Nayma trace des chemins d’insertion entre urgence sociale et engagement environnemental

À Mayotte, où les défis sociaux et environnementaux se croisent quotidiennement, l’association Nayma s’est imposée, en quelques années, comme un acteur de terrain au contact direct des jeunes les plus fragilisés. Créée en 2020, elle répond à une réalité bien connue sur l’île : celle d’une jeunesse parfois déscolarisée, éloignée de l’emploi, et souvent livrée à elle-même.

Dès le départ, l’objectif est clair : aller chercher ces jeunes là où ils se trouvent — dans les rues, hors des parcours classiques — pour leur proposer une alternative concrète. L’association s’adresse aussi bien à des jeunes sans qualification qu’à d’autres ayant obtenu le baccalauréat mais sans perspective claire. Tous partagent un même point de départ : une forme d’errance, professionnelle ou sociale.

Un accompagnement global, au-delà de l’emploi

Depuis le lancement de son chantier d’insertion en mai 2021, Nayma a accompagné 972 jeunes en parcours d’insertion, avec des entrées et sorties permanentes. Derrière ce chiffre, des profils variés : demandeurs d’emploi de longue durée, jeunes en décrochage scolaire ou sans emploi après le baccalauréat, bénéficiaires du RSA, ou encore personnes en situation de handicap. L’accompagnement proposé dépasse largement la seule question de l’emploi. Il s’agit d’abord de lever les obstacles du quotidien : accès au logement, suivi de santé, mobilité, démarches administratives ou gestion des ressources financières. Autant de freins invisibles mais déterminants dans les parcours. En parallèle, un suivi professionnel structuré est mis en place. Des entretiens hebdomadaires avec des conseillères en insertion permettent d’adapter les parcours à chaque situation. Immersions en entreprise, stages de découverte, enquêtes métiers : les outils sont multiples pour aider chacun à construire — ou reconstruire — un projet professionnel.

Apprendre en faisant, se reconstruire en agissant

Les jeunes participent aussi à des chantiers de nettoyage de rivières, de mangroves, ou encore à des opérations de reboisement. Une manière d’acquérir des compétences tout en contribuant à la préservation d’un territoire fragilisé par les aléas climatiques. Cette dimension collective joue un rôle clé. Elle permet de redonner un cadre, de recréer du lien social et de valoriser des jeunes souvent stigmatisés. « Il faut les prendre à la source », résume la présidente Idaya Mahachido, en évoquant ces adolescents parfois âgés de moins de 17 ans, sortis trop tôt du système scolaire. Faiza, aujourd’hui âgée de 28 ans, fait partie de ces parcours de transition. Arrivée sans emploi avec un CAP de serveuse, elle a intégré Nayma pendant quelques mois. « J’ai pu faire une formation d’auxiliaire de vie. J’ai attendu d’avoir un titre de séjour, et aujourd’hui je travaille », explique-t-elle. Elle souligne surtout la différence dans l’accompagnement : « Je n’avais pas ce suivi régulier ailleurs notamment avec France Travail. » Son témoignage illustre une réalité souvent évoquée par les structures d’insertion : la continuité du suivi et la relation de confiance peuvent faire basculer un parcours.

Élargir les perspectives

L’action de l’association ne s’arrête pas aux jeunes adultes. Elle développe aussi un accompagnement éducatif pour des enfants non scolarisés à Miréréni et Combani. Apprentissage des fondamentaux, activités de découverte, développement des compétences sociales : là encore, l’idée est d’intervenir le plus tôt possible. À travers cette approche, Nayma tente de répondre à plusieurs enjeux à la fois : lutter contre l’exclusion, prévenir la délinquance, renforcer la cohésion sociale et participer à la préservation de l’environnement.

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