Les poissonneries mahoraises ont le bec dans l’eau

Les poissonneries mahoraises ont le bec dans l’eau

À Mayotte, la préfecture a autorisé le maintien des activités de pêche. Une bonne nouvelle pour le secteur, qui se retrouve maintenant confronté à un problème de stockages des produits frais. Les poissonneries et les coopératives sont aujourd’hui les premières à faire les frais du manque de structures adaptées. 

Ils nagent en eaux troubles. Alors que les pêcheurs professionnels de Mayotte ont réussi à renégocier leurs autorisations de sortie en mer mi-avril, d’autres acteurs du secteur, eux, n’ont pas eu la chance de pouvoir stabiliser leur activité. Depuis maintenant deux mois, poissonneries et coopératives de pêche tentent d’assurer leur rente, alors que leurs plus gros clients, les hôtels et restaurants, sont, pour la plupart, fermés. Et les commandes suspendues jusqu’à nouvel ordre. 

En conséquence, “les palangriers et les gros navires ont stoppé leurs activités”, atteste Michel Goron, chef de l’unité territoriale de de la direction de la mer sud de l’océan Indien (DMSOI). “L’activité de pêche a été préservée dans son inégalité puisqu’à Mayotte, les circuits sont majoritairement très courts. En revanche, pour les plus grosses entreprises, ça devient plus embêtant.” Parmi ces coopératives touchées de plein fouet, celle de Captain Alandor, à Doujani, accuse une réduction de 50 % de son produit de pêche. Pourtant, le poisson est là, les capacités aussi. “Pour sortir les bateaux et ramener du poisson n’est pas vraiment une contrainte”, complète à son tour Régis Masséaux, patron de la société. “Ce qui l’est, c’est qu’il faudrait qu’on puisse stocker les produits en attendant la réouverture des établissements scolaires, des restaurants et compagnie.” D’autant plus que des aides financières existent pour les besoins en entreposages. Mais à Mayotte, aucune structure adaptée n’existe encore. 

Les bateaux restent à quai 

Et si, mardi dernier, les pêcheurs ont pu se réjouir de l’annonce du prolongement de six mois de l’ensemble des titres professionnels, et ce à compter de la fin de la crise sanitaire ainsi que d’une indemnisation spéciale de l’activité partielle, rien à ce jour n’a encore été annoncé pour les enseignes qui, localement, possèdent leurs propres barques de pêche. “Il y a bien une aide pour les bateaux restés à quai...”, souffle Régis Masséaux. Mais à raison de quelques dizaines d’euros par jour, le dispositif ne suffit pas. Alors, la DMSOI s’est récemment saisie de la question et devrait très prochainement adresser à la direction des pêches maritimes et de l’aquaculture une demande d’aides propres à la commercialisation des produits de pêche. D’ici là, “on va également solliciter le prêt garanti par l’État”, projette le patron de Captain Alandor, dont les marins ont tous été mis en chômage partiel. Ce prêt à faible intérêt qui permet aux entreprises de ne payer la première échéance qu’un an après qu’il ait été versé. De quoi laisser le temps au secteur de se remettre au moins un peu d’aplomb, alors que la saison des alizées gagne doucement le 101ème département, synonyme de baisse des activités de pêche. Déjà la semaine prochaine, les vents empêcheront tout bateau d’aller en mer. Si le début du ramadan a permis de “sauver un peu le mois d’avril”, selon les mots de Régis Masséaux, la suite pourrait bientôt être “catastrophique”.

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