Le barreau de Mayotte déclare une grève totale des activités pénales contre la réforme de la justice

L’Assemblée générale du barreau de Mayotte a adopté ce mardi 31 mars 2026 une motion exceptionnelle, annonçant une grève totale des activités pénales du 1er au 8 avril inclus. Cette décision fait suite à l’examen imminent, prévu le 13 avril, de la première partie du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, issu du projet dit « SURE ».

Dans sa motion, le barreau dénonce un texte qui, selon lui, sape les fondements mêmes du procès pénal criminel. En particulier, le mécanisme de plaider coupable criminel inquiète : il permettrait de juger les crimes les plus graves uniquement sur l’aveu de l’accusé, sans audition de témoins ni d’experts, et sans jury populaire, dans le cadre d’une simple audience d’homologation.

Pour les avocats mahorais, cette réforme priverait accusés et victimes d’un procès public, contradictoire et légitime, et conduirait à une justice expéditive au détriment des victimes, dont la parole s’est si difficilement libérée.

Le barreau souligne également que le texte élargit les compétences des cours criminelles départementales sans créer de postes supplémentaires de magistrats ou de greffiers. Dans un département déjà sous-doté en moyens humains, une telle réforme serait inapplicable et inadaptée, et risquerait de transformer la loi en simple outil de gestion des dossiers criminels en attente.

Face à ces constats, les avocats de Mayotte ont décidé de suspendre toutes les activités pénales, incluant le juge des enfants, les tribunaux correctionnels, les CRPC, l’instruction et les JLD, ainsi que la permanence des gardes à vue et des rétentions administratives. Les activités civiles et administratives restent pour l’instant épargnées, mais l’Assemblée générale se réserve le droit d’élargir le mouvement lors de sa prochaine réunion, prévue le 8 avril.

Cette grève marque une mobilisation sans précédent du barreau de Mayotte, qui affirme ne pas vouloir être complice d’une dégradation organisée du service public de la justice. Les audiences prévues au cours de cette semaine seront donc fortement perturbées, laissant la justice pénale du département en suspens.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Soldat
Journaliste

Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une