À l’issue d’un premier tour marqué par plusieurs réélections dès le premier tour, le Groupement Patronal de Mayotte interpelle les futurs élus. Entre retards de paiement, embouteillages chroniques et manque d’infrastructures, les entreprises attendent des engagements forts pour relancer la dynamique économique de l’île.
Dans un contexte électoral décisif pour l’avenir du territoire, le Groupement Patronal de Mayotte (GPM) a choisi de prendre la parole. À travers un communiqué publié ce 17 mars 2026, l’organisation patronale félicite d’abord les maires sortants reconduits dès le premier tour, saluant « un signal de stabilité précieux » envoyé par les électeurs.
Mais derrière ces félicitations se dessine un message plus pressant : pour le GPM, cette nouvelle mandature doit marquer un tournant. L’organisation appelle à la construction d’un véritable « pacte de croissance et de compétitivité » entre les collectivités locales et les acteurs économiques. Car si la stabilité politique est jugée essentielle, elle ne saurait suffire à répondre aux défis structurels qui freinent le développement de Mayotte.
Une économie fragilisée par les retards de paiement
Au cœur des préoccupations du patronat figure un problème récurrent mais souvent sous-estimé : les délais de paiement des collectivités. Pour les entreprises locales, la question est vitale. Le GPM alerte sur des retards qui fragilisent directement leur trésorerie et, par effet domino, leur capacité à honorer leurs propres engagements.
« Le dynamisme de nos entreprises dépend avant tout de la fluidité de leurs trésoreries », rappelle le communiqué. Dans un tissu économique composé majoritairement de petites structures, ces blocages peuvent rapidement devenir critiques. Certaines entreprises se retrouvent ainsi dans l’incapacité de payer leurs salariés ou leurs fournisseurs, mettant en péril leur survie même.
Conscient de la complexité de la gestion des finances publiques, le GPM plaide néanmoins pour une coopération renforcée entre les municipalités et le secteur privé afin de résorber ces dysfonctionnements. Une condition jugée indispensable pour restaurer la confiance et relancer l’activité.
L’urgence des infrastructures et de la mobilité
Autre point noir largement dénoncé : les conditions de circulation sur l’île. Les embouteillages persistants sont devenus, selon le GPM, un véritable frein au développement économique et à la qualité de vie.
Le constat est alarmant : certains salariés passent jusqu’à trois heures dans les transports chaque jour. Une réalité qui pèse lourdement sur leur santé, leur équilibre personnel et leur efficacité professionnelle. Fatigue, stress chronique, perte de productivité… les conséquences sont multiples et impactent directement la performance des entreprises.
Face à cette situation, le patronat appelle les candidats encore en lice pour le second tour à clarifier leurs positions. Quelles solutions concrètes proposent-ils ? Le GPM insiste notamment sur la nécessité de soutenir les projets de contournement routier pour désengorger les axes principaux et fluidifier le trafic.
La question du stationnement est également pointée du doigt. Dans les centres urbains, l’absence de solutions adaptées constitue un obstacle majeur pour les commerces et l’accès aux services. Là encore, des réponses rapides et structurantes sont attendues.
Attirer, investir, structurer : les clés de l’attractivité
Au-delà des urgences immédiates, le GPM invite les futurs élus à adopter une vision stratégique du développement territorial. L’attractivité de Mayotte, condition essentielle pour attirer les investissements et retenir les compétences, repose sur un environnement économique stable et des infrastructures adaptées.
Dans cette perspective, le développement des Zones d’Activité Économique (ZAE) est fortement encouragé. Ces espaces, portés par les intercommunalités, doivent offrir aux entreprises des conditions de travail modernes et fonctionnelles, propices à l’innovation et à la croissance.
Le secteur touristique n’est pas oublié. Les offices de tourisme sont appelés à jouer pleinement leur rôle pour valoriser le potentiel du territoire et soutenir une diversification économique encore trop limitée.
L’emploi et la jeunesse au cœur des enjeux
Enfin, le communiqué met en lumière un enjeu fondamental : l’insertion des jeunes. Stages, apprentissage, inclusion… pour le GPM, la formation et l’accès à l’emploi constituent une responsabilité collective.
Les entreprises se disent prêtes à s’engager davantage dans l’accueil et la formation des jeunes Mahorais. Mais elles attendent en retour des politiques publiques incitatives, capables de lever les freins et de créer un environnement favorable à l’embauche.
« L’avenir de notre jeunesse et la transmission des savoir-faire sont une responsabilité partagée », insiste l’organisation patronale.
Un appel au dialogue et à la responsabilité
Au final, le message du GPM se veut à la fois exigeant et constructif. L’organisation se positionne comme un partenaire des collectivités, prêt à contribuer à l’élaboration de solutions durables.
Mais elle rappelle aussi que le succès du territoire repose sur un élément clé : la qualité du dialogue entre élus et acteurs économiques. Respect mutuel, coopération et vision commune apparaissent comme les piliers indispensables pour relever les défis qui attendent Mayotte.
À l’approche du second tour, le patronat lance donc un appel clair aux candidats : transformer les promesses en actions concrètes, au service d’une économie plus solide, plus fluide et plus inclusive.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.





































