Une pièce qui se propose d’apporter un regard satirique sur la polygamie se jouera dimanche 8 mars à 9h au lycée des Lumières. Une réadaptation de La Fille du polygame, écrite par Nassur Assoumani et incarnée par la compagnie théatrale du Nord. Pour le Flash-Info, Koutoubou, en charge des propositions de mise en scène, a accepté de nous confier leur démarche. Interview.
Flash-Info : Votre œuvre est adaptée de la pièce de Nassur Assoumani, La Fille du polygame, pouvez-vous nous dire comment elle a été réadaptée ?
Koutoubou : Le projet est né à l’initiative de la directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité de Mayotte, Manarssana Boina, pour nous proposer un travail d’écriture autour de la polygamie. Manarssana Boina a pris contact avec l’auteur pour que nous obtenions les droits de La Fille du polygame de Nassur Assoumani. Nous avons donc été libres d’adapter le texte. C’est une œuvre qui date des années 80. Nous avons essayé de moderniser les dialogues, mais globalement les mots sont les mêmes, pour un phénomène qui existe encore de nos jours. Le texte n’a pas vieilli. Jouer une œuvre de cette ampleur est compliqué. Nous nous sommes concentrés sur les
F.I. : Votre pièce se veut satirique envers la société mahoraise. Pourquoi le genre théâtral s’y prête-t-il le mieux ?
K : À Mayotte, on a une culture orale, donc de théâtre par le jeu et la parole s’y prête. Il nous manque des infrastructures qui peuvent nous habituer à la lecture et au livre, pas assez de communes avec des bibliothèques, ne serait-ce que des terrasses pour lire. Les jeunes sont dans un contexte digital, le contact avec la lecture est encore loin. Le théâtre est une représentation de la vie quotidienne des gens. On pense que le public est plus facilement attiré par les messages véhiculés par le théâtre.

F.I. : Depuis combien de temps travaillez-vous sur cette œuvre et comment vous êtes-vous entraînés pour cette œuvre ? Comment êtes-vous parvenus à réunir votre équipe de comédiens ?
K : La compagnie théâtrale du Nord existe depuis 5 ans. On a commencé à rassembler 4 troupes, de Hamjago à Mtsangamouji, de Mamoudzou à Koungou. On a créé la troupe par une pièce improvisée qui s’intitule Manza-Arnaque, qui parle de mariage forcé moderne, deux jeunes personnes obligées de se marier par leur famille, sur les enjeux d’argent. Nous nous sommes aussi inspirés d’écrivains mahorais satiriques, qui racontent le revers de la médaille de la société mahoraise.
F.I. : Comment les acteurs entrent dans leurs rôles et quel est leur processus de répétition ?
K : Notre troupe réunit des élèves de collège, de lycée et des étudiants ; vu que certains d’entre nous pratiquent depuis un moment le théâtre, notre idée est de vulgariser cette pratique auprès du public. Mais certains de nos jeunes arrivent déjà avec leur personnalité. Moi-même je suis impressionné, il y a une différence entre ce qu’on peut leur enseigner et ce qu’ils incarnent sur scène. Je leur dis souvent : ce n’est pas le texte qui vous joue, vous êtes des comédiens. Tant qu’on s’amuse, le public s’amuse, et le personnage aussi. On travaille tout au long de l’année, au niveau des gestes, de l’articulation et de la concentration, encadrés par nos adultes. Beaucoup se découvrent une personnalité.
F.I. : Quelle est la réaction du public depuis le début des représentations, entre les jeunes et les anciennes générations ?
K : On a des retours positifs, le public adhère. L’ancienne génération se remet en question sur certaines pratiques. Ce n’est pas que la polygamie qui est critiquée, c’est la manière dont les choses sont faites. C’est un sujet qui reste important même si elle est interdite. Des mariages non officialisés au niveau légal, mais, cela n’empêche pas les hommes d’y avoir recours et certaines femmes l’acceptent, et il y a de la souffrance derrière cela.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































