deux élevages en Petite-Terre », raconte-t-il, assis devant les enclos du refuge d’Ongoujou. Lorsque la quinzaine de personnes arrive sur les lieux, c’est l’horreur. « Il y avait des chiens attachés, les mieux lotis, et tout autour il y avait des corps de chiens brulés, des ossements un peu partout », se souvient-il avec dégoût. Des élevages comme cela, cachés dans la campagne, « il y en a partout, surtout dans le grand Mamoudzou et depuis 2016 je dirais, il y en a de plus en plus », s’inquiète Tyler.

Objet de sadisme et de délinquance

Tirées de là par l’association, la fourrière qu’elle accueille désormais ou les forces de l’ordre, les gueules d’amour en biais qui l’entourent ont toutes une histoire témoignant de l’extrême violence dans laquelle les ont plongées ces bandes. L’un a les testicules arrachés, une patte coupée à la machette. Son voisin, lui, a été amputée quand on l’a retrouvé la jambe déchiquetée. Ils sont des dizaines à avoir les oreilles « coupées au ciseau ». Et la queue au chombo. Un autre, prostré contre le mur de son enclos a la nuque lardée de morsures. Des dizaines de plaies profondes qui l’auront marqué bien plus loin que sa chair. « Il a été abandonné après un combat, ils voulaient le tuer mais on l’a sauvé », lâche Tyler au sortir de sa cage. « J’ai aussi retrouvé une chienne violée, ils sont vraiment capables de tout », poursuit celui qui veut redonner un peu d’amour à ces gueules cassées. Brisées par la violence des hommes supposés les percevoir comme « leur meilleur ami ».

Tortures gratuites, combats sans limites mais aussi dressages pour être utilisés comme arme, voilà donc le quotidien des chiens en élevages clandestin. « Il y a aussi beaucoup de violences qui partent de vols de chien, ici, la plupart sont des batards donc un chien de race ou bien dressé prend tout de suite de la valeur et attire donc les convoitises », ajoute le lieutenant-colonel François Bisquert. Pour le gendarme, le phénomène n’est pas tout à fait nouveau, mais tend à s’amplifier. « En réalité, c’est la délinquance en générale qui évolue, elle s’adapte à la répression. On ne voit plus beaucoup de coupeurs de routes, en revanche on voit de plus en plus de bandes avec des chiens, les délinquants évoluent dans leur technicité », analyse le militaire. Car comme lui, « les délinquants savent bien qu’avec les chiens ils ne risquent pas grand-chose, tant d’un point de vue physique car ce ne sont plus eux qui attaquent, que d’un point de vue juridique », poursuit François Bisquert. Un dernier point qui grince les dents des forces de l’ordre comme de l’association.

Délinquants doublement protégés

« Le gros problème, c’est que nous n’avons rien qui rattache officiellement ces chiens aux délinquants, même pas une notion d’occupation de terrain car les élevages, très difficilement accessibles n’ont pas d’enclos. Il est donc très difficile de les tenir responsables », explique le gendarme. D’autant plus que la plupart des « éleveurs » sont mineurs. Seule possibilité donc, les prendre en flagrant délit, « mais là encore, c’est très compliqué car dès lors que nous arrivons, ils lâchent les chiens et ont le temps de fuir ». « Ils ont des guetteurs, ils sont bien organisés »,

emboîte Tyler qui sort régulièrement casqué dans son camion pour faire son possible. Du côté de la gendarmerie, on assure également se mobiliser, en prenant notamment l’exemple de Koungou et ses différents élevages démantelés. « C’est très compliqué », avoue toutefois le lieutenant-colonel.

« Il faudrait qu’il y ait une brigade spécialisée de la gendarmerie, spécialement dédiée à ça », se prend à rêver Tyler Biasini, assis dans l’herbe de son refuge. Un chien avachi sur ses jambes, il reprend pied sur terre et réalise que « le problème, c’est la délinquance des jeunes en générale, c’est sûr. Quand on est capable de faire cela, c’est qu’on a plus de limites ». « Mais de notre côté, on ne peut pas fermer les yeux sur le sort qui est réservé aux chiens, ce n’est pas acceptable », reprend le président de l’association. Qui appelle chacun à prendre sa responsabilité, et en premier lieu les maires. Seules quatre communes ont en effet conventionné avec la fourrière, de sorte que les chiens sans propriétaires soient pris en charge. « Même pas Mamoudzou, alors que c’est là qu’il y en a le plus, pourtant c’est une obligation légale », peste le meilleur ami des chiens. « Face à cette inaction et puisque les maires sont responsables des chiens sans propriétaires qui sont dans leur commune, nous allons dès la rentrée, à chaque morsure, porter plainte contre la commune et nous constituer partie-civile avec le soutien d’autres associations », prévient-il. Prêt à montrer les crocs.

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