Comores : 18 migrants continentaux périssent dans un naufrage

Les passeurs les auraient fait débarquer près des côtes en faisant croire aux 51 passagers qu’ils étaient arrivés à destination, notamment à Mayotte, confrontée à des vagues de migrants essentiellement originaires d’Afrique.

Encore une tragédie liée à l’immigration clandestine au nord de la Grande Comore. Dans la nuit de mercredi, des migrants continentaux ont été abandonnés au large des côtes de Mitsamihuli. Alertés par des cris de détresse, les habitants de cette commune se sont mobilisés pour porter secours aux naufragés.

Malheureusement, seuls 30 passagers ont pu être secourus vivants sur la cinquantaine de personnes à bord. Dans un premier temps, un bilan provisoire faisait état de 8 morts parmi les rescapés. Mais dans l’après-midi, ce chiffre est monté à 18 décès, après le repêchage de dix corps supplémentaires.

Selon le directeur de l’hôpital de Mitsamihuli, Zain Elabidine Abdallah, l’alerte a été donnée vers 22h30 par un jeune habitant. « Il s’est rendu à la gendarmerie, puis est revenu utiliser le micro de la mosquée, dont la sonorisation porte sur près de deux kilomètres, pour lancer un appel. Les habitants se sont alors précipités vers la mer pour porter secours », a-t-il expliqué.

Les premiers survivants sont arrivés à l’hôpital vers minuit. « Parmi les huit premiers corps, il y avait quatre hommes et quatre femmes, dont une fillette de deux ans et demi. Aucun des survivants ne présentait de blessures graves nécessitant des points de suture », a indiqué la docteure Halssoi Bacar. Une femme enceinte de trois mois figure également parmi les rescapés.

Des migrants majoritairement congolais

Dans un communiqué, la direction générale de la sécurité civile a confirmé le naufrage : « Une embarcation transportant des migrants depuis les côtes est-africaines a fait naufrage à Mitsamihuli. Le Centre de traitement des appels du COSEP a été informé à 00h15. Des moyens de secours ont immédiatement été déployés, dont deux ambulances, un groupe d’intervention et un médecin réanimateur. »

Engagés dans les opérations de recherche, les garde-côtes ont fermement condamné ces pratiques criminelles, dénonçant une mise en danger délibérée de vies humaines. « Les auteurs feront l’objet d’identifications et d’interpellations », ont-ils assuré.

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, en présence de représentants des Nations unies, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada, a précisé que la majorité des victimes étaient originaires de la République démocratique du Congo. « Nous ne pouvions pas enterrer les victimes sans connaître leur nationalité », a-t-il expliqué, saluant au passage la solidarité des habitants de Mitsamihuli, qui ont mis à disposition un terrain pour l’inhumation.

« Le bateau les a déposés au large en leur demandant de rejoindre la côte à la nage, en leur faisant croire qu’ils étaient arrivés à destination. Mais seuls 30 ont survécu. À ce jour, 17 corps ont été repêchés et quatre personnes sont portées disparues », a ajouté le ministre.

De son côté, le coordonnateur résident du système des Nations unies a appelé à une coopération internationale renforcée pour lutter contre les réseaux de passeurs.

Vers une coopération régionale

« C’est la première fois que nous enregistrons des pertes humaines malgré les vagues de migrants observées. Cela montre le caractère dramatique de ces mouvements, qui relèvent de réseaux criminels. Le gouvernement comorien souhaite collaborer avec la Tanzanie, car seule une solidarité régionale permettra de trouver des solutions durables », a déclaré James Bolt, coordonnateur résident du système des Nations unies aux Comores, en déplacement à l’hôpital de Mitsamihuli aux côtés de l’Organisation internationale pour les migrations.

Depuis cinq mois, plusieurs villes côtières de la Grande Comore font face à un afflux important de migrants, principalement originaires du continent africain et cherchant à rejoindre Mayotte. Les passeurs les abandonnent souvent sur d’autres îles en leur faisant croire qu’ils ont atteint leur destination.

Dans ce drame, les migrants auraient été pris au piège par les courants marins, réduisant considérablement leurs chances de survie.

Face à cette situation, l’Union des Comores a lancé en décembre des travaux visant à se doter d’une véritable politique migratoire. En 2025, près de 400 migrants ont été interceptés sur les côtes comoriennes, selon des chiffres officiels, sans compter ceux ayant échappé aux contrôles.

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