Mineurs isolés : les fractures qui secouent le territoire

Au collège de Tsimkoura, des professeurs lancent un cri d’alarme. Ils ne souhaitent plus avoir à gérer des élèves qu’ils estiment ne plus avoir leur place dans une cour de récréation au milieu de leurs paisibles camarades de classe. La députée mahoraise Anchya Bamana a relayé leur demande auprès du ministre de la Justice Gérald Darmanin, destinataire d’autres doléances de l’élue. Elle plaide notamment en faveur d’une cour d’appel de plein exercice à Mayotte ainsi que de la création d’un tribunal administratif indépendant de La Réunion.

Collège de Tsimkoura — Anchya Bamana se fait l’écho de la communauté éducative de cet établissement situé dans le sud de l’île. Dans un communiqué de presse daté d’hier, lundi 23 février 2026, la députée (RN) de la 2ᵉ circonscription de Mayotte indique avoir été saisie à propos d’un sujet majeur : « la prise en charge des élèves délinquants récidivistes ».

Un sujet dont elle affirme avoir fait part à Gérald Darmanin, alors en déplacement sur l’île, qu’elle n’a pas pu accompagner en raison de l’intense activité parlementaire liée à l’examen du projet de loi sur « l’aide à mourir ».

Selon la députée, les enseignants de cet établissement constatent qu’ils scolarisent « des jeunes qui n’ont plus le profil pour se trouver dans les salles de classe et dans les cours de récréation avec des élèves paisibles. Des jeunes qui relèvent désormais du champ judiciaire et non plus de l’instruction, qui est pourtant la mission première des professeurs de l’Éducation nationale ».

Ceci explique sans doute la posture adoptée par le garde des Sceaux lors de sa prise de parole à Pamandzi, lundi après-midi, durant laquelle il a reconnu publiquement l’existence d’une jeunesse mahoraise délinquante. Il a appelé à sa prise en charge par les organismes compétents et demandé la priorisation de son éducation et de sa formation, notamment avec l’appui des armées.

Mais ce sujet n’est pas le seul que la parlementaire a évoqué avec le garde des Sceaux en amont de son déplacement sur le territoire. En effet, Anchya Bamana a rendu publique une missive adressée à Gérald Darmanin dans laquelle elle dresse un constat édifiant sur l’état des locaux et les conditions de travail des magistrats et des greffiers, ainsi que sur le malaise des avocats du barreau de Mayotte, qui subissent par ricochet les conséquences de ces difficultés.

« À Mayotte, la justice ne tient plus, elle survit, difficilement, à force de volonté. Elle survit grâce à des hommes et des femmes, en trop faible nombre, qui compensent au quotidien ce que l’institution ne parvient plus à garantir : des locaux dignes, des effectifs suffisants, une continuité de service saine », souligne-t-elle en introduction de son courrier.

Des éléments de langage que l’on retrouve dans les déclarations publiques du garde des Sceaux après son entretien avec les magistrats, les greffiers et les fonctionnaires de la Justice à la mi-journée.

Outre l’ensemble des difficultés du monde judiciaire sur l’île, déjà largement relayées dans les médias ces derniers jours, la députée évoque un climat de tension sociale et de défiance servant de toile de fond à l’ensemble.

« Nous, élus, relayons un sentiment d’abandon nourri par l’accumulation des inégalités, la crise de l’eau et des annonces sans effets concrets sur le territoire. Dans ce climat, la justice est perçue comme impuissante, voire injuste, protectrice des délinquants et acharnée contre les honnêtes gens », écrit-elle au ministre de la Justice. Elle évoque une perception qui s’installe progressivement et devient un fait politique qu’aucun discours ne suffira à dissiper sans réponses visibles, datées et financées.

La députée demande en outre une modification du mode de désignation des jurés populaires pour les cours d’assises, en guise de signal fort. Elle justifie cette demande par le fait que, selon elle, la majorité des jurés seraient actuellement issus de candidatures spontanées, jugées trop peu représentatives. Une situation qu’elle n’hésite pas à qualifier « d’entorse grave au principe même du jury populaire et non professionnel ».

Elle termine son courrier par un autre sujet : l’autonomie judiciaire de Mayotte par rapport à La Réunion, appelant à l’installation sur place d’un tribunal administratif permanent et d’une cour d’appel de plein exercice capables de rapprocher la décision judiciaire du terrain.

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