Urbanisme | Comment rénover Kawéni ?

Urbanisme | Comment rénover Kawéni ?

A la fois pouls économique de l’île, bidonville immense et zone importante de scolarisation, Kawéni souffre de saturation, d’insalubrité et d’une croissance aussi rapide qu’anarchique. Afin de repenser entièrement le développement endogène de ce quartier-clé de la ville de Mamoudzou, de nombreux décideurs de l’île, dont l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), se sont réunis mercredi dernier afin de tracer les grandes lignes du futur Kawéni. 

A Mayotte, un village en particulier concentre tous les enjeux d’une urbanisation non maîtrisée et fulgurante : Kawéni. Cette zone de Mamoudzou présente un tissu économique dense, un réseau routier saturé, le développement d’un bidonville sur ses pentes, une hyperconcentration d’une population très jeune, des établissements scolaires aux volumes conséquents, de l’insalubrité au niveau des habitats et des voiries et de nombreuses zones exposées aux risques naturels. Rénover ce quartier de Mamoudzou se révèle donc extrêmement complexe. D’autant que « les besoins vont au-delà des projets de rénovation urbaine », comme le souligne justement Mohamed Majani, le maire de Mamoudzou, pour qui le village est « sinistré au plan éducatif, social, environnemental et urbain ».  

Ainsi, redonner un nouveau souffle à ce quartier « sinistré » constitue une véritable gageure, à laquelle s’attellent toutefois de nombreux acteurs de l’Ile aux parfums. A ce titre, ils s’étaient réunis mercredi dernier dans le cadre d’un comité de pilotage du nouveau programme national de renouvellement urbain de Kawéni. Objectif de cette concertation : s’accorder sur un projet de rénovation avec une programmation pluriannuelle d’opérations et un plan de financement, afin de débloquer des fonds auprès de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Parmi l’aréopage de mercredi : les signataires du protocole de préfiguration à savoir l’Etat, le Conseil départemental, la ville de Mamoudzou, l’Anru ; des acteurs opérationnels : l’organisme Action Logement, la Sim, le Sieam, le vice-rectorat ; des prestataires tel le cabinet d’architecture La Fabrique urbaine ; et, enfin, des représentants de la société civile fédérés au sein du Conseil citoyen de Kawéni, comprenant 49 membres. Car ce réaménagement se fera en concertation avec les populations locales et en s’appuyant sur le dynamisme des associations, ont promis l’ensemble des acteurs engagés dans le projet de rénovation. 

13 fois M’gombani

Cette réunion de mercredi marquait un point d’étape à mi-parcours de la phase d’études qui s’étale sur deux ans et pour laquelle l’Anru a engagé plus de 800 000 euros. Le cabinet La Fabrique urbaine y a donc présenté ses orientations stratégiques pour le nouveau Kawéni : « Ce n’est pas un projet cosmétique de renouvellement urbain mais un projet structurant tenant davantage de l’aménagement du territoire », a précisé un des urbanistes. Valoriser la mangrove en offrant une vitrine maritime et touristique à Kawéni, notamment avec l’aménagement de la pointe Hamaha, mettre en place des « traversées » sur la crête pour délester la RN1, aérer et réaménager des lieux-clés comme la mosquée du vendredi afin de créer des respirations et du lien social, penser des espaces de promenades, de jeux et de commerce, notamment autour de la MJC, sont quelques-unes des pistes qui ont été évoquées lors de ce comité de pilotage. 

La réhabilitation de cette zone de pas moins de 300 hectares – soit 13 fois M’Gombani, quartier qui a lui aussi bénéficié d’un plan de rénovation urbaine – devra s’opérer en parfaite imbrication avec d’autres projets qui lui préexistent tels que la mise en place du réseau de transport collectif urbain, le Caribus, ainsi que les programmes de résorption de l’habitat insalubre (RHI) et de gestion des eaux pluviales de la communauté d’agglomération. L’ensemble des acteurs prenant part au projet de réhabilitation de Kawéni espèrent signer une convention avec l’Anru d’ici mi-2018. 

 

Kawéni en chiffres

Le village de Kawéni est le plus peuplé de la ville de Mamoudzou avec plus de 13 000 habitants recensés (2012) dont 65% ont moins de 25 ans. Il abrite la plus grande zone d’activités économiques de l’île. En effet, il concentre 5000 emplois, même si ces derniers ne sont occupés qu’à 8% par des résidents du village, et 770 entreprises. En outre, 80% des conteneurs du port de Longoni sont dépotés à Kawéni. Ainsi, ce quartier de la ville de Mamoudzou apporte à lui seul 30% de la valeur ajoutée de l’île. Enfin, plusieurs établissements et équipements scolaires y sont implantés, accueillant plus de 10 000 élèves en 2017. 

 

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