Commerce de proximité | Nadine Hafidou : "La CCI va proposer un projet de restructuration du marché couvert"

Commerce de proximité | Nadine Hafidou : "La CCI va proposer un projet de restructuration du marché couvert"

Depuis lundi et pendant trois jours, la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion (CCIR) organise les Assises du commerce de l'outre-mer. Le thème de cette édition ? La vitalité économique des centres-villes et le commerce de proximité. La présidente de l'association des CCI d'outre-mer, Nadine Hafidou, en a évoqué les enjeux dans le 101ème département. 

Mayotte Hebdo : Aujourd'hui, les commerces de proximité de Mayotte doivent faire face à la concurrence de la grande distribution, avec l'arrivée prochaine du centre commercial Baobab à Mamoudzou, ou celle du Jumbo score à Kawéni il y a quelques années. Quelles solutions peuvent être apportées pour endiguer cette recrudescence des grandes surfaces dans le paysage mahorais et développer le commerce de proximité ?

Nadine Hafidou : Plusieurs leviers existent. Actuellement, 222 villes dont Mamoudzou, Dzaoudzi et Dembéni ont été retenues dans le dispositif "Action cœur de ville" plébiscité par l'État. L'idée de ce dispositif est de vitaliser et dynamiser les centres-villes pour faire face à cette désertification dans les départements et territoires d'outre-mer. Les partenaires sur le territoire comme les Chambres de commerce et d'industrie (CCI) et les établissements publics de l'État vont accompagner les communes et les commerçants de ces communes dans leur modernisation. Ils développeront aussi l'aménagement des centres-villes pour favoriser l'installation des commerçants. Nous voulons également avoir un retour des commerçants qui étaient partis à l'extérieur des villes. Pour y parvenir, il faut réaliser un diagnostic du territoire en termes de commerce de proximité et appréhender les besoins des citoyens. Des procédures règlementaires, des autorisations administratives ainsi qu'une règlementation urbanistique sont des leviers qui peuvent favoriser l'installation de commerces, notamment à Mamoudzou. Des incitations fiscales pourraient également être mises en place pour éviter le déménagement des commerces vers des zones éloignées du centre. 

 

MH : La cohabitation entre les commerces de proximité et les grandes surfaces est-elle vraiment envisageable ou est-ce tout simplement une illusion avant la disparition définitive des petits commerces ?

N.H. : Une cohabitation est possible. Nous croyons en un partage des activités commerçantes et nous souhaitons dresser une perspective de développement entre commerçants et grande distribution. Nous sommes aujourd'hui obligés de trouver des pistes pour cohabiter. Ces commerces de proximité, en se modernisant, permettent de stabiliser l'habitant du centre-ville dans ce centre-ville. C'est un ensemble d'aménagements qui sont nécessaires pour mettre en valeur ce commerce et améliorer l'offre. Pour cela, il faut et faudra innover dans la façon de servir et de vendre ces produits. Les commerçants n'ont plus d'autre choix que d'entrer dans la digitalisation ou la modernisation de façade… grâce notamment à un accompagnement des communes et de la collectivité. 

 

MH : Vous travaillez actuellement sur la délégation de service public du marché couvert de Mamoudzou où plus de 250 commerçants sont installés. Comment peuvent-ils lutter contre l'augmentation des vendeurs à la sauvette ?

N.H. : Au sein de la CCI, c'est un combat de tous les jours et les commerçants nous le rappellent très souvent. Ce que nous cherchons à faire c'est les aider à animer autrement ce marché en proposant, par exemple, des animations autour du marché ce qui empêcherait ces vendeurs à la sauvette de s'installer en périphérie du marché. L'objectif est de pouvoir élargir leurs panels de produits. La délégation de service public du marché couvert a été relancée tout récemment et notre CCI compte proposer un projet de restructuration du marché justement pour pouvoir trouver des solutions afin d'empêcher ces installations illégales. Cette réorganisation créera des animations plus structurées au sein du marché. Il y aura une distinction des zones par types de produits. Nous voulons rendre les étals et le marché en général plus facilement aménageable en permettant (aux commerçants) d'avoir un endroit pour stocker leurs marchandises. Une réflexion aura donc lieu avec (eux) pour une meilleure adaptation aux pratiques de ceux qui y sont tous les jours. 

 

MH : La circulation et le manque de places pour les véhicules dans la capitale mahoraise est aussi l'une des problématiques des commerces du centre-ville. Comment peut-on régler ce problème ?

N.H. : La commune a, ces dernières années, énormément travaillé sur un plan de circulation et de stationnement qui, pour l'heure, s'avère payant pour les commerçants du centre-ville. C'est une solution au problème d'engorgement du territoire et notamment des villes comme Mamoudzou. Ce que je sais, c'est que dès qu'il est question de circulation et de déplacement au niveau de la commune et qu'une stratégie est en discussion au sein des services communaux, notre CCI y est associée. Nous apportons une réflexion en représentation des commerçants de l'île. Nous en avons déjà parlé mais il y a également un projet de transport urbain qui va bientôt voir le jour. Ce réseau pour faciliter le déplacement pour les Mahorais qui souhaitent circuler dans Mamoudzou tout en proposant des parcs relais au Nord et au Sud. Cela permettra le report modal (action de remplacer un mode de transport saturé par un autre pour décongestionner le premier, ndlr). Ce dispositif est aussi un recours à la préservation des commerçants de proximité et donc à la survie du centre-ville de Mamoudzou. 

 

 

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