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VIDÉO. « On voulait trouver une solution pour avoir un matériau local »

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Créée en 2022, Habit’Âme récupère les déchets plastiques pour leur donner une nouvelle vie, sous forme de matériau de construction. La phase expérimentale du projet arrive bientôt à son terme, et les plaques de plastique recyclé pourront bientôt se retrouver sur le marché.

Recycler le plastique en matériau de construction, c’est le pari lancé par Habit’âme il y a deux ans. Aujourd’hui, le défi est remporté : lorsqu’on visite l’atelier de la jeune entreprise, à Kawéni, les plaques de bouchons, pots de yaourt ou encore de bacs poubelles recyclés ressemblent à s’y méprendre à des plaques de marbre multicolores. En témoignent l’établi, les tabourets et les étagères design dans le local. Le plastique usagé, récupéré auprès de partenaires comme le syndicat intercommunal d’élimination et de valorisation des déchets de Mayotte (Sidevam) qui se débarrasse de ses vieux bacs auprès de la start-up, ou encore comme la Laiterie de Mayotte, est d’abord nettoyé, découpé, puis passe dans une broyeuse pour en ressortir sous forme de paillettes. Ces dernières sont ensuite fondues, puis façonnées dans des moules. « Les plaques ou les barres peuvent ensuite se travailler comme du bois », ajoute Matthieu Cozon, architecte et cofondateur d’Habit’Âme. Le but d’ici quelques mois est de les vendre à des acteurs du secteur du BTP ou encore de l’architecture, notamment d’intérieur. Un matériel résistant à l’eau, qui, s’il n’est pas non plus recyclable à l’infini, peut être rebroyé et refaçonné plusieurs fois.

Bouteilles de lait, vaisselle en plastique jetable, pailles, bouchons, pots de yaourt… L’atelier peut recycler quatre types de plastique (2 HDPE, 4 LDPE, 5 PP, 6 PS) sur les sept qui existent. Les bouteilles d’eau ne passent pas par Habit’Âme : cela nécessiterait une autre machine et produirait des plaques et des barres trop souples. L’entreprise préfère laisser ce déchet à la voie de recyclage classique, qui est assurée à Mayotte. En revanche, l’organisme aimerait à terme se doter d’une machine qui permettrait de traiter le PVC, beaucoup utilisé en construction. « On n’a rien inventé », précise Matthieu Cozon en parlant des techniques de recyclage qu’ils utilisent. En effet, les machines de l’atelier ont été pensées par un chercheur britannique en 2013, Dave Hakkens, qui a lancé le projet Precious Plastic en mettant à disposition librement les plans de ses unités de recyclage artisanales, qui se retrouvent désormais à travers le monde entier.

Une solution à trois problèmes

Habit’Âme a néanmoins apporté tout un concept autour de cette méthode de fabrication. Si ce dispositif de recyclage permet de nettoyer l’île et de créer un matériel local pour limiter les importations, qui sont actuellement légion dans le secteur de la construction mahorais, l’entreprise a choisi de lui donner une dimension sociale. « On a actuellement deux jeunes en réinsertion qui travaillent avec nous », précise Camille Cozon Abdourazak, également architecte et cofondatrice. C’est de cette volonté d’apporter une solution à ces trois problématiques sur l’île qu’est né le projet d’Habit’Âme. « En tant qu’architectes, on voyait qu’on importait tous nos matériaux. On voulait trouver une solution pour avoir un matériau local. Puis en voyant aussi le problème des déchets, on s’est dit qu’on pouvait facilement les transformer. Puis, un de nos cofondateurs, qui est professeur, voulait trouver un moyen de réintégrer des jeunes en décrochage scolaire », développe Matthieu Cozon. L’entreprise comporte aussi un volet important de sensibilisation avec un broyeur plus petit pour faire des démonstrations, notamment auprès de scolaires.

Si Habit’Âme est encore dans sa phase d’expérimentation et de sensibilisation, les premières mises sur le marché de son matériau devraient arriver aux alentours du mois de septembre. En attendant, l’entreprise a déjà remporté plusieurs prix, avec entre autres le prix innovation Outre-Mer d’Action logement en 2022, le titre de grand lauréat national de l’AMI Innovation Sociale en 2023 décernée par le secrétariat d’État chargé de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative, ou encore le trophée de l’Entreprise innovante de l’année en 2024, décerné par la Somapresse. Elle a également pu exposer ses matériaux, en fabriquant par exemple le bardage de l’Office de tourisme en Petite-Terre.

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