Un centre de soins des tortues marines bientôt créé à Mayotte

Un centre de soins des tortues marines bientôt créé à Mayotte

L’association environnementale Oulanga Na Nyamba a dévoilé les premières esquisses de sa future maison de la tortue. Avec une ouverture prévue en 2022, la structure devrait inclure le premier centre de soins de l’île pour les animaux blessés et un musée dédié. Objectif : prendre en charge une vingtaine de tortues à l’année et accueillir, dans le même temps, quelque 7.000 visiteurs.

Préserver l’environnement, sensibiliser le grand public et même créer une plus-value touristique. Nombreux sont les enjeux du futur centre de soins des tortues marines de l’association Oulanga Na Nyamba, dont l’ouverture est prévue d’ici deux ans en Petite-Terre. « Ça fait plusieurs années que tous les acteurs engagés en faveur de l’environnement ont défini ce besoin, et jusqu’à présent, il n’y a aucune structure pour accueillir les animaux marins blessés », pointe du doigt Jeanne Wagner, biologiste marine et directrice de l’association.

Depuis 2010, tout animal mort ou blessé peut être signalé auprès du réseau d’échouage mahorais de mammifères marins et de tortues marines (Remmat), qui, si nécessaire, peut faire appel à un vétérinaire. Problème : aucun lieu de convalescence n’existe. « On fait avec les moyens du bord, mais ce n’est pas toujours optimal », regrette la directrice d’Oulanga Na Nyamba, dont l’organisation est elle-même membre du Remmat. Ainsi, seulement deux à quatre tortues blessées sont prises en charge chaque année. « Malheureusement, certaines sont relâchées sans presque aucun soin, parce que nous ne sommes pas capables de les prendre en charge », déplore Jeanne Wagner. C’est par exemple le cas lorsque la carapace de l’animal est sévèrement cassée, ou qu’un membre a été arraché par un chien.

Des tortues et des hommes

Mais pour ériger le centre de soins des tortues, baptisé la Kaz’a Nyamba, encore fallait-il trouver un terrain adapté, facilement accessible, au bord de l’eau et à proximité d’un cabinet vétérinaire. Finalement, après plusieurs années de recherches foncières menées par Oulanga Na Nyamba, le maire de Dzaoudzi-Labattoir finit par proposer une parcelle en cours d’aménagement sur le boulevard des Crabes. Un énorme pas en avant pour le projet, à tel point que celui-ci prend même une nouvelle dimension. « À la base, ça devait être un centre de soins d’urgence, mais vu l’engouement des acteurs et des financeurs, on s’est dit qu’il serait bien de rajouter une structure de sensibilisation où on peut accueillir résidents, touristes et scolaires, ce qui manque cruellement à Mayotte », dévoile Jeanne Wagner. En somme, une version mahoraise de Kélonia, clinique et musée des tortues implantés à Saint-Leu sur l’île de La Réunion, et qui collabore par ailleurs avec l’association dans le cadre du projet régional Life qui vise à suivre et protéger les populations locales.

« On compte accueillir 7.000 visiteurs par an », projette l’association Oulanga Na Nyamba. « En réalité, ce n’est pas soigner les tortues qui va le plus permettre de les protéger, mais plutôt le fait de sensibiliser le public en valorisant cet animal d’une manière différente, et que cela devienne un levier de responsabilisation de la population. On peut faire de l’éducation grâce et autour de la tortue », dont beaucoup d’individus en détresse ne sont, aujourd’hui encore, jamais signalés. Pourtant, il n’est pas rare que certaines d’entre elles soient victimes d’accident de pêche. « Ce qui revient le plus souvent, ce sont des tortues qui ont avalé un hameçon par accident », explique Jeanne Wagner. Si dans la plupart des cas, « les pêcheurs jouent le jeu » en relâchant la prise, le crochet métallique lui, reste dans la bouche de l’animal qui finit par déclencher une infection, possiblement fatale si elle n’est pas soignée.

À travers les premières esquisses du bâtiment, Oulanga Na Nyamba envisage, à ce stade, d’installer six bassins dans lesquels seraient accueillies, sur une période moyenne de deux mois, les tortues en convalescence. Soit une vingtaine d’individus pris en charge à l’année. « Mais selon les recours, ce nombre pourra évoluer », précise l’association, dont le projet devrait également permettre d’apporter un intérêt touristique supplémentaire au territoire, le centre Kélonia représentant, sur l’île intense, l’un des lieux de visite les plus fréquentés depuis plusieurs années.

Ces premières esquisses du bâtiment du futur centre de soins des tortues sont susceptibles d’évoluer.

 Signalez les animaux blessés ou échoués

Si vous rencontrez une tortue ou tout mammifère marin mort ou vivant échoué, signalez-le sans délai en contactant le Remmat au 06.39.69.41.41, afin de permettre sa prise en charge par un vétérinaire. Les équipes du réseau d’échouage vous indiqueront la marche à sui

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