"On est dans ce que Mayotte a de plus contestable"

"On est dans ce que Mayotte a de plus contestable"

Généralement à huis clos, une affaire d'atteinte sexuelle sur mineure devait être jugée en public mercredi à la demande de la jeune victime présumée afin que "tout le monde sache ce qu'il lui a été fait". Mais devant la gravité des faits relatés par l'adolescente, l'affaire a été renvoyée aux assises.

Au juge Ballu qui s'étonne ce mercredi matin de ce que le huis-clos n'ait pas été requis, l'avocate de la jeune fille explique : "Elle souhaite que tout le monde sache ce qui lui a été fait et que ce qui lui a été fait n'est pas normal". À la barre, un quadragénaire, électricien de profession, qui comparaît à l'origine pour "atteinte sexuelle" sur cette mineure de moins de quinze ans "sans violence, contrainte, menace, ni surprise".

Avec douceur, le juge demande à l'adolescente, qui a désormais 15 ans, de lui raconter sa version des faits. "Ma cousine m'a présenté [le prévenu]. Je lui ai demandé de l'eau, (…) il m'a emmenée chez lui, m'a emportée dans son lit et a couché avec moi. Je n'étais pas d'accord." Le micro réverbère une voix tremblante, celle d'une jeune femme qui s'exprime avec émotion. De fait, avant que la victime présumée ne prenne la parole, le président d'audience venait de rapporter des détails particulièrement crus, issus d'une précédente audition au cours de laquelle la jeune femme avait expliqué avoir également été violée par un homme qu'on surnomme "Africa". "J'ai essayé de m'enfuir (…) Il a mis son sexe dans ma bouche (…)", retransmet le juge Ballu, relatant également une pénétration vaginale avec éjaculation. "Je n'avais jamais eu de rapport sexuel (…) J'ai pleuré", cite-t-il toujours. L'homme lui aurait ensuite donné cinq euros pour qu'elle se taise mais elle aurait refusé.

 "Pas 15.000 euros, 18.000 !"

En désignant celui qui comparaît ce mercredi, la jeune femme explique qu'il aurait "demandé pourquoi je n'étais pas vierge (…) Je lui ai dit que j'avais été violée par +Africa+". Se défendant seul à la barre, l'électricien donne sa version de l'histoire, reconnaissant avoir eu des relations sexuelles avec cette adolescence de 13 ans à l'époque des faits : "J'ai eu une relation sexuelle avec une personne consentante. Je ne l'ai pas forcée". À la question du juge qui se demande comment un homme de 40 ans peut séduire une jeune fille de 13 ans, le prévenu répond : "C'est elle qui est venue chez moi. On a discuté. Elle s'est déshabillée elle-même (…) Au début, elle m'avait dit qu'elle avait 17 ans et demi", justifie-t-il. Dans l'expertise psychiatrique à disposition du tribunal ce matin, "incomplète", selon le juge, rien qui ne permette de se prononcer sur le discernement de cet homme. En outre, "le rôle de la famille est ambigu", soulève le magistrat. En effet, celle-ci aurait proposé une transaction financière à l'électricien, de l'ordre de 15.000 euros, relate le juge avant d'être coupé par le prévenu : "Non, pas 15.000 euros, 18.000 !", corrige-t-il.

"On est vraiment dans ce que Mayotte a de plus contestable aujourd'hui", déplore le président d'audience, semblant reconnaître dans cette affaire les symptômes de pratiques amorales et illégales qui perdurent.

"La façon dont ma cliente raconte, ça me gêne", intervient l'avocate de la partie civile, demandant au tribunal à ce que les faits soient requalifiés en viol et à ce que l'affaire soit en conséquence jugée devant la cour d'assises. "À aucun moment le consentement de cette jeune femme" n'est établi, abonde la procureure, soulignant la constance du témoignage de l'adolescente. Le tribunal a également considéré que les faits qui lui avaient été présentés ce matin étaient susceptibles "d'entraîner une peine criminelle". L'affaire devrait donc être jugée devant les assises en juillet prochain.

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