Barrages | Reprise de l'activité du port de Longoni

Barrages | Reprise de l'activité du port de Longoni

Guidé par "l'impérieuse nécessité de la situation", le préfet de Mayotte a décidé de lever vendredi dernier le barrage de Longoni, débloquant ainsi les précieuses ressources patientant au port depuis plusieurs semaines et un des deux stocks de carburant de l'île. Pour les autres barricades, "on verra en fonction de la situation", a indiqué la préfecture. Du côté du port, l'activité a pu reprendre "à plein régime" pour écouler les quelque 4 500 conteneurs en attente. 

Vendredi a été une journée faste dans l'esprit des habitants de Mayotte. Sur décision du nouveau préfet, Dominique Sorain, le barrage bloquant l'accès au port de Longoni, à la route du nord et à un des stocks en carburant de l'île a été levé vendredi, tôt dans la matinée. Vers 5h du matin, quelque 200 gendarmes, sous la houlette du colonel Leclercq, ont échangé avec les 25 manifestants qui gardaient la barricade et les ont persuadés de quitter les lieux afin que les blindés puissent dégager les axes routiers. Une fois les grévistes partis, les véhicules de la gendarmerie et de la direction de l'Environnement, de l'aménagement et du logement (Deal) ont dégagé la chaussée, en poussant arbres et abattis. 

"Cette opération s’est déroulée sans emploi de la force", s'est félicitée la préfecture qui a précisé les motifs de son intervention par voie de communiqué : "Cette situation a entraîné une gêne considérable pour la population, en particulier une dégradation des conditions sanitaires et l’accès aux établissements scolaires. Ces barrages sont aussi à l’origine de la fragilité économique des entreprises du territoire entraînant entre autres de l’activité partielle. De plus, le barrage installé à la sortie du port de Longoni coupe l’île de tout réapprovisionnement, (ce) qui occasionne depuis une semaine des ruptures importantes dans les magasins d’alimentation et la fermeture de certains. Malgré le dialogue renoué avec l’ensemble des parties prenantes à ce conflit et l’appel unanime tant de l’intersyndicale, du collectif, des élus, des organisations patronales que du grand cadi à la levée des barrages, appel resté sans effet à ce jour, le préfet de Mayotte, délégué du Gouvernement, Dominique Sorain a décidé de procéder, vu l’impérieuse nécessité de la situation, à la levée du barrage de Longoni par la gendarmerie nationale." Pourtant, le communiqué de presse de l'intersyndicale précisait bien "qu'une majorité de syndicats" était favorable à la levée des barrages lundi, à défaut de l'ensemble de l'intersyndicale, dissension qui a provoqué entre autres le maintien de certaines barricades dès mardi. 

Des agents des forces de l'ordre sont positionnés sur la zone de Longoni afin "de tenir la position" et d'éviter que le barrage ne se reforme, a indiqué vendredi le directeur de cabinet du préfet, qui a précisé qu'une telle levée avait déjà eu lieu depuis le début du mouvement afin de faire passer le ravitaillement en carburant. Interrogé sur l'éventualité de lever d'autres barricades, dont certaines étaient encore en place vendredi, le directeur de cabinet a déclaré : "On verra en fonction de la situation".

"Il n'y a pas eu de tension", confirme de son côté Maoulida Momed, un des porte-parole du mouvement de lutte contre l'insécurité. "Actuellement, on se concerte pour trouver d'autres modes d'action", a-t-il rappelé.

Une activité qui reprend "à plein régime"

Conséquence de la levée du barrage de Longoni : l'activité du port a pu reprendre "à plein régime" vendredi, indique Jacques-Martial Henry, de la société MCG (délégataire de service public du port).

"Nous disposons sur place de plus de 4 500 conteneurs dont presque 2 000 en transbordement. On n'a pas travaillé depuis le 7 mars", poursuit-il. Seules les embarcations arrivant au port ont pu être déchargées. "L'objectif était d'éviter que les bateaux ne fassent demi-tour ou déposent les conteneurs dans d'autres ports."

A la clé, des conteneurs de plus en plus nombreux sur le site, qui ont été empilés jusqu'à cinq niveaux. "En temps normal, 80 conteneurs sortent par jour du port. Nous estimons pouvoir en sortir plus du fait qu'on va tourner à plein régime. Il nous faudra presque un mois pour tout écouler", d'autant que "d'autres bateaux vont arriver" pendant ce laps de temps. "On ne connaît pas ce qu'il y a à l'intérieur [des conteneurs]. Ce sont les transitaires eux-mêmes qui le savent, qui vont prendre en priorité les produits périssables, pharmaceutiques et de première nécessité", expose Jacques-Martial Henry.

Le retour à la normale se fera avec la mobilisation des 180 agents de MCG. Des heures supplémentaires vont devoir être payées. "Tout ça va se répercuter sur le consommateur", relève-t-il.

L'afflux de camions de transporteurs risque aussi selon lui de créer des bouchons sur Koungou et Mamoudzou ces prochaines semaines et de ralentir le désengorgement du port. L'afflux de poids lourds sur les axes routiers va aussi dégrader l'état de la chaussée, qui n'a pas pu être entretenue ces dernières semaines, en raison des barrages et par manque d'enrobé pour boucher les nids-de-poule, indiquait mercredi dernier la Deal.

 

Mieux vaut ne pas essayer de recréer le barrage de Longoni

Vendredi matin, suite à la levée du barrage de Longoni, deux personnes ont tenté de le reformer à l'aide de pneus et ce, à deux reprises. Elles ont été déférées devant le parquet et convoquées pour une audience correctionnelle en septembre 2018, a indiqué par voie de communiqué le parquet de Mamoudzou. La qualification retenue est "entrave à la circulation des véhicules sur une voie publique", punie de deux ans d'emprisonnement, pouvant être "portée à 7 ans en cas d'entrave d'un véhicule de secours pour une personne en péril (ambulance, pompiers ou forces de l'ordre en intervention)", rappelle fermement le parquet. Toutefois, "sans antécédents pénaux, les deux individus ont été laissés libres après leur déferrement". "Le parquet souhaite faire savoir que toute personne qui tentera de reconstituer un barrage levé par les forces de l'ordre s'expose aux mêmes poursuites. Par ailleurs et comme annoncé, des enquêtes sont en cours suite à des plaintes de personnes ayant subi diverses infractions sur ces barrages ou à leur proximité immédiate."

Abonnement Mayotte Hebdo