À Mayotte, « beaucoup d’employeurs ont triché pendant la crise »

À Mayotte, « beaucoup d’employeurs ont triché pendant la crise »

Alors que l’économie comme les habitants de l’île se déconfinent, les langues se délient aussi peu à peu, notamment pour évoquer des dérives qu’a engendré la crise sanitaire du coté des entreprises. La CGT-Ma s’attache donc désormais à compiler les différentes doléances des travailleurs.

Les signaux sont au vert pour une reprise de l’économie. Mais la CGT-Ma voit rouge. « Chantage », « menaces », pertes injustifiées de salaire, absence de dialogue social, et « triches en tout genre », constituent ainsi le haut du panier des doléances que récolte le syndicat alors que la crise sanitaire semble toucher à sa fin. « Nous allons recenser toutes situations, alerter en espérant des réactions et ensuite nous déciderons avec les travailleurs de la suite à donner », explique Salim Nahouda, qui n’exclue pas la menace d’un mouvement social. Car pour le secrétaire départemental de la CGT-Ma, « pendant ces trois mois, il y a eu énormément de comportements inacceptables de la part des employeurs, beaucoup ont triché », assure-t-il à l’aune des premières plaintes enregistrées.

Plusieurs employés à qui des primes ont été promises se sont ainsi tournés vers le syndicat dans l’espoir de l’obtenir. Elles concernent notamment les travailleurs exposés à l’instar des salariés des des Douka Bé (voir Flash Infos du 23 juin). « C’est un sujet compliqué ici car même si le gouvernement a fait pression pour que les employeurs la paient, localement les entreprises font tout pour ne pas la payer », pointe à ce sujet Salim Nahouda, relevant que deux bras de fer ont plus ou moins payé. Les salariés de Sodifram se sont ainsi levés pour obtenir cette prime « et obtenir des miettes ». Du côté d’EDM, la situation est plus alambiquée. « On nous avait annoncé un alignement sur la prime qui serait mise en place à La Réunion où les agents ont finalement obtenu 800 euros. Mais après cela, la direction a voulu baisser le montant ici alors que les travailleurs étaient beaucoup plus exposés et ont effectué un nombre d’heures bien supérieur », résume le syndicaliste.

« Les travailleurs ont trop perdu »

Après négociations, ladite prime a été obtenue mais « en multipliant les conditions ». « De manière générale, les employeurs ne veulent pas payer cette prime et quand ils acceptent en rechignant, ils font tout pour le faire au rabais », conclut Salim Nahouda. Mais au-delà des primes non versées, c’est bien des salaires revus à la baisse dont se plaignent nombre de travailleurs. « Beaucoup d’employeurs se sont déclarés en activité partielle pendant tout le mois de mars alors que le confinement a commencé le 17, les salaires de ce mois n’ont donc souvent pas été calculés sur la bonne base », constate le syndicat. Une entourloupe parmi d’autres mais qui ont conduit « à ce que beaucoup d’employés se retrouvent à 7 euros de l’heure alors qu’un décret était venu fixer le minimum à 8 euros. Tout ça à cause de calculs frauduleux qui se sont multipliés pendant trois mois », peste le représentant de la CGT.

« Il y en a même qui ont fait travailler leurs employés de manière normale en se déclarant en activité partielle, c’est inadmissible et le pire c’est que ce ne sont souvent pas les plus malheureux qui ont fait ça », accuse encore Salim Nahouda, exemples à l’appui. « Ils font tout pour tricher », peste le syndicaliste, relevant également « des formes de pression pour faire travailler elles employés, des congés maladie déduits des congés annuels, des menaces de perte d’emploi sur des travailleurs bloqués à l’extérieur du territoire ». Alors, face à ces nombreuses dérives imputées, la crise sanitaire laissera-t-elle la place à une crise sociale ? Salim Nahouda veut modérer le tempo. « Déjà, les employés dénoncent de plus en plus ces comportements, on espère que cela va faire bouger les choses et que les employeurs reviendront à la raison, mais si ça ne marche pas, il faudra bien aller plus loin. Ce sera aux travailleurs d’en décider, mais ils ont trop perdu », prévient-il. Avant les drapeaux rouges, vigilance orange donc.

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