En passe de prendre forme, le Groupement Patronal de Mayotte (nouvelle version) va devoir coexister durablement avec un MEDEF Mayotte (nouvelle formule), imaginé pour constituer une véritable concurrence. Un trio de direction entièrement local, revu et corrigé, avec une femme à sa tête, Yasmine Dhoiffir, et deux hommes en soutien. Pour le reste, tout n’est que figuratif : en ligne de mire, le captage des fonds dédiés à l’hypothétique refondation de Mayotte, qui ne doivent en aucun cas rester sur le territoire, du moins pour l’essentiel.
Dissous officiellement à la mi-janvier dernier, le MEDEF Mayotte renaît finalement de ses cendres depuis hier, mercredi 1er avril 2026. Il a été reconstitué par la grâce du MEDEF national, qui a retenu une jeune cheffe d’entreprise mahoraise, Yasmine Dhoiffir (Uni Service), après audition de trois prétendants au poste de président de sa structure locale. Celle-ci fonctionnera avec un bureau composé de trois individus (dont deux hommes) : du sang neuf donc, pour faire table rase du passé.
Par les temps qui courent, il ne fait pas bon vouloir gouverner le monde économique mahorais : c’est la nuit des longs couteaux. Le plus affûté pourra mettre hors-jeu l’adversaire d’en face, et les amis du déjeuner peuvent devenir les pires ennemis au souper, à la nuit tombée. Une loge maçonnique ici, une autre par-là, et tout cesse de fonctionner correctement. Mayotte se retrouve propulsée dans un monde surréaliste où tout se mélange : le réel et le fantasmagorique, le sérieux et le volatile, le solide et le voluptueux.
« À croire que les dieux nous sont tombés sur la tête », pour reprendre une expression maintes fois usitée mais qui sied parfaitement à la situation du territoire, « la terre des plus résilients de France et de l’Union européenne », mais aussi « le royaume des monopoles », aussi répréhensibles soient-ils.
À l’insu du commun des mortels, une guerre sans merci se livre sur les 374 kilomètres carrés que représente l’archipel de Mayotte, et les alcôves quittent l’obscurité pour rejoindre la lumière du jour. Parenthèse fermée : l’économie a besoin de réalité, surtout après le passage du dévastateur cyclone Chido. De nouvelles bases doivent être posées pour relever les défis qui se présentent à la société mahoraise, toutes tendances confondues.
D’un côté, les constructifs, les téméraires, les audacieux de l’innovation et de la refondation intelligente ; de l’autre, les partisans du statu quo, des habitudes anciennes qui ne mènent nulle part. « Le monde est ainsi fait, il n’y a rien à redire » !
Mais au-delà de ce monde parallèle, il y a la société mahoraise, qui évolue selon d’autres paramètres, avec d’autres objectifs, aussi imprécis que ceux de toute autre composante de la nation française, mais aussi déterminée à façonner l’issue de ce bras de fer en qualité d’arbitre du changement.
Laissons de côté ce langage fleuri : la réalité du moment nous ramène à la lutte fratricide qui se joue en coulisses entre le MEDEF, qui cherche à se reconstituer pour reprendre la main sur son ancien pré carré, et le Groupement Patronal de Mayotte (nouvelle version), qui tente de survivre à son éviction décidée depuis Paris, sur fond d’instigations occultes venues de Mayotte.
« Zaffaires cabri ne regardent pas mouton »
Difficile équation pour le non-averti dans ce patchwork d’intérêts divergents, illisibles pour le citoyen ordinaire. Mais qu’à cela ne tienne : il convient d’aller de l’avant, vaille que vaille, pourvu que Mayotte retrouve son âme au bout de cette course effrénée vers une domination réelle ou d’apparat.
Après Chido — pour le moment — rien de pire ne peut arriver à ce territoire, parmi les plus meurtris de l’Union européenne. Par la volonté du MEDEF national, le label est appelé à connaître une nouvelle ère dès ce mercredi matin (1er avril 2026). Une nouvelle équipe se met en place, avec à sa tête une femme et deux hommes, tous natifs de Mayotte.
Les apparences comptent, après le pugilat du mois de janvier dernier, qui n’a convaincu personne sur le territoire. Pour le Mahorais ordinaire, il ne s’agissait que d’une affaire de gros sous entre acteurs issus des mêmes milieux, aux visées hégémoniques identiques, bien loin des réalités quotidiennes. En somme, rien de vraiment méchant, si ce n’est pour celles et ceux qui se prennent très au sérieux dans cette affaire.
« Zaffaires cabri ne regardent pas mouton », dit-on dans les ruelles et sur les places publiques. Savamment dosé, c’est tout un système qui se met en place pour freiner l’émancipation et la sortie des sentiers battus de l’entrepreneuriat local, entre coopération régionale décentralisée et volonté persistante de mainmise nationale sur l’économie de Mayotte.
Pour faire court, les hypothétiques fonds de la reconstruction post-Chido ne doivent en aucun cas profiter exclusivement aux acteurs du territoire, et surtout pas dans leur grande majorité. Pour cela, certains sont prêts à semer le chaos dans l’archipel, quoi qu’il en coûte.
Attention donc aux ricochets des balles perdues dans la lutte fratricide qui s’annonce, et qui mettra assurément aux prises des « autochtones ». Alors, « malheur à celui qui n’a pas compris », comme le disait dans les années 80 le générique de la série culte américaine Dallas.
Car en réalité, c’est un feuilleton du même type qui se joue aujourd’hui à Mayotte, dans l’après-Chido. Le plus fort écrase le plus faible au vu et au su de tous : telle semble être la nouvelle norme.
Subsiste néanmoins un problème majeur : les électrons libres, très nombreux sur le territoire, qui s’affranchissent de cet ordre économique établi, sans en tirer le moindre bénéfice. Le développement économique de Mayotte risque d’être fortement impacté par les tensions entre acteurs locaux et expatriés venus temporairement, parfois en « desperados », en attendant des jours meilleurs ailleurs.
En attendant, l’île risque de se retrouver divisée en deux : d’un côté, un MEDEF Mayotte reconstitué de bric et de broc ; de l’autre, l’ancien MEDEF devenu Groupement Patronal de Mayotte (nouvelle version), qui tente tant bien que mal de survivre à son naufrage de la mi-janvier.
Autrement dit, c’est bien une nuit des longs couteaux qui s’installe dans le paysage économique local, où la fin justifie les moyens, quitte à sacrifier la fraternité séculaire.
Dans ce contexte, des enjeux majeurs — comme l’application de la LODEOM sociale renforcée — risquent d’être relégués au second plan, sacrifiés sur l’autel du dieu euro. Une entité représentative du patronat reste pourtant indispensable pour engager un dialogue social structuré et impulser une dynamique partenariale capable de déboucher sur les avancées attendues.
Mayotte entre enfin dans le droit commun sur ce plan. Mais il ne faut pas se leurrer : il y aura toujours une société d’en bas et une société d’en haut dans le monde des affaires.
Journaliste politique & économique




































