Port de Mayotte : la maison ne fait plus crédit

Port de Mayotte : la maison ne fait plus crédit

Il y a de l'eau dans le gaz entre les transitaires et MCG, le gestionnaire du port de Mayotte. Alors que le site a repris du service vendredi avec la levée du barrage de Longoni, le délégataire de service public demande à ce que ses services soient désormais payés cash, à la sortie de chaque conteneur.

Avis de tempête au port de Longoni. Cinq semaines de barrages auront entraîné l'accumulation de 4 500 conteneurs sur le site, qu'il faut désormais s'activer à sortir. L'opération prendra un mois, selon MCG, le délégataire de service public du port. Et elle ne se fera pas dans la bonne humeur avec les transitaires.

MCG, "en raison déjà de nombreux impayés et des sommes importantes dues par les clients en compte crédit, ne livrera et n’autorisera aucune sortie de conteneur si le paiement n’est pas effectué au comptant en espèces ou par chèque", avait-il indiqué aux importateurs et aux transitaires dans un courrier en date du 16 mars. "Exception ne sera faite que pour ceux qui mettront en place une caution bancaire (...) en fonction de leur turnover de conteneur mensuel".

"On doit être sûr qu'on sera payé"

Le syndicat des Transitaires est vent debout contre la démarche. "Ça n'a jamais existé pour quelque port que ce soit dans le monde", affirme Marc-Antoine Molès, le secrétaire. Le syndicat représente 14 sociétés, essentiellement des transitaires et transporteurs. "On ne comprend pas les responsables de MCG. Actuellement, nos clients nous demandent parfois 200 jours pour nous régler", poursuit-il. 

Et d'ajouter : "MCG doit à l'ensemble des transitaires un peu plus de 600 000 euros d'avoirs facturés illégalement". Marc-Antoine Molès regrette des erreurs de facturation de la part du délégataire et souhaite un retour à l'ancien système pratiqué à leur égard par le gestionnaire du port : "un compte chez MCG et un relevé de factures tous les mois" à acquitter.

Refus catégorique de MCG. "On doit être sûr qu'on sera payé", réagit Jacques-Martial Henry, chargé de mission. "Le problème, c'est les grands transitaires, les grosses boîtes, qui ne paient pas." Le responsable fait savoir que le mois dernier, "on a rentré zéro euro", avec la grève générale. En parallèle, il a fallu verser 450 000 euros de salaires et faire face à diverses dépenses (électricité, carburant, etc.). De plus, "MCG investit 6 millions d'euros de fonds propres dans les travaux de la desserte portuaire", chiffrés à 24 millions d'euros.

Interrogé sur les propos du syndicat des Transitaires, qui affirme qu'aucun autre port ne pratique le paiement comptant : "Je ne crois pas ce qu'il raconte", lâche Jacques-Martial Henry. L'homme met l'accent sur le dispositif de caution bancaire, pour ceux qui ne veulent pas faire de chèque ou régler le jour même en espèces. La banque se porte alors garante des sommes non acquittées.

Par ailleurs, Jacques-Martial Henry reconnaît que "des erreurs de facturation, ça arrive. Dans ce cas, vous allez payer moins à la prochaine facture." Globalement, le chargé de mission constate que les transitaires "râlent mais viennent. On sort jusqu'à 150 conteneurs par jour" contre 80 avant la grève.

 

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