Drame à Hamjago : La crainte de représailles inquiète les habitants

Drame à Hamjago : La crainte de représailles inquiète les habitants

Après un regain de violences le week-end dernier, un nouvel affrontement entre bandes rivales s’est tenu, mardi en pleine journée, à Hamjago. Un événement qui aurait, selon les habitants, provoqué la crise cardiaque d’une commerçante, décédée en tentant de sauver un jeune en train de se faire agresser. Un scénario différent de celui relaté par les forces de l’ordre, mais qui laisse toutefois craindre une possible riposte.

« On sait que ça ne va pas s’arrêter là », lâche, encore traumatisée, Faoulati. « En tant que mère de famille, je suis très angoissée pour ma sécurité et celle de mes enfants. » Quelques heures plus tôt, une autre mère de famille, elle aussi habitant dans le village d’Hamjago, perdait la vie. Il est midi, mardi, lorsque, venus de M’tsamboro, plusieurs dizaines de jeunes – une cinquantaine, selon les témoignages du voisinage – font irruption dans la commune, prêts à en découvre avec une bande rivale, chombo, parpaings et barres de fer au poing.

Sur les réseaux sociaux, un récit dramatique prend rapidement de l’ampleur. Selon plusieurs habitants, les adolescents, arrivés à hauteur de la rue Tchad, s’en seraient pris à un jeune du quartier, près d’un petit commerce. Aux premières loges du déferlement de violences qui éclate alors, la gérante de la boutique aurait tenté de s’interposer. Mais la peur, le stress et l’adrénaline auraient déclenché l’arrêt cardiaque de la femme âgée d’une cinquantaine d’années, qui décédera quelques minutes plus tard. Si cette personne est bel et bien morte d’un arrêt cardiaque, celui-ci serait toutefois survenu, selon la gendarmerie locale, plus de deux heures après les faits. Surpris du jeune âge de la victime, le médecin-légiste a alors prononcé un obstacle médico-légal. Mais face à l’hostilité de la famille et de la foule voyant l’ambulance venue chercher le corps, les examens prévus ont finalement été abandonnés.

Pourtant, alors que les appels signalant les premiers affrontements avaient fait saturer le standard du 17, une douzaine de gendarmes s’étaient une première fois rendus sur place quinze minutes après l’irruption de la bande dans le village. Trop tard, tous les assaillants ayant déjà pris la fuite. « Une fois arrivé, il n’y avait plus personne. Alors nous avons entamé des recherches entre les deux villages, mais ils avaient tous disparus dans la nature. » Dans le même temps, le Samu intervient à Hamjago, où deux jeunes, grièvement blessés par la bande de M’tsamboro avant qu’elle ne prenne la fuite, doivent être évacués sur le champ. Impuissante, Faoulati ne rate pas une seconde de la scène qui se joue, à quelques pas du domicile familial. « Les jeunes d’Hamjago ne vont pas en rester là, c’est certain », craint-elle. « Cette rivalité existe depuis plus de 30 ans... »

Si, comme à chaque fois, les auteurs de violence n’ont pu être interpellés, le secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale, Bacar Attoumani, suggérait, plus tôt dans la semaine et après que trois policiers aient été blessés lors d’affrontements avec des bandes de jeunes, de réitérer l’intervention du GIGN afin d’identifier, sur le terrain, les meneurs des caillassages, en les photographiant en pleine action et avant qu’ils ne prennent la fuite. Un dispositif qui avait été déployé en décembre dernier et qui avait permis de juger plusieurs agresseurs et coupeurs de route. Mais pour la gendarmerie, l’antenne normalement attelée à cette tâche est actuellement exclusivement mobilisée sur l’identification d’autres personnes impliquées dans des faits « plus graves », comme des vols à mains armés dans plusieurs commerces. En attendant, les habitants d’Hamjago ont décidé d’organiser un grand rassemblement ce jeudi à 16 heures, sur le plateau de M’tsamboro.

 

À Mamoudzou et Tsararano aussi

Alors que les policiers de Mamoudzou auraient reçu l’ordre de ne plus intervenir entre M’tsapéré et Doujani, dans l’espoir que les affrontements s’apaisent, de nouveaux affrontements ont eu lieu mardi soir dans le chef-lieu. Puis, mercredi matin à Tsararano, plusieurs élèves de Dembéni venus au lycée pour se réinscrire en vue de la prochaine rentrée scolaire, ont été pris à partie par « plusieurs jeunes non scolarisés qui les attendaient dehors », selon la gendarmerie. L’un d’entre eux aurait ainsi frappé un lycéen avec un sac banane rempli de sable et de gravas. Le jeune homme aurait tenté de se défendre avec une paire de ciseaux, mais ne réussira, finalement qu’à déchirer un bout du t-shirt de son agresseur. Les deux « victimes-agresseurs », âgés de 16 ans environ, ont été pris en charge médicalement et seront prochainement entendus par les forces de l’ordre.

Abonnement Mayotte Hebdo