La société de concassage Chine-Comores, dont le patron chinois détient aussi l’entreprise SGO qui fabrique la célèbre cigarette Cœlacanthe, est visée par une plainte pour, entre autres, mise en danger délibérée d’autrui après l’explosion de mines.
Discret patron de l’entreprise qui fabrique les cigarettes Cœlacanthe, l’homme d’affaires chinois Yu Bo fait l’objet d’une plainte déposée la semaine dernière au parquet de la République de Moroni par Mahamoud Ali Mohamed, qui gère la société CBE. Cet entrepreneur connu dans le secteur des BTP accuse M. Yu Bo, qui détient une société de concassage, d’avoir fait exploser illégalement des mines le mercredi 4 mars 2026.
Selon le patron de CBE, la plainte comporte trois chefs d’accusation : mise en danger délibérée d’autrui, détention et usage illégaux de substances explosives, complicité par abstention et abandon de responsabilité sécuritaire.
Il faut savoir que les deux entrepreneurs détiennent des carrières situées dans la même zone, avant l’entrée de l’aéroport international Moroni-Prince Saïd Ibrahim. Ils sont donc des concurrents directs.
« On a frôlé le pire ce jour-là. J’étais au bureau à Moroni quand mes employés m’ont appelé, essoufflés, pour m’annoncer qu’il y avait eu une explosion. J’ai tout de suite appelé un huissier, qui s’est dépêché sur place pour tout constater. Je me suis présenté au parquet pour déposer plainte car un de mes employés aurait pu être blessé », a expliqué la semaine dernière, dans une vidéo, Mahamoud Ali Mohamed.
À l’en croire, les agents de la Société de concassage Chine-Comores (SCCC) auraient fait usage de dynamite pour faire exploser des rochers, provoquant l’envoi de projectiles, notamment un caillou d’environ 1 kg, vers les bureaux de CBE, son voisin.
« Ils le font souvent, certes, mais aujourd’hui je ne pouvais pas rester sans agir. Si un client ou un de mes employés avait été blessé sur place, j’aurais été le premier responsable. L’explosion a fait trembler mes locaux et ceux qui s’y trouvaient ont été terrorisés, au point de croire être assis sous une bombe », a poursuivi Mahamoud Ali Mohamed, qui estime que les rochers projetés ont parcouru plus de 200 mètres.
Superpower 90
Le gérant de CBE se demande si cet entrepreneur étranger a obtenu ou non les autorisations nécessaires pour utiliser des engins aussi dangereux. Selon des photos récupérées par son huissier, il s’agirait d’une mine portant le nom de Superpower 90.
Il s’agit d’un produit explosif à usage industriel utilisé pour le minage. Classé comme explosif à danger d’explosion en masse, ce type de mine est fabriqué par Solar Nitrochemicals Limited, une entreprise basée en Tanzanie.
« De tels explosifs doivent être gardés par l’armée et, en cas d’usage, la Défense est censée y veiller. Imaginez si une personne, un politicien comme moi, avait en sa possession des mines : j’aurais certainement été arrêté. C’est pour cela que l’enquête doit révéler qui a accordé les autorisations à cet entrepreneur, s’il en a reçu », plaide Mahamoud Ali Mohamed.
Il affirme qu’au niveau de la Grande Comore, seule la SCCC disposerait de ce type d’engins. C’est d’ailleurs pour cette raison que les responsables de l’entreprise ont réagi hier, lundi, depuis leurs locaux, en présence de l’avocat Mohamed Abderemane Hilali.
Ce dernier a d’abord assuré que son client détient les autorisations nécessaires pour utiliser des mines dans sa carrière.
« J’accompagne mon client depuis 2023 et il a toujours respecté les lois du pays. Pour les explosifs, il prend toujours les mesures de sécurité. Il informe également ses voisins avant de procéder aux dynamitages », assure l’avocat Mohamed Abderemane Hilali, aux côtés du directeur exécutif de la Société de concassage Chine-Comores.
État-major
D’après le conseil de l’homme d’affaires Yu Bo, l’entreprise ne conserve pas les mines. Celles-ci sont mises à la disposition de l’État-major, qui a son mot à dire.
« En cas de besoin, une demande leur est adressée. Le stockage se fait là-bas et toutes les conditions de sécurité sont appliquées. Côté impact environnemental, le Bureau géologique des Comores est toujours sollicité », indique la SCCC.
Ses techniciens, à propos de l’incident du 4 mars, affirment que les locaux de CBE n’auraient pas pu être touchés par des projectiles.
« Nous procédons d’abord au forage du rocher. Le centre de dynamitage se trouve à 387 mètres de la maison la plus proche de l’usine de sable et de gravier CBE. Le rayon de dynamitage est de 100 mètres. La distance de sécurité est donc de 287 mètres. Cela signifie que l’endroit où les petites pierres issues du dynamitage sont tombées se situe à 287 mètres de la maison de CBE », a expliqué un des techniciens.
Reprise depuis 2023, la carrière de Handuli a bénéficié d’un investissement de près de 2 milliards de francs comoriens, soit environ 4 millions d’euros.
L’entreprise de Yu Bo emploie aujourd’hui 110 agents, dont 50 nouvellement recrutés, selon une déclaration transmise aux médias lors de la conférence de presse d’hier.
Homme d’affaires discret mais puissant, le Chinois Yu Bo n’est pas inconnu du public. Avant de se lancer dans le concassage, il s’est fait connaître grâce à sa société SGO, qui fabrique les cigarettes de marque Cœlacanthe, très consommées aux Comores en raison notamment de leur prix accessible.
Présent aux Comores depuis plus de 20 ans, M. Yu Bo s’est ensuite lancé dans la construction. Il a été engagé par le gouvernement pour construire un hôtel cinq étoiles du groupe Sofitel, au sud de Moroni, près de l’Alliance française.
Ce projet fait partie des infrastructures prévues pour les Jeux des îles de l’océan Indien de 2027.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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