Des écoles toujours fermées, des syndicats inquiets

Des écoles toujours fermées, des syndicats inquiets Une école à Ouangani (Mayotte)

Plusieurs syndicats ont réagi ces derniers jours à la décision de certaines mairies comme Mamoudzou, Chirongui ou encore Sada de fermer leurs écoles primaires faute du renouvellement de certains contrats aidés indispensables d'après eux pour assurer la sécurité et l'hygiène des établissements. C'est le cas de la CGT Ma et du SNU-ipp FSU qui s'indignent à travers des communiqués ou une lettre ouverte au préfet de la non-reconduite de ces emplois aidés.

"Nous sommes le lundi 23 octobre, jour de rentrée scolaire à Mayotte. Mais la rentrée n'a pas eu lieu pour de nombreux enfants. Les écoles de la principale agglomération du département sont effet fermées, la municipalité considérant qu'elle ne peut pas assurer l'ouverture des établissements scolaires, faute de personnels en nombre suffisant. Les écoles de Chirongui sont aussi fermées et le Lycée du Nord est, quant à lui, bloqué par les parents, inquiets pour la sécurité de leurs enfants (ce dernier a été débloqué hier, NDLR).

Ces situations dramatiques sont les conséquences d'un même mal : le sous-investissement structurel à Mayotte en moyens éducatifs.

Dans le premier degré, il manque plusieurs centaines de salles de classe pour en finir avec le système de la rotation. De nombreuses écoles, en rotation ou non, sont dans des états indignes et le matériel pédagogique manque trop souvent. Dans ce contexte, la baisse drastique du nombre d'emplois aidés ressemble à un coup de grâce. Coup de grâce porté au premier étage de notre service public d'éducation. Nous osons le dire, la situation n'est plus tenable et des mesures s'imposent en urgence : la restauration immédiate des emplois permettant de faire fonctionner les écoles et la remise à plat des rythmes scolaires pour qu'ils soient adaptés, de manière pragmatique, aux réalités matérielles des écoles et aux moyens réels des communes. Mais cela ne sera pas suffisant, bien entendu. Il est indispensable, conjointement, d'investir massivement dans le premier degré pour que dans un futur que nous souhaitons proche, tous les enfants de Mayotte reçoivent un niveau d'éducation de qualité.

Dans le second degré, le principal problème est aujourd'hui la violence. La violence aux abords des établissements est devenue un phénomène quotidien, presque banal. Nous ne pouvons l'accepter. D'autant que dorénavant, cette violence rentre de plus en plus dans l'enceinte des établissements. Nous avons dit que le Lycée du Nord est aujourd'hui bloqué. Mais tous les établissements sont aujourd'hui touchés par ce fléau. Au lycée de Kahani, un collectif de parents inquiets menace ainsi de retirer ses enfants. Il y a quelques mois, des enseignants de deux collèges ont, légitimement, exercé leur droit de retrait.

Ce phénomène ne pourra pas être endigué tant que ne sera pas réglé le problème de la surpopulation scolaire. Il est urgent de construire des établissements à taille humaine, ne dépassant pas les 800 élèves comme le préconise le CESEM. Rappelons que le collège « moyen » accueille en France 470 élèves, plus de 1400 à Mayotte. Il est urgent également de doter convenablement les établissements en personnels de vie scolaire. Les barbelés et les caméras ne remplaceront jamais des personnels.

À l'ordre du jour de ce conseil figurent les moyens supplémentaires accordés à Mayotte, et notamment les postes d'enseignants. Le chiffre de + 176 ETP enseignants dans le second degré peut sembler, à première vue, positif. Il n'en est rien. Mayotte est très largement sous-dotée en postes d'enseignants (ce qui explique des effectifs par classe sensiblement supérieurs à la métropole en collège). Ces 176 ETP sont loin de couvrir l'augmentation des effectifs élèves, de fait l'écart de dotations continue de se creuser.

Et encore faudrait-il que ces postes supplémentaires soient occupés par des titulaires. C'est loin d'être le cas puisque le dernier mouvement des enseignants du second degré s'est avéré déficitaire. De toute évidence, les mesures d'attractivité sont très insuffisantes. Quand le gouvernement va-t-il, enfin, prendre en compte nos préconisations en la matière ? A moins qu'il s'agisse d'une politique volontaire de précarisation de l'emploi public.

Les contractuels occupent donc aujourd'hui la moitié des postes dans le second degré. Il convient de parler de cette catégorie de personnels. Leur gestion individuelle et collective n'est pas acceptable et la CGTMa, en tant qu'organisation de défense des salariés souhaite ici la dénoncer. Comment des salariés peuvent-ils, plus de deux mois après leur embauche, n'avoir aucun contrat ? Comment peuvent-ils, dans certains cas, ne percevoir aucun salaire ? Comment enfin, des salariés peuvent-ils être déjà licenciés sans avoir signé le moindre contrat ni perçu la moindre rémunération ? Nous souhaitons vivement une gestion des personnels contractuels plus efficiente et plus humaine. En parallèle nous revendiquons des mesures crédibles permettant de pourvoir les postes par des personnels titulaires."

→Le communiqué du SNU-ipp FSU

"Contrairement à ce qui se dit ici et là, l'éducation à Mayotte ne constitue pas une priorité pour l'État. Pour preuve la baisse du nombre d'emplois aidés nécessaires au bon fonctionnement des activités périscolaires ou des cantines scolaires alors que le gouvernement s'était engagé à sanctuariser ces emplois dans l'Éducation nationale et dans les Outre-mers. Le SNUipp-FSU Mayotte ne peut que saluer la décision du Maire de Mamoudzou qui a décidé de ne pas accueillir temporairement les élèves des écoles maternelles et élémentaires à compter du 23 octobre, en réponse à la baisse des emplois aidés. Tout le monde doit refuser la baisse de l'effectif des personnels alloués au service de la collation scolaire, à celui de l’entretien des locaux et de la surveillance des écoles ! L’école a besoin de moyens humains pour fonctionner au mieux. Les suppressions d’emplois aidés désorganisent le quotidien des écoles en remettant en question des missions essentielles et pénalisent des personnels souvent éloignés du monde du travail. On oublie trop souvent que les salariés occupant des emplois aidés contribuent au bon fonctionnement du service public d’éducation, c’est pourquoi le SNUipp-FSU Mayotte demande que ces emplois soient préservés. Les Martiniquais ont été les premiers à se rebeller, suivis par les Guadeloupéens et les Réunionnais, contraignant le gouvernement à faire volte-face… Le SNUipp-FSU Mayotte s'interroge sur le silence des autres communes du département ; ne sont-elles pas concernées par la baisse des contrats aidés ou se désintéressent-ils de l'éducation des enfants de leur commune ? En tout état de cause, le SNUipp-FSU Mayotte estime qu'ils n'ont pas le droit de laisser seul le maire de la capitale dans le bras de fer engagé..." 

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