Transferts d’argent : des agences vidées de leur clientèle habituelle

L’effervescence qui faisait l’apanage des agences de transfert de fonds à Mayotte a cessé d’être, y compris durant les heures de pointe, entre 10 heures et 15 heures. Ces lieux sont privés d’une partie très importante de leurs usagers, largement constituée de ressortissants étrangers en situation irrégulière sur le territoire. À défaut de disposer d’un passeport d’un pays membre de l’Union européenne, ils n’ont plus le droit de présenter des numéraires à envoyer dans leur pays d’origine. Des peines très sévères sont prévues contre tout contrevenant.

À Mayotte, les tenanciers d’agences de transfert d’argent font grise mine depuis quelques semaines. Ils dénoncent tous une nouvelle réglementation applicable dans le département, qui interdit à toute personne détentrice d’un passeport étranger, non délivré par un pays membre de l’Union européenne, d’effectuer un transfert d’argent vers un pays tiers à partir de numéraire.

L’article L 561-10-5, en vigueur depuis le 13 août 2025 [création LOI n°2025-797 du 11 août 2025 – Art.17 (V)], dispose : « À Mayotte, avant de procéder à une opération de transmission de fonds mentionnée au 6° du II de l’article L.314-1 à partir d’un versement d’espèces, les personnes énumérées aux 1° à 1° quater de l’article L 561-2 vérifient, à titre de mesure de vigilance complémentaire, la régularité du séjour de leur client, s’il n’est pas ressortissant d’un État membre de l’Union européenne. Cette vérification s’effectue par la présentation de l’original de tout document de séjour. L’absence de justification de la régularité du séjour dans les conditions prévues au premier alinéa du présent article fait obstacle à l’opération de transmission de fonds.« 

En langage simplifié, la loi interdit aux agences RIA, Global Transfert, Western Union, Orange Monnaie et MoneyGram, qui pullulent dans tout Mayotte, d’effectuer des opérations de transmission d’argent vers les Comores, Madagascar et d’autres pays africains, points de départ des migrants illégaux qui continuent à affluer dans le 101ᵉ département français.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à fragmentation au sein des diasporas comoriennes et malgaches, qui constituent la première clientèle de ces agences de transfert d’argent.

« Les parlementaires mahorais ont choisi de tuer notre activité professionnelle pour masquer leur incapacité à s’entendre avec l’État pour arrêter l’arrivée massive de migrants illégaux sur le sol mahorais. Lorsque cette mesure nous a été signifiée, nous nous sommes renseignés et avons appris que les députées Estelle Youssouffa et Anchya Bamana ainsi que le sénateur Thani Mohamed Soilihi avaient inspiré ce texte de loi« , confie, désespéré, un employé de l’une de ces agences. « Il a fallu juste trois jours pour que nous perdions les trois quarts de notre clientèle », a-t-il précisé.

C’est donc une clientèle dépitée qui rebrousse chemin aussitôt qu’elle est informée de cette mesure. Il y a ceux et celles qui se montrent compréhensifs, et les autres qui ne manquent pas d’amabilités incendiaires à l’égard des autorités de leur pays d’accueil. Ils cherchent à comprendre l’utilité réelle d’une telle mesure, qu’ils vivent comme une punition collective.

Chacun y va de son explication ou de ragots colportés ici et là sur la symbolique de cette nouvelle réglementation, considérée comme une mesure de rétorsion à l’endroit de l’Union des Comores après le dernier épisode de refus d’admettre sur son sol ses ressortissants refoulés de Mayotte par la police aux frontières.

Parmi les plus téméraires, certains déclarent qu’un « système D » ne tardera pas à se mettre en place pour contourner cette interdiction. Les plus résignés rappellent les peines encourues : jusqu’à 10 ans d’interdiction de séjour sur le territoire français pour l’étranger et 6 mois d’emprisonnement assortis de 7 500 euros d’amende pour le ressortissant français qui l’aurait aidé à outrepasser la nouvelle loi.

Du côté des usagers français, on salue la démarche des autorités françaises, bien que jugée tardive, en « pansement sur une jambe de bois« .

D’aucuns considèrent en effet que cette mesure ne sera décourageante que pour un temps limité face à l’appel d’air que constitue déjà Mayotte pour les ressortissants de ces pays voisins, venus dans le département pour gagner de l’argent au noir en vue d’entretenir leurs familles restées dans leurs pays respectifs.

« L’être humain est une machine très têtue lorsqu’il s’agit de braver les interdits. Il ne fait aucun doute que les personnes concernées vont très vite trouver un palliatif à cette affaire« , admet une dame d’une soixantaine d’années croisée dans l’une de ces agences de transfert de fonds.

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