Le calvaire des lycéens pour réviser le bac

Le calvaire des lycéens pour réviser le bac

Malgré la mise en place de dispositifs pour réviser le bac sur Internet, l’inquiétude des lycéens grandit et leurs révisions stagnent. Un phénomène préoccupant à presque deux mois de l’examen.

« Je voulais devenir ostéopathe. Mais les écoles ne recrutent que les élèves aux meilleurs résultats. Avec presque deux mois sans révisions ni cours, je vais finalement me réorienter pour devenir infirmière ». Face aux difficultés pour préparer le bac, Maïssara a sacrifié ses ambitions sur l’autel de la grève générale. Un problème parmi tant d’autres que le vice-rectorat a tenté de résoudre mi-mars grâce à des cours en ligne. Aujourd’hui, cette méthode semble montrer ses limites.  

Dans un communiqué daté du 18 mars, Nathalie Costantini, le vice-recteur de Mayotte, exposait le partenariat mis en place avec le Centre de documentation pédagogique pour venir en aide aux élèves. Au programme : des cours et un tutoriel d’installation censés permettre aux lycéens de réviser l’examen. Le 3 avril, des chiffres positifs sont avancés quant au dispositif mis en place pour permettre aux élèves de réviser sur Internet : "Nous avons eu plus de 1 000 téléchargements des cours du CNED (Centre national d'enseignement à distance, NDLR) le premier jour d'ouverture de la plateforme", se réjouit le vice-recteur au travers d'un courrier d'encouragement adressés aux enseignants. 

Pourtant, nombreux sont les élèves qui n'ont pas pu bénéficier de cet outil : « Je n’ai pas pu profiter de ce dispositif dans la mesure où, comme de nombreux camarades, je n’ai pas d’ordinateur. Et puis, les cours sont déjà difficiles à comprendre avec un prof en face de nous… Alors sur Internet, c’est encore pire ! », déplore Chantal du lycée de Mamoudzou Nord. Un sentiment partagé par les élèves bénéficiant d’un ordinateur et d’une bonne connexion : « Ce n’est pas facile de réviser sur Internet. On n’y comprend rien ! En l’absence d’explication, on a vite tendance à laisser tomber », explique Nistadhi, 18 ans. Pour Maïssara, ces obstacles sont renforcés par les difficultés des élèves à communiquer avec leurs enseignants : « Certains profs sont à la ramasse niveau informatique. Ne serait-ce que pour ouvrir nos mails, il faut batailler pendant des jours. C’est décourageant. »

Mes journées ? Un enfer !

Face à ces difficultés, le quotidien décrit par les lycéens est parsemé d’ennui et d’angoisse : « Mes journées ? Un enfer ! Je tourne en rond sans savoir quoi faire tout en sachant que le bac arrive à grands pas », décrit Nistadhi. Un sentiment partagé par l’ensemble des lycéennes interrogées : « Je suis très angoissée et mes parents aussi. Je ne dors pas la nuit. Quand j’en parle à mes camarades, elles partagent toutes cette impression », s’alarme Chantal. Malgré les consignes adressées aux professeurs de dispenser des cours dans les établissements les plus proches de leur domicile, nombreux sont les lycéens encore bloqués par les barrages. Leur seul espoir : la levée rapide de ceux-ci pour retourner dans les salles de classe. Une volonté qui se retrouve même chez les lycéens au départ favorables au mouvement social, comme nous l’explique Nistadhi : « J’ai participé aux manifestations dès le début de la grève car l’insécurité est un problème qui nous concerne tous. Mais le mouvement a pris des proportions regrettables. Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est réviser mon bac », résume-t-elle.

 

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